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Food et médias-sociaux : « les consommateurs sont des apprentis »


Publié le 26/02/2017

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 L’alimentation se métamorphose et avec elle, toute la chaîne de production et de communication. Une nouvelle carte s’ouvre aux consommateurs et aux annonceurs. Précisions avec Pascale Azria, la « cheffe » de l’événement Food is Social dont INfuencia est partenaire.

 

INfluencia : où en est l’exploration du futur de l'alimentation ?

 

Pascale Azria : en pleine révolution ! C’est clairement l’avenir de l’économie agro-alimentaire mondiale qui est en jeu. Les usages des consommateurs évoluent considérablement, rejoignant de nouveaux besoins et attentes. Les modèles traditionnels de distribution et de consommation alimentaire se réinventent et c’est passionnant. Avec environ près de 3 500 start-up foodtech actives dans le monde et prêtes à proposer leurs robots-chefs, imprimantes 3D, nouvelles protéines et nouveaux services personnalisés, l'industrie n'a jamais été aussi dynamique.

 

Maintenant, l’idée est de s'y retrouver et de parier sur les innovations qui permettront de répondre aux enjeux du futur de l’alimentation. Par exemple, on estime à 210 milliards de dollars le potentiel de la livraison de repas à domicile en 2020. D'ici 2024, 4 à 10% de la part du commerce alimentaire se fera aussi via Internet. On parle désormais de la food 3.0 ! Elle sera en tout point de vue robotisée, imprimée en 3D, connectée et personnalisée, expérientielle, débordante de nouvelles saveurs et de protéines végétales. Avec un accès en temps réel à des aliments frais et locaux ainsi qu'une transparence et une prise de conscience du gaspillage jamais égalées. Mais ce n’est que le début d’une longue aventure pour tous les acteurs, avec de nouvelles métamorphoses à prévoir et à analyser d’ici à 5 ans.

 

 

IN : quelles sont justement les grandes tendances qui vont accompagner ces métamorphoses ?

 

P.A. : la grande tendance est au naturel. Le bio, le végétal, le sans gluten ne sont plus de simples effets de mode lancés par les influenceurs digitaux qui sont en quête de naturalité, de transparence et de traçabilité. C’est une tendance de fond et durable qui converge vers les nouveaux engagements des enseignes de grande distribution. Ces dernières entament une véritable lutte contre les œufs de batterie, les pesticides ou encore les additifs alimentaires. Distributeurs mais pas que. Les marques jouent également la carte de la transparence. A l’instar de Fleury Michon et de son « Venez Vérifier », une campagne destinée à lever le voile sur la fabrication et la composition de ses produits pour rassurer les consommateurs. Dans les tendances à ne pas oublier, on retrouve également le no-sugar challenge, le flexitarisme, les cures de jus pressés à froid, les bières artisanales, les cultures et potagers d’intérieur, les services de livraison en moins d’1 heure et bien d’autres ! Il faudra enfin composer avec la big ou la smart data, qui seront là pour nous aider à écouter et à analyser les conversations en ligne des consommateurs.

 

 

IN : en matière d’écoute et d’analyses, les annonceurs doivent-ils prendre au sérieux le « food fail » ?

 

P.A. : on appelle food fail l’échec d’une entreprise dans le domaine de l’agroalimentaire. Cette culture du fail, bien que très présente aux Etats-Unis, ne s’est pas encore imposée en Europe. Outre-Atlantique, on considère l’échec comme un critère d’investissement. En France, on considère toujours l’échec comme une faute grave et non comme une expérience qui pourrait apporter autant à l’entrepreneur qu’à l’entreprise. 95% des start-uppers qui ont réussi vous diront qu’ils ont vécu des expériences plus ou moins ratées avec d’autres entreprises au préalable. Les plus grands ont, eux-mêmes, connu des échecs. Je pense notamment au scandale de la viande de cheval dans les lasagnes Findus. Il ne faut donc pas avoir peur de l’échec mais savoir apprendre de ses erreurs pour rebondir et pivoter dans son activité.

 

 

IN : la révolution du food passe-t-elle par l’expérience utilisateur ?

 

P.A. : l’expérience utilisateur est non seulement au centre de la révolution food mais aussi au centre de toutes les attentions. Besoin d’accessibilité, d’immédiateté et de variété, envie de consommer moins et mieux, plus local, plus bio, de favoriser les circuits-courts de consommation... Ce sont autant de nouvelles attentes des consommateurs qui façonnent jour après jour « l’expérience food de demain ». Une expérience bien entendu tournée vers la création de nouveaux services impulsés par le numérique mais aussi vers la création de nouveaux produits. De la livraison en moins d’1 heure d’Amazon aux restaurants virtuels comme Frichti ou bien encore les applications de conseil nutritionnel intelligents comme SnapIt!… ils sont tous passés d'une logique de « product-centric » à celle de « customer-centric ». Pour développer plus d’intimité et de connaissance du consommateur, les industriels vont devoir lui rendre un réel service au quotidien.

 

 

IN : les objets connectés ont-ils une réelle utilité dans l'univers du food ?

 

P.A. : au-delà d’avoir une réelle utilité, les objets connectés ont déclenché un virage technologique sans précédent. Ils répondent aux besoins de personnalisation, de sur-mesure et de gain de temps de chacun. Il ne s’agit pas d’un énième gadget. Ce sont de nouveaux repas, de nouvelles saveurs ou encore de nouvelles manières de monitorer son alimentation qui font irruption grâce aux appareils connectés tels que le Cookeo Connect, l’i-Companion Seb ou le Juicero. Nos façons de cuisiner se diversifient et les gestes du quotidien deviennent plus simples, plus intelligents et plus autonomes. Après demain, ce seront des solutions capables d’analyser l’impact de notre alimentation sur notre bien-être en temps réel, pour mieux nous conseiller voire nous permettre de fabriquer nos propres cures alimentaires à domicile.

 

 

IN : l'innovation autour du food permet-elle d'enrichir les connaissances culinaires du consommateur ?

 

P.A. : les consommateurs sont des apprentis pendant cette révolution du food. Interface de recettes dans les appareils de cuisine connectés, livraison de paniers d’ingrédients pour réaliser son repas, cultivation de ses propres légumes. Les innovations autour du food permettent à n’importe quel consommateur de devenir, s’il le souhaite, un cultivateur en herbe ou un chef hors pair. Mais aussi d’être en mesure de comprendre ce qui se passe réellement dans son assiette grâce aux applications de décryptage des étiquettes ou de développer ses réflexes citoyens via les solutions anti-gaspillage proposées, par exemple, par Optimiam ou TooGoodToGo.

 

 

Découvrez le menu de Food is social ici !


 

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