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Influences artificielles : des bots politiques à gogo


Publié le 12/02/2019

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Alors que l’ère digitale et ses multiples plateformes sociales laissent à penser que la liberté d’expression bat son plein, donnant à chacun l’opportunité, à la force d’un tweet de prêcher avec autant de résonance qu’une personnalité publique, une étude brésilienne remet à plat les idées reçues et lève le voile sur les coups bas politiques qui s’y cachent. 

 

 

C’est un fait, les fake news, les mouvements de cyber-harcèlement ou d’endoctrinement terroriste amènent largement assez d’éléments pour alerter sur le caractère malsain et corrosif des plateformes sociales. Néanmoins, ces outils ont permis des débats, des rencontres, des échanges et des mouvements libérateurs dont les citoyens ont pu s’emparer pour faire entendre la voix de ceux que les gouvernements ont tu des années durant. Pourtant, si l’on en croit les chiffres communiqués par Trending Botics, ce sont bien les politiques qui tirent encore à coup de manoeuvres suspectes, les ficelles des discussions prenant place sur la plateforme de prédilection des débats électoraux : Twitter.  En partenariat avec le site journalistique -qui couvre de manière non partisane l’actualité  nationale- Congresso em Foco, l'agence FCB Brasil a lancé une plateforme permettant de surveiller plus de 170 000 robots politiques pendant la saison électorale pour la présidence : « Trending Botics » (s’amusant du terme « Trending Topics » aka les sujets les plus abordés sur le réseau). Des résultats qui laissent sans voix.

 

 

Présidentielles, résultat des courses (truquées)

 

Après une course à la présidentielle effrenée dans laquelle les médias sociaux jouent un rôle essentiel d’influence et de débats, FCB Brasil publie tout juste les derniers chiffres de Trending Botics. Une plateforme en ligne par le biais de laquelle les électeurs pouvaient suivre quotidiennement les sujets politiques partagés par des robots qui passaient pour de vrais utilisateurs, et ainsi découvrir quels messages étaient promus artificiellement.

 

Sur plus de 132 millions de tweets analysés par l’outil de surveillance, pas moins de 173 000 robots politiques détectés, affichant plus de 4,5 millions de tweets, dont 3,1 millions cités ou faisant référence au président récemment élu. Pour Joanna Monteiro, CCO de FCB Brasil, cette donnée reflète bien la manipulation politique du pays pas si démocratique que ça : « les chiffres finaux du projet donnent une idée de la portée et du degré d'influence qu'ils ont au cours du processus électoral, qu'ils partagent de fausses nouvelles ou créent un engagement artificiel sur un certain sujet ».

 

 

Influenceurs influencés

 

Au total donc, plus de 20% des discussions politiques sur les réseaux sociaux au Brésil ont été lancées par des bots. « Ces robots manipulent le débat. Ils représentent une menace pour la démocratie », ajoute Joanna Monteiro. En effet, ces robots engagent la discussion, alimentent les fake news et fédèrent autour d’un parti afin d’influencer les citoyens sur leur vote. 

 

Avec plus de 5 millions de visiteurs uniques en un mois, Trending Botics a pu apporter un peu de lumière sur la zone grise d’un monde artificiel dont les abus sont constants.  Chaque jour, la plateforme s’est attachée à publier un compte-rendu d’analyse mettant en avant un fait à scandale. Des rapports soulevant par exemple que le bot le plus actif détecté comptabilise plus de 2000 tweets en 72 heures, tous les posts argumentant les bienfaits de Bolsonaro (président élu), et la plupart étant des fake news. On apprend aussi que durant les sessions de débat politique diffusées à la télévision, ce sont pas moins de 15 143 tweets qui ont été émis par des bots politiques. 

 

Un outil venant contrer une propagande anti-démocratique et les stratégies politiques pathétiques de nombreux partis en jeu. Et si le bruit que fait Trending Botics n’a pas su renverser les élections, il souligne tout de même que Bolsonaro fut le candidat le plus cité par les bots, comptabilisant plus de 3,1 millions de fake tweets. Coïncidence, nous ne pensons pas. Alors oui, nos choix politiques et notre consommation au global sont de toute évidence sous influence. Mais posons-nous la question : l’influence artificielle prédomine-t-elle le paysage ? Pour quelle finalité ? Et comment s’en défaire ? 

 

 

 

 

 

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