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Le télétravail n’est pas la solution miracle !


Publié le 25/02/2019

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Le télétravail, la panacée ? Pas toujours. Car il dépend d’une réflexion managériale propre à chaque société. Et surtout il ne convient pas à tous les salariés avec des effets négatifs sur eux et sur l'entreprise. Pourtant, l’idée n’est pas de fermer la porte au télétravail qui progresse, mais de savoir le gérer et le mixer. Et pour cela, il faut proposer un lieu de travail adapté où le management est intelligent et les personnes sont respectées. Mais ça, c'est un travail de tous les jours.   

 

 

Une récente enquête nous apprenait que les « télétravailleurs seraient plus efficaces que les employés de bureau » !. Si cette étude, diligentée par Regus, qui commercialise des espaces de coworking, peut naturellement sembler biaisée, elle dresse surtout un portrait idéalisé du télétravail auquel il n’est pas obligatoire d’adhérer et pour lequel quelques nuances doivent être apportées.

 

 

Tout le monde n’est pas fait pour le télétravail

 

C’est un fait, le télétravail progresse en France. Il atteint un seuil de maturité, un point d’équilibre, autour des 15 à 20% environ des salariés concernés par le télétravail selon les sources. Et lorsqu’ils sont interrogés sur la question, 6 salariés sur 10 répondent y aspirer. Cela peut donc surprendre, mais il y a bien des salariés qui y sont réfractaires : certains ne peuvent pas, voire même ne veulent pas, travailler à distance.

 

Car il n’est peut-être pas la solution miracle pour améliorer le bien-être des salariés et augmenter la productivité des entreprises. Pas plus que le Chief Happiness Officer ne peut rendre vos employés heureux et masquer des problèmes de management. Le télétravail répond aux attentes de certains collaborateurs (expérimentés et/ou qui ont besoin de se concentrer sur leurs tâches) et à un mode de travail bien particulier. Et sa mise en œuvre s’accompagne impérativement d’une réflexion managériale propre à chaque entreprise.

 

 

Des employés plus souvent malades sont-ils toujours plus efficaces ?

 

Des chercheurs de Gallup  ont découvert qu’en entretenant des liens sociaux forts sur leur lieu de travail, les salariés étaient plus performants, plus disposés à s’impliquer dans leur travail et moins enclins à tomber malades ou à se blesser. Sans ces liens forts, la tendance s’inverse. Indirectement, ils contribuent aussi à augmenter l’estime de soi et la perception d’efficacité personnelle tout en générant des émotions positives -autant d’aspects qui protègent l’individu dans les situations stressantes et ayant des retombées positives sur sa santé.

 

Cette étude peut être couplée avec celle de l’Organisation internationale du travail (OIT) publiée en 2017, selon laquelle 42% des personnes travaillant en permanence à domicile et 42 % des télétravailleurs dits très mobiles déclarent se réveiller plusieurs fois par nuit, alors qu’ils ne sont que 29% chez les personnes employées sur leur lieu de travail, soit 33% de moins ! À l’insomnie, il faut ajouter le stress ressenti devant la perte de repères pro/perso via l’envahissement de son espace intime.

 

 

La difficulté de combattre l’isolement

 

De plus, distance géographique et distance psychologique engendrent souvent un sentiment d’isolement. En ne partageant plus les discussions informelles, les routines de son entreprise et le lien social inhérent, le collaborateur s’éloigne inexorablement. Et ce sentiment d’isolement s’accompagne chez le collaborateur de ressentiments plus négatifs : ainsi, 41% des salariés travaillant à distance* pensent que leurs collègues disent du mal d’eux dans leur dos, contre 31 % des salariés sur site.

 

Pour compenser cette solitude, il va chercher à re-créer du lien social, via les réseaux sociaux -chronophages- ou en rejoignant des espaces de co-working comme ceux proposés par le commanditaire de l’étude évoquée au début. Si Regus vante le télétravail, c’est bien parce que son business adresse aussi les télétravailleurs en mal de « vie de bureau ».

 

Le travailleur va donc chercher à se créer une nouvelle communauté, à reformer des liens informels, à échanger avec des personnes partageant, au départ, les mêmes aspirations que lui. Au risque de tomber dans une forme de schizophrénie, de confusion, en appartenant à deux entreprises : celle de son employeur d’un côté et celle des collègues avec lesquels il partage le coworking.

 

 

Télétravail et le challenge du management

 

Bien entendu, la vie n’est pas toute rose en entreprise et contraindre les salariés à se côtoyer serait même contre-productif, selon une étude de la Philosophical Transactions of the Royal Society qui explique qu’au sein des open spaces les collègues bruyants (61%) et les réunions de dernière minute (40%) troublent tout particulièrement le quotidien des salariés. Des soucis qui représenteraient un véritable manque à gagner pour les entreprises selon l’étude.

 

L’idée n’est pas de fermer la porte au télétravail, mais de savoir le gérer. Car je pense que la principale complexité vient de la mixité des modes de travail au sein d’une même entreprise ou plus encore au sein d’une équipe. En tant que dirigeant (ou chef d’équipe), il faut savoir assumer son modèle préférentiel de fonctionnement et de management. Le manager n’est pas un SURHOMME ni un être parfait. Par exemple, il peut être plus à l’aise dans un échange face à face qu’au travers une vidéo conférence (ce qui est clairement mon cas). Dans ce cas, il a tout intérêt à limiter le télétravail à 1 à 2 journées par semaine pour ne pas se retrouver en difficulté face à ses équipes. Sinon il risque d’accompagner moins efficacement ses collaborateurs en télétravail… Sachant qu’il faut garder à l’esprit que le télétravail ne peut exonérer un manager de son devoir de rendre le travail digne et respectueux pour tous.

 

Dans un cadre où le télétravail n’est pas la norme, le manager peut et doit faire preuve d’une certaine flexibilité et accepter des périodes de télétravail, selon un cadre et des règles définies au préalable : 1 journée par semaine à date fixe par exemple, ou une journée par semaine en prévenant 72 heures à l’avance et non pas décidée le matin même par convenance personnelle.

 

Enfin, je crois fermement qu’il est possible d’être bien en allant au bureau quand l’environnement est adapté, le management intelligent et les personnes respectées. Mais cela implique une écoute régulière et constructive des collaborateurs, une transparence sur les décisions stratégiques, un partage des valeurs, une réflexion approfondie sur le management et bien sûr... un lieu de travail agréable et adapté ! Pourquoi seuls les lieux de coworking seraient-ils cools ? On peut aussi faire de nos bureaux un endroit où il fait bon travailler ! Et vous, plutôt télétravail ou au bureau entouré de vos collègues ?

 

 

Pour aller plus loin :

*Sondage 2017 VITALSMARTS réalisés auprès d’un panel de plus de 1150 travailleurs du monde, dont 52 % travaillent à domicile une partie du temps

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