AccueilIMAGEFINSTA VS RINSTA : LES INSTAGRAMEURS DEVIENNENT-ILS SCHIZOPHRèNES ?

Finsta vs Rinsta : les instagrameurs deviennent-ils schizophrènes ?

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Publié le 03/07/2017

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Comment engager sur Instagram et tirer le meilleur profit marketing de la starification des influenceurs comme du voyeurisme des anonymes qui rêvent par procuration ? Alors que les marques cherchent encore la formule, le phénomène " Finstagram " rebat les cartes.

 

Si un " addictiomètre " mesurait la dépendance du citoyen connecté à chaque réseau social, quelle plateforme serait la plus addictive ? Les mobinautes de la génération Z et X sont tellement accros que quand ce n'est pas une nouvelle plateforme -telle une drogue- qui débarque sur le marché, une utilisation inédite d'un réseau existant réinvente son usage. Et rend donc le " shooté " encore plus accro. Si vous l'ignoriez, sachez que désormais certains instagrammeurs influents ou pas, partagent leur temps sur Instagram entre leur vrai compte public et un second entièrement privé, sur lequel ils se sentent plus libres de poster ce qu'ils veulent sans se soucier de leur réputation.

 

Dans une enquête menée au printemps dernier pour le New York Post, pas franchement connu pour la profondeur de ses analyses sociétales, une bloggeuse londonienne de 30 ans résume parfaitement la double vie des instagrameurs : "J'aime la photo et la mode, et j'aime donc Instagram car il me permet de partager ces passions instantanément et facilement. Mon " Rinstagram " (" R " pour réel) me sert à cela, mais j'ai aussi une vie sociale dans laquelle je suis souvent un peu folle. Je ne veux pas avoir à me soucier de mon look dans ces moments là et dans ce cas " Finstagram " (" F " pour faux) est parfait ".

 

Le média, Tech Insider, s'est également récemment intéressé à l'utilisation par les ados et les 20-30 ans de comptes parallèles cachés où aucune trace de leur véritable identité n'apparaît. Cela fait quatre ans que cela dure mais les marques se cherchent encore dans ce monde de la schizophrénie virtuelle. " Finstragram ou finsta, est un mélange des mots “ fake ” et “ Instagram ”. Des socionautes, généralement des filles, créent un second compte Instagram, en plus de leur vrai instagram, dit rinstagram sur lequel ils postent n'importe quelles photos ou vidéos... généralement drôles ou embarrassantes. Seuls vos amis les plus proches suivent ce compte ", donnait ainsi comme définition l'Urban Dictionary dès 2013.

 

 

Réconstruire une vie intime

 

Pour le docteur en psychologie de l'université britannique de Nottingham Trent, Sarah Buglass, le trop plein de relations sur les réseaux sociaux explique ce besoin d'intimité virtuelle en cachette : " La culture de la connexion à des milliers d'individus de tissus sociaux divers rend les utilisateurs des réseaux sociaux plus conscients que jamais des impératifs de modération, donc d'image. Créer un second compte représente un fix rapide pour combler le besoin de vie privée, de savoir que son vrai soi n'est accessible qu'à un cercle très fermé ".

 

Et voilà comment à l'instar de la bloggeuse, Millie Cotton, suivie par 20 000 personnes sur son Rinstagram et par 73 sur son Finstagram, les marques sont acculées à trouver la bonne formule pour profiter de cette dualité de contenu et d'audience. En voulant forcer le drogué à Instagram à une réflexion philosophico-psychologique sur son addiction et ses conséquences, l'artiste et écrivain newyorkais, Noah Levinson, offre, malgré lui, un outil d'engagement original aux marques malines. Avec le court-métrage interactif, " Weird Box ", l'auteur de " Guy Code : Unleash Your Manhood " intègre vos photos Instagram dans la mise en scène de son huis clos. Confronté aux questions de sa conjointe sur une boîte bizarre contentant des centaines de photos d'inconnus, le héros, joué par Noah Levinson lui-même, assume son amour pour Instagram au fil des photos de votre compte.

 

Que ce soit pour jouer le jeu du questionnement sincère de la perniciosité d'Instagram, pour s'approprier un ustensile de réflexion auquel chaque Instagrameur peut s'identifier ou pour se payer un contenu de second degré gratuit, une marque peut clairement tirer profit de " Weird Box ". Mais est-ce souhaitable ? Sauf à prolonger l'expérience par une réelle campagne intelligente qui apporte des réponses aux questions du film ou confirmer au moins qu'une approche différente est envisagée, sinon la simple récupération marketing ne ferait que confirmer le propos même du court métrage.

 

Pour tenter l'expérience Weird Box

 

 

 

Illustration : Vaishnavi Kapil 

 

 

Illustration : Anna White

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