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Villes et enfants : repenser l’aire de jeux


Publié le 03/04/2017

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Pour les habitants de Lower Ninth à la Nouvelle Orléans, leur quartier déserté depuis Katrina a encore la chance d’être un lieu de vie attractif. Notamment en permettant à leurs bambins de s’éveiller différemment dans un espace de jeux thématique où activités et mobilier urbain ont été conçus pour divertir et fédérer. Une initiative qui pourrait inspirer collectivités locales ou des marques voulant soutenir des projets citoyens.   

 

La ville, source de facilités et d’opportunités, peut aussi être rebutante à certains égards. Au point parfois de lasser ses habitants et même de les faire fuir. Or sans eux, elle perd de son intérêt aussi bien d’un point de vue sociologique et historique que culturel, économique, institutionnel ou de mixité. Les séduire et les fidéliser sont donc deux des enjeux majeurs pour les édiles. Mais cette démarche ne s’adresse pas qu’aux adultes, elle vise aussi les plus jeunes, prescripteurs par excellence. Pas seulement via des crèches, des musées, des salles de concert, des écoles ou des conservatoires… mais aussi grâce à d’autres concepts comme les aires de jeux.

 

Des lieux de liberté où s’amuser, se défouler, découvrir, apprendre, rencontrer et tisser des liens qu’on a forcément envie de maintenir en restant dans son quartier, dans sa ville. Constituant ainsi un battement de cœur qui incite des familles ou des groupes de citoyens à faire leur trou dans le quartier même s’il a des défauts. Tout comme les motiver pour le peupler, le faire vivre, l’améliorer. Et même à le sortir de sa désaffection, comme cela a été le cas pour le Lower Ninth Ward, à la Nouvelle Orléans. Une initiative humaine d’autant plus méritante qu’elle est consensuelle et qu’elle ne s’est pas contentée d’une aire de jeux lambda pour ranimer un quartier désert. Au contraire, elle a pensé un espace exigeant et attrayant où éveiller les enfants et réunir les plus grands différemment autour d’un thème fédérateur : la musique. Un lieu personnalisé et propice à l’invention d’activités ludiques et d’un mobilier urbain (ré)créatifs et intelligents, et pas seulement pour les chérubins. De quoi inspirer collectivités locales ou toutes marques se déclarant citoyennes. 

 

 

Apporter de la musique et de la lumière 

 

En effet, après avoir été dévasté par l’ouragan Katrina et en dépit de la reconstruction d’un lycée et d’un foyer municipal, cet arrondissement ouvrier et afro américain n’avait récupéré que 37% de ses résidents, en 2015 (contre 90% pour le reste de la ville). Notamment parce qu’il ne faisait pas partie des zones prioritaires d’investissement et de réaménagement, laissant beaucoup de bâtis (maisons, entreprises, écoles…)  à l’abandon et le privant de nombreux services nécessaires au quotidien.

 

Néanmoins, l’un des quartiers de cette zone est sorti du lot, grâce à l’action conjuguée de deux personnes. Tout d’abord, Burnell Cotlon qui, après y avoir ouvert une épicerie, a entraîné dans son sillage d’autres commerçants (coiffeur, laverie automatique…). Ensuite Ryan Swanson, dirigeant de The Urban Conga, une société de design, qui a repéré non loin de l’épicerie, une grande dalle de béton vide et  inutilisée. Un espace sécurisé et immédiatement identifié comme idéal pour réintroduire la notion de voisinage -qui lui faisait tant défaut- en y rassemblant enfants et familles.

 

Très vite, le projet a été soutenu financièrement par KaBOOM, société à but non lucratif qui intervient pour les initiatives en faveur des enfants désavantagés. Une subvention allouée d’un commun accord par Ryan Swanson, Burnell Cotlon et les résidents du secteur à une aire de jeux dédiée à la musique, et plus particulièrement, aux percussions. Résultat, The Urban Conga a conçu tout un tas de cylindres bleus aux expériences variées et aux sons différents ainsi que du mobilier (table, chaise, banc…) autour de cette thématique. Un ensemble propice à l’écoute, à la pratique, à la découverte, au divertissement et à la conversation, et ce 24 heures sur 24 puisque ces instruments peu ordinaires s’illuminent de couleurs variées la nuit venue. Créant, une source de lumière bienvenue dans ce quartier encore largement privé d’éclairage en raison d’un réseau électrique défaillant et de l’absence de lampadaires.  

 

 

Fédérer pour mieux se réapproprier un lieu

 

Cet endroit atypique a aussitôt été adopté par ses voisins qui l’ont surnommé, The Hangout (Le lieu de prédilection). Non seulement parce qu’il a permis de rétablir le lien autour des enfants et des valeurs humaines, d’apporter du fun grâce à la musique et de la gaîté via la lumière, mais aussi parce qu’il a été l’occasion de restaurer la communication avec d’autres quartiers en réhabilitant des routes. Reste encore à les éclairer comme l’arrêt de bus qui dessert l’école, pour les rendre plus sécurisés et conviviaux.

 

A terme, des panneaux solaires devraient être installés pour éclairer The Hangout. En attendant, c’est l’entreprise de Burnell Cotlon qui fournit l’énergie nécessaire. De même, mandaté par The Urban Conga, il en assure la maintenance et l’entretien journalier, puis en 2019,  il en sera propriétaire avec la communauté locale. Un transfert de patrimoine aux personnes directement concernées répondant à l’objectif initial qui visait à la réappropriation d’un quartier par ses habitants comme le souligne Ryan Swanson: « En créant ce lieu, nous voulions donner à Lower Ninth et ses habitants, un espace qui leur appartiendrait vraiment et qui les ferait se sentir à nouveau à leur place ».  

 

Lower Ninth Ward, Nouvelle Orléans

 

 

 

 

 

 

 

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