Yannick Alléno dévoile les coulisses du « hacking » de l’Arc de Triomphe par l’asso Antoine Alléno et Havas Paris
En détournant le décompte du 31 décembre sur l’Arc de Triomphe, l’association Antoine Alléno et Havas Paris ont transformé un moment de fête mondiale en message de prévention radical. Explications du chef triplement étoilé.
Dans la nuit du 31 décembre, alors que des millions de regards étaient tournés vers l’Arc de Triomphe pour le traditionnel décompte du Nouvel An, l’image attendue n’est jamais venue. À la place, un message brutal, clair, impossible à ignorer :
« 2036 – N’attendez pas 10 ans pour fêter votre prochain nouvel an. Ce soir pas d’alcool ou de drogues au volant. Prenez soin de vous et des autres »
Objectif : transformer un instant festif universel en acte de prévention massif, à la hauteur d’un enjeu de société majeur.
« C’est la première cause de mortalité des jeunes en France », rappelle Yannick Alléno, président de l’Association Antoine Alléno, pour INfluencia.
Le 8 mai 2022, Antoine Alléno disparaissait tragiquement à l’âge de 24 ans, mortellement percuté en sortant du travail par un individu récidiviste, fuyant au volant d’une voiture volée.
Sa famille et ses proches ont décidé de transformer leur douleur en une énergie constructive, en fondant en 2022 l’association Antoine Alléno afin de prévenir les actes de violences contre les générations futures et de venir en aide aux victimes de moins de 25 ans ainsi qu’à leur famille.
Un message choc, au bon endroit, au bon moment
À 23h30, le chiffre « 2036 » est apparu sur le monument. Non pas une erreur de date, mais un rappel glaçant : 2026 + 10 ans, soit la peine maximale désormais encourue en cas d’homicide routier. Une manière directe de rendre visible un changement législatif majeur, encore trop méconnu.
Depuis le 9 juillet 2025, conduire sous l’emprise d’alcool ou de stupéfiants et tuer n’est plus qualifié d’« homicide involontaire », mais d’homicide routier, passible de peines lourdes.
Un tournant que Yannick Alléno résume ainsi :
« Cette loi est le résultat de trois ans de persévérance — et de trois gardes des Sceaux — pour ne pas se limiter à un changement de sémantique. Il s’agit de sortir de la notion d’accident, qui déculpabilise le responsable, et de passer d’une peine de 21 mois à 5 à 7 ans de prison. »
Quand la communication donne corps à la loi
Car une loi, aussi structurante soit-elle, n’a d’impact que si elle est connue, comprise et intégrée. C’est précisément là que la communication intervient. « Oui, je crois que ce changement de loi changera les comportements », insiste Yannick Alléno. À condition, ajoute-t-il, qu’elle soit accompagnée :
« La répression, doublée d’une bonne prévention, est la solution pour changer les comportements. »
En détournant l’un des événements médiatiques les plus regardés au monde, l’opération assume une logique simple : maximiser la portée plutôt que multiplier les supports.
« C’était important que ce message soit vu par le plus grand nombre. Hacking l’Arc de Triomphe permet de toucher bien au-delà de la France, dans plusieurs pays. »
Un cas d’école de communication à impact
Pour l’Association Antoine Alléno, cette prise de parole spectaculaire n’est pas un coup isolé, mais un levier au service d’un combat de fond : faire évoluer durablement les comportements sur la route.
Pour Havas Paris, c’est l’illustration d’une communication qui renonce aux formats classiques pour investir un moment culturel partagé, là où l’attention est maximale.
« Il nous semblait essentiel de frapper fort un soir où les risques sont maximaux. Nous avons écarté l’idée de réaliser une campagne d’affiches traditionnelles mais plutôt d’utiliser l’arc de triomphe comme le plus grand média possible le soir du réveillon. Un acte symbolique pour éveiller les consciences collectives et changer les comportements sur la route », précise Stéphane Gaubert, directeur de création de Havas Paris.
En transformant un rituel festif en rappel de responsabilité collective, l’opération rappelle une évidence trop souvent oubliée : la communication peut sauver des vies… à condition de frapper juste, fort et au bon moment.