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Dominique Farrugia : « J’ai eu la chance d’être autodidacte »


Publié le 30/06/2017

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Dominique Farrugia incarne la curiosité. Ce journaliste né avec Canal+, qu’il a dirigée, est cofondateur des Nuls, réalisateur, acteur, producteur de plus de vingt films, découvreur de talents, et créateur des chaînes Comédie+ et Cuisine TV. Cet esprit cathodique continue son zapping tranquille, de passion en passion.

 

INfluencia : qu'est-ce que la « curiosité » pour vous ? 

 

Dominique Farrugia : pour moi, c’est l’envie de connaître et la soif de découvrir autour de moi des histoires qui soient adaptables à l’écran. C’est souvent du plus quotidien que viennent les meilleures idées, et je me délecte des faits divers du Parisien. Cela fait partie de mon travail que de regarder, épier, essayer de comprendre la société qui nous entoure… et faire rire. J’admire la curiosité des enfants qui posent sans cesse des questions et qui nous amènent nous-mêmes à nous questionner. Je dois ajouter que si je suis très attentif à la vie autour de moi, en revanche je n’ai aucune curiosité envers les gens. Je n’aime pas leur poser des questions plus ou moins indiscrètes. Je parle peu, en réalité je suis très pudique, j’ai toujours peur de gêner.

 

 

IN : où puisez-vous votre inspiration ?

 

DF : un peu partout. Un roman, une rencontre, une idée prise au vol et développée… Mon film Sous le même toit est parti de la lecture d’un article dans Libération sur le fait que dans les grandes villes, et surtout à Paris, plus de 50 % des couples qui divorcent n’arrivent pas à trouver un second appartement… et du coup ne peuvent pas se séparer. Mais l’inspiration peut venir de plus loin aussi ! J’ai adoré voyager, boire un verre au Harry’s Bar de Venise, manger un hot-dog dans les rues de New York, déguster la cuisine locale sur le marché flottant à Bangkok, me perdre dans la foule à Bali, me promener dans Los Angeles ou découvrir Hong Kong by night…

 

 

IN : quelle part joue la curiosité dans votre carrière ?


DF : j’ai eu la chance d’être autodidacte. J’ai naturellement dévoré des livres, écouté de la musique et vu peut-être plus de films que les autres… car c’est comme cela qu’on apprend. Et cette envie d’apprendre ne m’a jamais quitté. Dès que j’ai gagné de l’argent avec Canal+, j’ai voyagé, j’ai notamment découvert les États-Unis, puis l’Asie. Si on n’est pas curieux, si on n’a pas envie d’aller voir un tout petit peu plus loin que le coin de la rue, on n’avance pas beaucoup. Ma vie a été pavée de rencontres avec des gens formidables. Si je n’avais pas vu par exemple le show de l’humoriste américain David Letterman, je n’aurais pas créé la Grosse Émission, fer de lance de la chaîne Comédie+ ! J’ai découvert les Robins des Bois grâce à des copains qui m’ont traîné à Fontainebleau pour les entendre sous la pluie dans une grange… Il faut être prêt à ouvrir les yeux à tout moment.

 

 

IN : quelles sont vos passions ?


DF : un jour, Pierre Lescure, qui est très curieux, m’a dit : « Il y a deux manières d’être créatif : être vampire et sucer le sang des autres, ou être cannibale et finir par se manger soi-même. » Le même Lescure, lorsqu’il a été engagé par André Rousselet, lui a demandé de lui « laisser un peu de temps pour glander ». J’approuve complètement cette attitude. Il ne faut pas avoir peur de développer ses passions. J’en ai beaucoup : l’art, la photo, le cinéma, la littérature, la musique. Les réseaux sociaux, les galeries d’Instagram, tout cela fait aussi partie de mon quotidien. J’ai ainsi découvert récemment une peintre d’origine ghanéenne, Lynette Yiadom Boakye, qui expose à Londres des portraits figuratifs issus de la culture africaine et imprégnés de tradition occidentale. Son travail fiche une jolie petite claque.

 

 

IN : nous sommes curieux : seriez-vous tenté de relancer une chaîne de télé ?

 

DF : j’arrive à un âge où l’on sait ce qu’on ne peut plus faire : je ne serai jamais peintre, ni dessinateur. En revanche, je continue de m’activer les méninges le plus possible pour faire ce qui me plaît, voir des vieux films que je n’ai jamais vus – j’ai commandé tout Kurosawa. Ce qui m’intéresse c’est de parfaire mon éducation. Je m’étais dit qu’à 50 ans j’apprendrais l’italien et j’irais à Rome, je n’ai pas encore réussi à le faire, mais cela fait partie de mes challenges. De même, je lis l’hébreu depuis quatre ans, maintenant j’aimerais le parler. Lancer une chaîne ? Non, je n’ai pas envie de refaire ce qui a été fait. J’ai créé Comédie+ en 1997, Cuisine TV en 2001. Aujourd’hui, c’est sur Internet que ça se passe. Mais ceux qui inventent de nouvelles chaînes sont plus jeunes que moi et ils le font avec beaucoup de talent.

 

Article publié dans la revue INfluencia sur la curiosité. Découvrez sa version digitale

 

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