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La seconde jeunesse du mythe européen


Publié le 29/11/2018

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Les « millennials », soit plus d’un quart des Européens, sont attachés à l’Union européenne et à ses valeurs, et plus de 79,8 % d’entre eux défendent son bien-fondé. Leurs aspirations portent sur une Europe plus à l’écoute de la jeunesse, et plus solidaire.


 

« Trop couteuse », « déconnectée des réalités », ou encore « inutile »…  Si cette phrase introductive paraît sortie d’une critique de l’énième long métrage sur Robin des Bois, elle résume -brièvement- les poncifs que l’on entend généralement à propos de l’Union Européenne. Face à ses détracteurs les plus sceptiques, l’enfant unique de l’OCDE se cherche toujours une légitimité, après quand même un quart de siècle d’existence. Loin de faire l’unanimité auprès de la Génération X -et ce ne sont pas Jacques Chirac et ses lubies de referendum qui vous diront le contraire- c’est à présent aux millennials d’exprimer leurs sentiments. 

 

Rien de tel qu’une étude intitulée Millennial Dialogue pour désamorcer les idées reçues. Commandée par la FEPS (Fondation Européenne d'Etudes Progressistes) en coopération avec ThinkYoung,  elle bénéficie du soutien de trois partenaires privés : Coca-Cola, BCW -Burson Cohn & Wolfe- et Microsoft. La parole est à la jeunesse. 

 

 

Un optimisme surprenant

 

À six mois à peine des élections législatives européennes, l’enquête fait ressortir un certain enthousiasme vis à vis de l’UE beaucoup plus marqué qu’au sein de l’opinion publique en général : 79,8 % des jeunes de la génération Y défendent son bien-fondé, contre maximum 60% pour l’ensemble de la population, démentant les craintes selon lesquelles les crises de ces dernières années auraient entamé la confiance dans le projet européen. 

 

Selon Maria Freitas, conseillère politique de la FEPS, ces résultats ouvrent aux responsables politiques des perspectives pour l’établissement d’un dialogue avec les jeunes générations : « L’enthousiasme des millennials pour l’UE et ses valeurs offre aux partis pro-européens et aux institutions de l’UE l’opportunité unique de tendre la main à cette jeunesse qui représente plus du quart de la population européenne totale. C’est également l’occasion de combler le fossé qui sépare les responsables politiques des jeunes générations ». 

 

 

La nécessité de fixer ses priorités 

 

Quant aux principaux chantiers auxquels l’UE doit s’atteler, les jeunes sont en faveur de politiques offrant une solide protection sociale pour la période socio-économique actuelle qu’ils jugent difficile. L’enquête révèle que pour 52 % d’entre eux, la lutte contre la pauvreté et la réduction des inégalités sociales et économiques doivent figurer en tête des priorités . Ils estiment également à une majorité écrasante -83%- que l'UE doit garantir un salaire minimum pour tous les travailleurs; ils sont 81 % à demander un relèvement des aides financières européennes à l’enfance et 47 % à estimer que la réduction du fossé entre les sexes en termes de salaires et de retraites est l’un des meilleurs moyens de remédier aux inégalités de genre. 

 

Enfin, plus de la moitié d’entre eux, 54,7%, sont favorables à la création d’une armée européenne, une question souvent considerée comme sensible sur le plan politique. Ce score contraste avec la prudence affichée sur cette nouvelle question au cours des nombreux débats politiques un peu partout sur le continent. Ce pourcentage d’opinion favorable émane d’une génération qui a été exemptée du service militaire, mais qui, néanmoins, reconnaît le rôle de l’UE dans le maintien de la paix et de la stabilité sur le continent.

 

Pour Andrea Gerosa, Fondateur et Chief Thinker de ThinkYoung, l’enquête met un coup de projecteur sur cette génération bien mal comprise : « Il arrive souvent que les décisions politiques ne tiennent pas compte des millennials alors qu’ils incarnent notre avenir. Interrogés sur leurs espoirs et leurs idéaux, leurs réponses ont porté sur un ensemble de priorités politiques claires. Il appartient à présent à nos responsables politiques d’écouter ce qu’ils ont à dire ». 

 


 

 

Une enquête sur fond de course aux urnes

 

Ce soutien de la génération Y à l’UE se manifeste à un moment décisif : les élections européennes approchent et le Royaume-Uni s’apprête à quitter l’UE. Cependant, les millennials interrogés considèrent que ce dernier ne sera pas le seul État membre à quitter l’UE : 58 % d’entre eux estiment que d’autres pays lui emboîteront le pas.

 

Si elle veut rester entière, l’UE va devoir prendre la parole. Une première initiative dans ce sens a déjà été menée par la Commission européenne avec une campagne signée Havas Paris. Un des objectifs : ne plus être perçue comme un concept abstrait et poussiéreux. Le message doit être soutenu car 9,5 % des interrogés souhaitent que les hommes politiques améliorent leur communication sur ce qu'elle fait en indiquant dans quelle mesure cela a un impact sur la vie de tous les jours. Autrement dit, seul un sur dix estime en savoir assez sur les rôles, les responsabilités et les avantages de l’UE. 

 

 

La méthodologie mise en oeuvre 

 

L’Etude auprès des millennials est l’une des enquêtes d’opinion les plus étendues réalisées en Europe : elle porte sur 10 000 personnes interrogées entre le 27 août et le 3 septembre 2018, dans dix pays représentant conjointement 78% de la population de l’UE : France, Allemagne, Pologne, Grèce, Espagne, Italie, Hongrie, Suède, Belgique et Portugal.

 

Elle s’appuie sur la recherche menée de longue date par le FEPS auprès de ce public et qui en a interrogé plus de 23 000 pour ses enquêtes déjà menées dans le monde entre 2015 et 2017. Des données totalement vérifiables donc, et qui devraient mettre un peu de plomb dans le crâne de nos décideurs politiques. Au risque, une nouvelle fois, de se mettre à dos toute une génération…

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