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Gaspard Gantzer ou les conséquences de la crise sur la com politique


Publié le 27/05/2020

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« La politique, ce n’est pas que des idées et des programmes. C’est avant tout des rencontres ». Alors comment fait-on quand un contexte sanitaire ampute la com politique de l’un de ses piliers : l’humain ? A la veille d’un second tour controversé, en pleine crise sanitaire, Gaspard Gantzer, ancien conseiller de François Hollande à L’Elysée, ancien porte-parole de Bertrand Delanoë, ancien camarade de promo d’Emmanuel Macron à l’ENA, et conférencier régulier à Sup de Pub, évoque les implications des contraintes du déconfinement sur la com politique. 

 

 

IN : la difficulté de communiquer en politique  quand on ne peut pas voir les personnes sur le terrain ?

 

Gaspard Gantzer : c’est frustrant de ne pas pouvoir parler les yeux dans les yeux, de sentir les réactions de son interlocuteur. Le plus grand plaisir de la politique, c’est de rencontrer des gens, d’échanger avec eux sur les problèmes du quotidien, de trouver des solutions ensemble en dialoguant. Avec le confinement, cela n’était plus possible. On a alors appris à faire connaissance et à convaincre de façon différente, en passant davantage par les mails, les réseaux sociaux, les appels téléphoniques. C’est moins chaleureux et plus difficile, mais pas impossible. 

 

 

IN  : c'est une forme de communication de crise ?


G.G. : nous sommes entrés dans l’ère des crises permanentes. Depuis 15 ans, se sont succédés une crise financière majeure, une violente série d’attentats, des mouvements sociaux sans précédents et maintenant une crise sanitaire qui va laisser la place à une crise économique inouïe ! Tous les dirigeants - publics comme privés - doivent vivre avec cela. La communication de crise devient une forme de communication du quotidien. Depuis mi-mars, chaque jour, les dirigeants politiques doivent s’adapter en permanence, à l’évolution de l’épidémie et aux changements de perception de celle-ci par l’opinion publique. C’est un exercice difficile pour les pouvoirs publics, mais aussi pour l’opposition. Tout le monde est sur le fil du rasoir. Mais, dans l’ensemble, je trouve qu’il y a de la tenue, même si j’aurais préféré qu’on échappe aux délires des complotistes et au déferlement de haine sur les réseaux sociaux. 

 


IN : la communication politique va-t-elle devoir changer après cela ?

 

G.G. : oui, certainement, les réseaux sociaux vont prendre de plus en plus de place. Ce sera le cas de Twitter et de Facebook pour les politiques. D’Instagram et de Tik Tok pour tout le monde. Je suis fasciné par le développement de la créativité sur ces deux dernières plateformes. C’est hyper enthousiasmant !


Sur le fond, j’espère surtout que ce ne sont pas les populistes et les complotistes qui tireront leur épingle du jeu, mais plutôt les tenants de la rationalité. Face aux crises, il faut avoir l’humilité de tenir un discours de vérité, de reconnaître ses erreurs et de faire appel à l’intelligence des gens. Au cours des prochains mois, il y aura une prime pour ceux qui seront capables d’expliquer simplement et honnêtement des problèmes complexes, et de redonner du sens à l’action publique. 

 


IN : cette virtualisation  de la communication politique pourrait-elle influer sur les stratégies et sur les « castings » de candidats ?


G.G. : l’humain est fondamental en politique. La politique, ce n’est pas que des idées et des programmes. C’est avant tout des rencontres, des discussions, des débats. Le charisme et la personnalité sont aussi importants que la vision. On peut le déplorer, mais c’est un fait. Et c’est même de plus en plus vrai avec le développement d’une «société de l’image», liée aux réseaux sociaux. Est-ce que ce phénomène a été modifié par le confinement ? C’est difficile d’avoir un avis tranché, car, d’un côté, le confinement a réhabilité l’écrit, et donc le raisonnement, au détriment du charisme et de l’image. De l’autre côté, les réseaux sociaux, et leur culte de la vidéo et de l’image léchée, notamment sur Instagram et Tik Tok, ont favorisé les politiques qui ont une forte personnalité, voire même un « personnage » bien travaillé. Prenons deux exemples. D’Edouard Philippe, on retient beaucoup la barbe blanche, signe de son sérieux et de son stress. De Raoult, on a plus retenu le look que les mots, même si ceux-ci ont aussi compté. Pour conclure sur le sujet, à titre personnel, j’aimerais que le confinement ait réhabilité l’écrit et le raisonnement, mais je crois malheureusement qu’il a renforcé le poids des images. »

 

 


 

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