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Quand les codes de la Real TV l’emportent sur ceux de la Real Politik


Publié le 09/11/2016

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On connaît désormais l'identité du 45ème Président des Etats-Unis et le moins que l'on puisse dire, c'est que cette élection n'a pas fini de faire parler. Une question se pose : comment a-t-on pu en arriver là ?

 

Le suspense est terminé. Alors que les médias analysaient à longueur de colonnes que l’Amérique allait retourner contre Donald Trump son célèbre « You’re fired ! », celui qui va poursuivre l’aventure est le candidat qui avait déjà surpris tout le monde en remportant le totem d’immunité dans l’épreuve « survivor » de l’équipe des rouges (encore appelée « primaire » par certains rétrogrades). Charge à lui, désormais, de réunir la tribu bleue et la tribu rouge. La nouvelle saison de « American President » démarre sur les chapeaux de roue !

 

 

La guerre des boutons

 

Infantilisant ? Basique ? Caricatural ? Peut-être. Mais cela doit nous pousser à nous demander si les réflexes des médias internationaux « traditionnels » pré- et post-victoire de Trump aux élections présidentielles américaines ne sont pas ceux d’une corporation engluée dans des codes politiques antédiluviens. Trop intelligents ou tout au moins trop éduqués voire trop informés, trop rôdés aux calculs d’arrière-boutique et globalement persuadés que la raison l’emportera toujours sur la réaction épidermique, ou que l’homme ou la femme politique adoubé(e) par une certaine intelligentsia l’emportera au final, les médias accumulent les erreurs de calcul et font preuve au global d’une absence de « vista » assez confondante. C’est au final le triomphe de la méthode Coué sur l’analyse des tendances de fond. C’est normal me direz-vous… avec les médias sociaux, tout bouge tellement vite, comment voulez-vous pouvoir anticiper ce qui est un phénomène encore récent ?

 

Et pourtant… dans l’histoire des présidentielles américaines, chaque rupture médiatique s’accompagne de surprises au bénéfice de celui qui a le mieux compris et su utiliser ces canaux. Roosevelt utilisa la radio pour toucher l’Amérique profonde et s’affranchir (déjà) du filtre journalistique, Kennedy comprit le premier la force de l’image et de la personnalisation du pouvoir que lui apportait la télévision, et, plus récemment, Obama su remobiliser et fédérer un électorat jeune et libéral à travers les réseaux sociaux pour l’emporter dans les états sensibles.

 

Et Trump me direz-vous ? Quelle rupture médiatique a-t-il su exploiter ? Justement celle du changement des codes. Bye, bye la raison avant tout, l’appui sur des faits, la glorification de la vérité et l’autorité du « fact-checking ». Welcome to la recherche de l’émotion, la réaction à tout prix, la provocation systématisée et l’antagonisation comme arme de communication.

 

 

Et après ?

 

Il est désormais convenu de dire qu’en termes de communication, cette campagne a été la plus dure et la plus « sale » de l’histoire des élections présidentielles américaines et que Donald Trump en a été le principal moteur avec ses excès permanents, ses insultes et ses débordements. Mais ce qui passait aux yeux de tous les « initiés » (médias et communicants) comme des erreurs de communication basiques et la preuve que nous avions affaire à un amateur un peu dérangé (qui n’avait bien sûr aucune chance de l’emporter) était en fait la stratégie gagnante. Celle d’un expert de l’application, à un corps électoral abreuvé de télé-réalité et de peopolisation à outrance, des codes de cette même télé-réalité.

 

Fort de sa notoriété, de ses années comme tête d’affiche d’une télévision trash et d’une analyse de ce qui allait faire réagir l’Amérique profonde, Donald Trump n’a pas juste fait fi des us et coutumes de la classe politique mais a fait de ses prétendues « erreurs de débutant » la pierre angulaire de sa campagne. Poussée à l’extrême, la forme a quasi-complètement pris le pas sur le fond. Peu importe que le discours soit basé sur des impressions, des contre-vérités, voire des mensonges l’important pour la cible visée est que son candidat défie les institutions en place pour exprimer ce qu’elle ressent. Le « gut feeling » comme tout arbitre.

 

Au final, la glorification de l’outsider face aux institutions en place a transformé cette campagne en un American Ninja Warrior où le ninja Trump a fini par escalader et franchir tous les obstacles dressés devant lui par « la prod » (comprendre l’establishment) lui permettant de revêtir pendant quelques temps le costume de héros des classes populaires. Reste à nos médias à analyser ce qu’ils ont trop vite balayé d’un revers de la main, teinté d’un peu de condescendance, afin de ne pas répéter à l’envi des erreurs d’analyse et de réaliser enfin que les codes de la communication politique ont évolué pour intégrer ceux des médias sociaux et de la télé-réalité. Le Brexit nous en avait donné un avant-goût, l’élection américaine devrait être le véritable révélateur de l’urgence à faire évoluer nos grilles d’interprétation à l’aube de la présidentielle française pour éviter à nouveau de se faire surprendre. En tout cas, il n’y a pas à dire « America got Talent » !

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