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Le retour des choses simples

LE VRAI avec LE VRAI

Publié le 02/05/2018

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Le besoin d’authenticité est le thème du quatrième opus de la collection de livres « Françaises, Français, etc... », co-produit par 366 et Kantar Public. Quatre grandes tendances et plusieurs sous-tendances y sont analysées et seront publiées en exclusivité chaque semaine par INfluencia. Cette semaine : le besoin de se (re)connecter au présent pour se (re)donner le choix.

 

 

Pour 87% des Français, le monde est de plus en plus difficile à comprendre. Dans ces conditions brouillées et confuses, imaginer un quelconque “ futur désirable ” est devenu très compliqué. Comme le dit Kevin Kelly, éditeur et journaliste spécialisé dans l’étude des nouvelles technologies et de leurs impacts aux États-Unis : “ Today we’ve become so disappointed with the promises of past utopias, that we find it hard to believe even in future -one in which tomorrow will be a little better than today. We find it very difficult to imagine any kind of future at all that we desire […] That makes us Future Blind ”. Parce que nous avons perdu l’espoir que demain soit préoccupé par la quantité d’informations personnelles que les entreprises détiennent sur eux.

 

La foi dans le progrès s’est érodée et, après une vague d’adoption sans précédent, l’accélération de l’innovation technologique désormais inquiète (nous y reviendrons). Sans même entrer dans les débats émergents et abyssaux sur le transhumanisme, près de sept Français sur dix avouent “avoir peur” du développement à venir de l’intelligence artificielle.

 

 

Se déconnecter pour se reconnecter à soi-même

 

Dans l’accélération du temps et du monde, les technologies sont au premier rang. Les révolutions numériques sont celles du “ toujours plus ” et du “ toujours plus vite ”. Plus de connexions : 83% des Français ont désormais accès à internet à leur domicile alors qu’ils n’étaient que 19% il y a douze ans. Plus de mobilité : 63% de nos concitoyens possèdent un smartphone quand ils n’étaient que 17% il y a seulement six ans. Plus d’appareils numériques : les Français en disposent de trois en moyenne. Plus de nouveaux formats : un Français sur deux regarde des vidéos online. Plus de multitasking : près de la moitié des Français connectés sont devant un autre écran quand ils regardent la télévision à l’heure du fameux prime time. Plus de réseaux sociaux, plus d’immédiateté, plus d’e-commerce…

 

Le basculement a été rapide d’un espace d’information et de communication défini par les “ mass media ” à un espace d’information et de communication défini par le “ social media ” et ses réseaux qui dispersent les points de distribution, d’émission, de réception, de relais, de rebond, d’amplification. Les frictions s’accélèrent entre instantanéité et exhaustivité, entre la masse du contenu et des utilisateurs au temps contraint et non extensible. Une forme d’hyperabondance jugée tour à tour enrichissante et appauvrissante, exaltante ou inquiétante. Et parfois même créatrice de nouvelles pathologies, “ l’infobésité ” nommant aujourd’hui cet excès d’informations qu’une personne reçoit et ne peut parfois traiter ou supporter sans porter préjudice à elle-même ou à son activité. Alors, pour se former une opinion, prendre des décisions, vivre avec les autres, le besoin de prendre un peu de distance se fait parfois jour. Déconnecter. Se désintoxiquer. Temporairement. Ce besoin de slow, de lenteur, de reprise de temps s’impose de plus en plus nettement : 64% des Français, et même 60% des 18-34 ans disent limiter consciemment l’usage qu’ils font d’internet et des réseaux sociaux. Comme si les plus jeunes, réputés collés aux écrans, faisaient de plus en plus montre d’une forme de maturité, de régulation, après l’adoption extrêmement rapide (voire précoce) de la révolution digitale. Et ceux qui inventent et font au quotidien le numérique figurent parmi les premiers à avoir compris cette envie de déconnexion et ce besoin de moments pour se retrouver soi.

 

 

 

 

Le géant Microsoft lui-même incite, au sein de son siège social de Redmond, ses collaborateurs à se ressourcer en plein air, en leur ouvrant trois cabanes perchées dans de majestueux sapins, surplombant le campus. À trois mètres au-dessus de la terre, un ponton permet le long des cabanes de déambuler en réfléchissant (ou de réfléchir en déambulant) et des terrasses confortablement dotées de poufs offrent un espace bucolique de méditation. “ Bannissez votre smartphone, laissez plutôt votre esprit divaguer ” : un article de slate.fr montre que des études américaines cognitives poussées ont démontré que laisser son esprit vagabonder durant les pauses au travail favorisait la créativité. Et que les salariés qui s’offraient dans leur journée des moments “ dans la lune ” étaient plus performants. La conclusion s’impose : c’est par le bien-être, le droit à la déconnexion et au “ ressourcement ” individuel que l’on améliorera la productivité de l’entreprise.

 

 

Reconnecter les technos à l'humain, la vraie révolution 

 

Derrière ce besoin de déconnexion commence à émerger une forme de contrepoints à l’essor illimité et incontrôlé de la technologie, un " tech-backlash " diraient les Anglo-Saxons. Les signaux sont encore faibles, mais ils sont là : 33% des 16-24 ans disent avoir conscience d’utiliser beaucoup trop leur mobile ; 56% des Français rejettent totalement les objets connectés qui mesurent leur activité ; 51% sont préoccupés par la quantité d’informations personnelles que les entreprises détiennent sur eux.

 

La technologie est ainsi de plus en plus scrutée, soupesée, évaluée à l’aune d’une conscience accrue de ses risques. Lucides sur cette évolution, certains acteurs et opérateurs tentent alors de lui (re)donner de l’éthique. Les marques passent leur temps à utiliser nos datas, eh bien inversons la tendance et utilisons les leurs pour consommer en fonction de nos attentes ! C’est l’objectif d’un nouveau moteur de recherche, Impakt, extension de Chrome et Firefox, qui agrège toutes les données possibles sur une marque, oriente vos achats en fonction des causes qui vous tiennent à cœur et vous propose des alternatives lorsque l’impact d’un produit ou d’une marque sur l’environnement ou la société n’est pas satisfaisant. Actuellement en levée de fonds sur Kickstarter, le projet ne devrait pas tarder à atteindre ses objectifs pour pouvoir être mis en œuvre. En France, la start-up Lilo, qui finance des projets environnementaux et solidaires via son moteur de recherche depuis 2015, lance cette année une nouvelle solution de mailing responsable, pour à la fois réduire l’empreinte carbone liée au stockage des données et garantir le respect de la vie privée de l’internaute. Système intelligent de pièces jointes, serveurs à énergie renouvelable et protection des données de l’internaute sont ainsi au programme de cette solution inédite de mailing. La start-up veut prouver qu’il est possible de créer un web solidaire et responsable. En un mot, rendre notre consommation technologique plus vertueuse et éthique.

 

 

Méditer pour se reconnecter au présent

 

Difficultés à s’imaginer demain, perte d’espoir dans un futur désirable, disruptions technologiques qui inquiètent… Il est un chiffre tout bonnement saisissant au sein de notre enquête : plus d’un Français sur deux (et six jeunes sur dix !) dit avoir l’envie “ de tout plaquer pour partir sur une île déserte ou dans une ferme ”. Si on est, bien entendu, très loin du discours aux actes, il n’en demeure pas moins que le chiffre reflète le désir de ne plus subir et se laisser ballotter au gré d’un monde qui semble aller trop vite. En attendant le grand saut vers l’île déserte, on se tourne alors vers les choses plus simples. On respire, on médite. Sénèque, Épictète, Marc Aurèle… les stoïciens et leurs principes de sagesse pour faire face au monde n’ont jamais eu autant la cote sur internet. Blogs, applis, livres et cours de méditation et de relaxation se multiplient.

 

Christophe André dispense sur France Culture et dans nombre de talk-shows ses conseils pour nous apprendre à méditer, à nous retrouver. “ La méditation est un outil d’hygiène de vie, le b.a.-ba c’est de s’arrêter, de respirer, de se rendre présent et de se connecter à son expérience ”, observe ce psychiatre auteur de plusieurs best-sellers à la Dépêche.fr. Méditer, se relaxer, tenter de se (re)trouver, la pratique semble traverser une large partie du corps social. Autre chiffre surprenant qui ressort de notre enquête : 27 % des Français (et 31 % des femmes et des 18-34 ans) déclarent régulièrement pratiquer la méditation, la sophrologie ou le yoga dans leur vie quotidienne.

 

 

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