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Google faux ami, piètre voisin


Publié le 05/11/2019

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Confirmation de la dépendance de la presse française au moteur de recherche Google. L’indice d’Heroiks confirme. Les medias,  chaines d'information en continu, en tête sont en mode addict au géant sans avoir leur mot à dire.


Les histoires de voisinage sont parfois compliquées. Les plus chanceux se retrouvent une fois par an pour papoter autour d’un verre de mousseux et les moins veinards s’invectivent et finissent parfois devant les tribunaux. La France est le premier pays de l'UE à appliquer la directive européenne sur le droit voisin. Cette nouvelle loi, qui est entrée en vigueur le 24 octobre, vise à protéger les agences et les éditeurs de presse dont les contenus sont reproduits et diffusés comme libres de droits par les moteurs de recherche et les réseaux sociaux. Le texte fixe à cinq ans la durée des droits patrimoniaux détenus par les éditeurs et les agences de presse sur leurs productions. Les hyperliens et les très courtes synthèses d’article (les snippets) ne sont pas concernés par cette législation. Ce texte a été salué par les professionnels de l’information et de la culture. Dans une tribune publiée par plusieurs journaux européens dont Le Monde, plus de 1270 journalistes et personnalités internationales accusaient Google d’avoir « offert aux médias un cynique choix de dupes » . Une étude dHeroiks,société de conseil aux entreprises, confirme, hélas, les craintes des signataires de cette lettre ouverte.

 

 

Prime aux leaders

 

Le premier groupe indépendant de communication français a mis au point un outil, le Search Dependence Index®, qui évalue la dépendance des sites internet aux moteurs de recherche en se basant sur des données produites par SimilarWeb, Alexa et Semrush. L’indice S.D.I, qui évalue la contribution du trafic issu des canaux « search » (tous moteurs), tient compte de la notoriété des marques qui influencent la nature des requêtes et par conséquent la dépendance aux moteurs de recherche dans l’audience globale. Plus l’indice est élevé, plus le site internet est dépendant au Search et par là même à Google. 
En France, 93% des recherches effectuées sur la Toile passent par le géant américain. Oui, vous avez bien lu : 93%.

 

 

La dépendance à Google pour les medias est de 42% en termes de traffic

 

Parmi les 100 sites les plus populaires dans l’hexagone en termes de trafic, le SDI de référence atteint 33,54%. Mais pour la presse quotidienne nationale et les magazines, cette moyenne s’élève à 42%. D’énormes différences existent toutefois d’un titre à l’autre. Les médias les plus connus profitent d’une « prime au leader », comme l’explique l’étude d’Heroiks. Lequipe.fr (15,55%), lemonde.fr (31,70%) et lesechos.fr (36,46%) sont ainsi bien moins dépendants de Google que humanite.fr (54,73%), leparisien.fr (55,14%) ou la-croix.fr (58,07%). Parmi les hebdomadaires et les mensuels, courrierinternational.com (22,87%), valeursactuelles.com (31,83%) et marianne.net (32,01%) s’en tirent bien mieux que parismatch.com (57,01%), famillechretienne.fr (57,79%) ou lexpress.fr (58,34%). La notoriété de mediapart.fr (17,72%) semble, elle, nettement supérieure à celle de slate.fr (35,32%) parmi les pureplayers de la Toile.

 

 

 Facebook comme Google imposent leur diktat

 

L’autre principal enseignement de cette enquête est la dépendance des chaînes d’information en continu envers les moteurs de recherche. Le service public et notamment francetvinfo.fr (43,38%) s’en sort mieux que les médias privés comme bfmtv.com (46,40%), cnews.fr (55,32%) et lci.fr (61,58%). La loi sur le droit voisin vise à redonner plus de pouvoir aux médias mais les géants du web ont décidé d’aller au bras de fer pour continuer d’imposer leur diktat.

 

Google se refuse ainsi toujours à payer ce qu’il ne produit pas.

 

Les organes de presse qui exigeraient d’être rémunérés verront leurs extraits d’articles et leurs illustrations retirés du moteur de recherche pour être remplacés par un simple titre et l’URL, l’adresse Web, renvoyant à l’article . Cet « exemple » a visiblement inspiré Facebook qui a, lui aussi, décidé de ne pas rémunérer la presse pour des liens enrichis . Le réseau social affirme toutefois négocier avec les journaux pour définir un projet de rémunération qui utiliserait un onglet spécial. Cette prise d'ôtage n’est pas du goût des pouvoirs publics. Sur France Inter, Cedric O, le Secrétaire d'État chargé du Numérique compare Google à un « acteur monopolistique ». La Toile mettra du temps à améliorer ses relations. Les acteurs de l'information n'ont pas vu venir ce ras de marée, qui souhaitons-le, sera contenu en bonne intelligence.

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