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Les jeunes reporters francophones ont leurs « hauts-parleurs »


Publié le 22/05/2018

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Cette agence fondée en 2015 permet à une centaine de journalistes basés dans 25 pays de diffuser leurs reportages de trois minutes sur de nombreux supports.

 

 

L’avenir des médias audiovisuels serait-il là ? Les millennials sont de plus en plus nombreux à se contenter d’internet pour s’informer et se documenter mais les programmes diffusés sur la Toile sont souvent de piètre qualité et racoleurs. Les « informations » publiées sur les sites sont encore trop fréquemment des copies de nouvelles diffusées ici ou là. De simples ragots se transforment en « scoop ».

 

Faute de moyens, les journalistes du web bricolent comme ils le peuvent. Mal payés, ils n’ont pas le temps de bien travailler et rencontrent des difficultés à faire connaître leurs reportages qui sont noyés dans un océan de contenus diffusés 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Claire Leproust, une ancienne directrice associée des développements numériques de Capa TV Presse, a choisi de mettre le pied à l’étrier aux jeunes reporters francophones en créant en 2015 les Haut-Parleurs.

 

 

Des reporters âgés de 17 à 32 ans

 

Chaque semaine, deux à trois reportages vidéos d’environ trois minutes chacun sont diffusés sur les plateformes de cette agence. Les 260 vidéos mises en ligne totalisent déjà plus de trois millions de vues. Plus de cent journalistes âgés de 17 à 32 ans travaillent aujourd’hui en indépendants pour cette société qui les rémunère entre 300 et 500 euros pour chacun de leur reportage. Ce réseau de correspondants est présent dans l’ensemble des pays francophones de la planète et tout particulièrement en Afrique Sub-saharienne, au Maghreb, au Québec, en Belgique, en Suisse et en France. Certains de ces reporters sont également basés en Allemagne, en Italie, au Royaume-Uni, en Amérique Latine et en Inde.

 

Leur origines sont diverses et variées. « Certains étaient déjà reporters », explique Claire Leproust « D’autres ont un profil plus artistique avec une expérience dans les clips vidéos. Nous avons aussi des activistes, des blogueurs et des youtubeurs. Nous ne les formons pas car nous souhaitons qu’ils gardent leur propres tons et qu’ils n’aient pas tous la même voix comme sur certaines chaînes nationales mais nous effectuons à Paris un véritable travail de rédaction en chef avec nos deux journalistes salariés et notre monteur pour la post-production ». Malgré leur succès d’audience sur la Toile, les Haut-Parleurs ne parviendraient pas à survivre sans leur activité de producteurs de contenus.

 

 

La production permet de boucler les fins de mois

 

« Les réseaux sociaux servent aujourd’hui à nous faire connaître mais ce ne sont pas eux qui nous permettent de gagner de l’argent », avoue, sans ambages, Claire Leproust qui a aussi travaillé pour Canalsat et SFR « Nos médias ne représentent que 20% de nos recettes. Le reste vient de notre activité plus traditionnelle de production ». L’agence va ainsi fournir à France3 Hauts de France quinze vidéos effectuées par des étudiants de l’école de journalisme de Lille. Une série sur les jeunes consommateurs va aussi être diffusée dans un premier temps sur Mediapart. Un partenariat a parallèlement été bouclé avec l’Institut Français durant le Festival du Film de Cannes. Des vidéos vont enfin être proposées sur l'offre SLASH de France TV comme c’est déjà le cas pour les clients de la box Orange. 35% du budget de financement des reportages sont assurés par TV5 Monde qui soutient depuis le début l’initiative de l’agence parisienne. Pour arrondir ses fins de mois, cette maison de production travaille aussi pour des ONG comme Unicef et Médecins du monde qui a utilisé son réseau de correspondants pour filmer des interviews de réfugiés syriens aux quatre coins du monde. Des financements complémentaires proviennent également de certaines institutions tel l’Institut français ou l’agence Erasmus qui lui a demandé de suivre dix étudiants à l’étranger qui profitent de ce système d’échange universitaire. « Nous avons en outre touché 40.000 euros d’aides sur cinq ans de CNC Talent, le Fonds d’aide aux créateurs vidéo sur Internet », révèle l’ancienne cadre de Capa « Nous recevons aussi des prix et certains sont dotés d’aides financières ».

 

Ce business model entre le média et l’agence de production peut sembler un peu compliqué à gérer. « Mais nous n’avions pas d’autres choix », tranche Claire Leproust « La publicité sur les réseaux sociaux ne fonctionne pas. Mon désir était de permettre à des jeunes tout feu tout flamme de faire des reportages engagés dans leur pays d’origine. Lorsque j’ai un petit coup de mou, je pense à eux. Et puis je profite d’une énorme liberté avec mon agence. Je ne connais pas un producteur plus libre que moi ».

 

 

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