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Aux municipales comme aux européennes, le greenwashing s’invite dans les programmes


Publié le 04/03/2020

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La nouvelle présidente de la Commission européenne, en place depuis juillet 2019, avait promis la naissance d’un « Pacte vert » européen. Mercredi 4 mars dernier, elle prenait la parole devant des députés européens pour détailler les mesures de son programme écologique.

 

« Une Union plus ambitieuse » : tel était le titre du programme présenté par l'Allemande Ursula von der Leyen aux eurodéputés lors de son élection, en juillet 2019. À ces derniers, la candidate de droite -CDU- promettait de mettre cette ambition au service du climat et de l'environnement. Chose promise, chose faite. Tout d'abord avec l'attribution du portefeuille climatique au premier vice-président exécutif de la Commission, le Néerlandais Frans Timmermans -social-démocrate-. Puis avec la présentation d'un « Pacte vert », dix jours seulement après la prise de fonctions de la Commission. Une réforme environnemental que la présidente avait choisie de laisser reposer pendant 100 jours afin de laisser le temps à son bras droit néerlandais d’en définir les contours. Le premier acte fut dévoilé en janvier dernier. Il s’agissait du Fonds de transition juste, doté de 7,5 milliards d’euros d’argent frais. Celui-ci doit permettre aux régions les plus dépendantes au pétrole et au charbon d’amorcer leur conversion à des énergies propres. Mais le coeur de la réforme était dévoilé hier après midi, soit pile 100 jours après l’annonce de la présidente allemande.. Précis comme une horloge germanique. 

 

En substance, la loi reprend l'objectif d'atteindre la neutralité carbone d'ici 2050 à l'échelle de l'Union Européenne. Autrement dit, l’ensemble du CO2 encore émis à cette date devra être compensé, par exemple, en plantant des arbres. Un objectif est donné pour toute l'UE, et non pas pour chaque pays. Très dépendante du charbon, la Pologne a, quant à elle, déjà annoncé qu'elle ne respecterait pas cet objectif. Elle devrait recevoir 2 des 7,5 milliards d'euros dont sera doté le futur fonds de transition équitable, qui vise à aider les pays en retard à effectuer leur conversion vers des énergies moins carbonées. La loi climat fixe également un objectif intermédiaire de réduction des gaz à effet de serre de 50 ou 55% d'ici 2030 par rapport au niveau de 1990 -contre -40% actuellement-. La Commission devrait trancher sur cet objectif d'ici le mois de septembre.  

 

 

Deux poids, deux mesures.

 

Au risque de vous surprendre, ce pacte vert est loin de satisfaire les militants déterminés à redresser la barre environnemental. Yanis Varoufakis, cofondateur de DiEM25 -Democracy in Europe Movement 2025- et David Adler, coordinateur politique de DiEM25, signaient une tribune le 7 février dernier dans le Guardian pour torpiller l’apparente hypocrisie de ses mesures. N’hésitant pas à décrire le deal comme « énorme manœuvre de greenwashing qui récupère les slogans de l’activisme pour le climat en les vidant de son contenu ». Nous n’aborderons ici que le montant d’engagement budgétaire évoqué, à hauteur de 7,5 milliard d’euros -et étiré sur sept ans-, qui fait bien pâle figure comparé aux 29 milliards d’euros que la Commission s’apprête à dépenser sur des projets gaziers non-nécessaires et environnementalement destructeurs. Difficile de d’évoquer, selon les mots de la présidente elle-même, d’une « vague d’investissement verte ».

 

L’UE dévoile donc à ses admninistrés sa conception quelque peu… particulière de l’urgence climatique. Un engagement à demi mot qui a poussé une trentaine de jeunes militants pour le climat, dont Greta Thunberg, à publier une lettre ouverte sur le site internet Carbon Brief. Ils y dénoncent la « capitulation » et « l’arrogance" de législateurs qui « prétendent que leur projet, au mépris du consensus scientifique, résoudra d'une manière ou d'une autre la plus grande crise à laquelle l'humanité ait jamais été confrontée (…). Une telle loi envoie le signal, fort, qu'une action réelle et suffisante est menée alors que c'est faux. La dure réalité est qu'aucune prise de conscience, ni mesure nécessaire ne sont en vue. Nous sommes dans une crise qui n'a jamais été traitée comme une crise  ».

 

 

 

 

Présente à Bruxelles en vue d'une grande manifestation pour le climat vendredi, Greta Thunberg a une nouvelle fait sensation au Parlement européen. « Quand la Commission présente cette loi pour une neutralité en 2050, vous rendez les armes, vous renoncez à vos promesses de faire un meilleur avenir pour vos enfants », a-t-elle lancé. « La dure réalité est que ni les politiques ni la conscience suffisante ne sont encore là, nous sommes toujours en crise ». Avant de poursuivre en accusant les lois de ne pas être assez contraignantes : « On n’a pas besoin d’objectif pour 2030 ou 2050 mais dès maintenant en 2020. Vos objectifs lointains ne signifieront rien si on continue les émissions actuelles de CO2. Il est nécessaire qu’on change nos sociétés ». Elle a tout de même appelé l’Union européenne à être le « chef de file » mondial de la lutte contre le réchauffement climatique. « Vous avez une obligation morale de le faire et une opportunité économique de le faire. Maintenant, prouvez vos dires. Cette loi climat est un abandon parce qu’on ne négocie pas avec la nature ».

 

 

Le jeu des échelles  

 

Si l’on ne peut pas compter sur nos euro-députés, pouvons-nous au moins faire confiance à nos maires ? Il est toujours bon de le rappeler : les mesures qui visent à la préservation de l’environnement n’ont pas forcément besoin de la scène nationale, voire européenne, pour avoir un impact véritable. Pour se donner -ou non- les raisons d’espérer, Réseau Action Climat, une association fondée en 1996 spécialisée dans les changements climatiques, a réalisé un décryptage des programmes des principaux candidats aux élections municipales, sous l’angle des actions prévues pour lutter contre le dérèglement climatique et engager la transition énergétique. Cette analyse prend appui sur des mesures portées par plus de 60 ONG dans le Pacte pour la Transition. Dix mesures phares ont été utilisées comme critères d’évaluation des programmes.

 

Comme le résume l’association elle-même, cette analyse « montre que même si le climat est le sujet de préoccupation majeur des citoyens, sur les 40 candidats évalués, seulement 13 ont intégré les mesures incontournables pour faire face à l’urgence climatique, tandis que 9 candidats n’en tiennent tout simplement pas compte. La plupart se concentrent sur un secteur d’action spécifique, sans adopter une approche intégrée et systémique qui devrait pourtant être de mise pour réduire efficacement les émissions de gaz à effet de serre. Par ailleurs, les thématiques clés, bien que souvent présentes dans les programmes, ne sont pas accompagnées par des mesures concrètes pour permettre leur mise en œuvre effective. Il en va ainsi du développement des transports et de la mobilité durable, des énergies renouvelables, de la rénovation énergétique des logements ou encore de la gestion des déchets. Parmi les mesures les moins abordées et les plus clivantes, on retrouve l’enjeu majeur d’acter un moratoire sur les grandes surfaces en périphérie de la ville ou encore d’interdire les écrans numériques publicitaires. Enfin, si la question d’une alimentation et d’une agriculture locale est régulièrement présente, peu d’engagements sont pris pour faire évoluer notre modèle agricole actuel vers un modèle plus écologique et nos modes alimentaires vers une alimentation moins carnée ». Pour s’informer sur l’étude dans sa globalité, découvrir la méthodologie mise en oeuvre et constater si votre maire mérite un bon high kick de Greta Thunberg derrière les oreilles, c’est par ici

 

 

 

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