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Le tabou, on en viendra tous à bout


Publié le 19/07/2017

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Comment prévenir les 10/18 ans sur les risques de grossesse et leurs conséquences dans une société très traditionnelle comme au Pérou ? Tout simplement en hackant leurs problèmes de maths directement en classe, selon Save The Children Peru et McCann Lima. Et ça marche !

 

Parler de tout ce qui tourne autour du sexe pour les adolescents est souvent risible ou gênant voire tabou. Résultat : des accidents parfois irréversibles comme des maladies transmissibles, dont le Sida toujours sans thérapie définitive, ou des grossesses indésirables affectant sérieusement l'avenir des jeunes filles. Un fléau qui touche particulièrement les jeunes au Pérou où selon un rapport de l’UNICEF de 2013, 15% des demoiselles de moins de 16 ans sont déjà mères, tandis que l’âge des premiers rapports sexuels se situe en moyenne entre 10 et 14 ans en milieu rural et entre 15 et 17 ans en ville.

 

Pour lutter contre cette situation difficilement acceptable, mais aussi aborder toutes les questions sociales, économiques et familiales inhérentes, Save The Children Peru et son agence, McCann Lima, ont lancé un campagne d’information qui sort de l’ordinaire et qui touche avec efficacité les ados dans leur ensemble. « Dans une société traditionnelle comme au Pérou où l'éducation sexuelle est toujours un tabou pour une grande partie de la population, il était essentiel d’emprunter une voie créative pour parler sans détours aux jeunes et pour qu’ils prennent vraiment conscience de ce phénomène des grossesses prématurées des adolescentes ainsi que des conséquences bien concrètes sur leur vie de tous les jours », détaille Mauricio Fernández Maldonado, VP créatif chez McCann Lima.

 

 

Une plateforme d’éducation familière et concrète

 

Intitulée Real Problems, cette plateforme d’éducation et d’information apostrophe donc les collégiens non pas via une communication classique, sérieuse et chiffrée mais en leur proposant de résoudre des problèmes de maths très particuliers. Puisque si techniquement, ils intègrent les connaissances académiques, ils ne portent pas sur la proportion de fruits nécessaire pour garnir une tarte ni sur des distances à parcourir en un certain temps et encore moins sur le remplissage de baignoires qui fuient alors que leur robinet est ouvert à moitié. Non, ceux là comportent des données ayant attrait à la grossesse et la naissance d’un enfant comme les bébés (parfois jumeaux) et leur poids, le nombre de biberons à préparer en 24 heures, le temps passé à changer les couches en 15 jours, les heures sans sommeil pendant X nuits, la période à travailler pour subvenir aux besoins du bambin pendant 6 mois, le planning à organiser pour continuer à s’entraîner et devenir une athlète comme prévu ou encore ce qu’il restera des 40$ une fois les tétines, à 7$ l’unité, achetées… De véritables casse-tête qui parlent de la vraie vie allant même jusqu’à évoquer dans les énoncés les abus sexuels commis par les adultes en plus de l’absence de contraception, et qui, en « hackant » habilement une matière enseignée en classe, les rendent directement familiers et compréhensibles par les jeunes concernés et parfois désemparés.

 

Une opération terrain qui a largement et immédiatement fait mouche et au-delà de sa cible. Tout d’abord, soutenue par des étudiants et des professeurs enseignant dans les établissements publics, les problèmes ont été intégrés dans les centaines d’examens mathématiques traditionnels du pays, et avec succès. Tant et si bien que le ministère de l'Éducation nationale péruvien a déjà émis le souhait d’ajouter ce sujet et la façon de le traiter dans les programmes d'études standards des établissements scolaires. En outre, proposés sur le site ainsi que sur des kits comprenant des flyers et des leaflets, les problèmes sont aussi distribués aux adultes hors système scolaire mais encadrant des jeunes de 10 à 18 ans, ainsi qu’aux parents. Suscitant immédiatement des discussions constructives d’une part dans les familles et d’autre part entre les éducateurs et les parents sans le relais desquels l’éducation sexuelle ne pourrait absolument pas se faire ni être efficace en termes de prévention et de protection.

 

 

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