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Election européenne : le vote de la défiance technologique


Publié le 21/03/2019

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À deux mois des élections européennes, un sondage Harris Interactive montre que les citoyens attendent de l’UE une réglementation plus stricte concernant les géants de la tech comme Google et Facebook. Finis les cheques en blanc, il est plus que temps de rendre des comptes.

 


En à peine quelques années, les géants de la tech sont passés du statut de bienfaiteurs, de messie même, capable de prescrire les remèdes adéquats aux maux de notre société, à celui de profiteur, voire même de criminel. Le solutionnisme technologique, théorisé par le chercheur Evgeny Morozov, nous parait à présent de plus en plus utopique. Mais face à cette désillusion brutale et au sentiment d’insécurité qui l’accompagne, que font les pouvoirs publics ? A cinq semaines des elections européenne, c’est exactement la question que s’est posé Harris Interactive.

 

Dans le cadre de ce sondage, 6 600 personnes ont été interrogées en France, Allemagne, Pologne, Espagne, Italie, République Tchèque, Grèce et Roumanie. D’après les résultats, une grande majorité des Européens estime que le Parlement européen n’a pas fait le nécessaire, durant son dernier mandat, pour réguler les pratiques des géants de la tech. Alors qu’un vote crucial concernant la directive européenne sur le droit d’auteur aura lieu dans les prochains jours, les répondants veulent que l’UE mette en place des garde-fous obligeant les grandes entreprises du numérique à rémunérer équitablement la diffusion des créations sur les plateformes.

 

 

 

 

La nécessité d’un front institutionnel

 

Pour 64 % des Européens interrogés, l’Union européenne n’a pas fait le nécessaire durant ces cinq dernières années pour réguler le pouvoir des géants américains de la tech. Il s’agit là d’un message fort pour les représentants politiques européens, à deux mois des élections européennes. Le débat sur les géants de la tech s’intensifie autour de questions telles que les fake news, leur abus de position dominante, le respect des droits d’auteur ou encore une juste imposition de leurs revenus et la protection des données personnelles.

 

 

Une hypocrisie communicationnelle palpable

 

Pour 74 % des Européens, lorsque les acteurs technologiques s’expriment sur un sujet, ils le font pour protéger leurs propres intérêts économiques et non dans l’intérêt public. L’utilisation, par les géants de la tech, de leurs outils massifs de communication dans leurs propres intérêts commerciaux et politiques, et les millions dépensés dans la défense de leurs positions, conduisent les Européens à considérer que ces mastodontes du web ne défendent pas l’intérêt général et tentent de préserver leur rente.

 

 

 

 

Plus de justice pour les artistes 

 

80 % des Européens sont favorables à l’application, par l’Union européenne, de règles garantissant la rémunération des artistes et des créateurs de contenus dans le cadre de la diffusion de leurs œuvres sur les plateformes Internet. Les résultats du sondage montrent que les Européens se soucient du fait que les créateurs soient rémunérés équitablement par les grandes plateformes en ligne. À une semaine d’un vote capital sur la directive sur le droit d’auteur, cette large majorité envoie un message fort aux membres du Parlement européen. 

 

Le texte définitif de la directive européenne sur le droit d’auteur sera voté au cours de la session plénière du Parlement européen qui se tiendra du 25 au 28 mars. Cette directive a beaucoup évolué au fil d’une procédure législative de près de trois ans, durant laquelle plusieurs compromis ont été obtenus et des mesures de protection des citoyens de l’UE adoptées. Malgré la méfiance des Européens vis-à-vis des géants américains du Web, l’influence de ces derniers se fait clairement sentir, alors que le Parlement européen s’apprête à voter la version finale de la directive sur le droit d’auteur. Un vote en faveur de son adoption pourrait encore changer l’opinion publique sur l’impuissance du Parlement durant ce mandat, avant les élections.

 

Une Europe technologique à 2 vitesses

 

Si ce sentiment méfiance technologique est palpable à travers tout le continent européen, la marche à suivre reste compliquée à définir. Comme pour beaucoup de questions économiques législatives et politiques, les pays membres auront bien du mal à accorder leur violon. Les échanges houleux en décembre dernier qui avaient animé le débat autour de l’adoption d’une taxe GAFA -les géants du numérique à payer leurs impôts en taxant leur chiffre d’affaires publicitaire- en est la preuve. Vous connaissez le refrain sur le bout des doigts : quand il s’agit d’une prise de position unitaire européenne, autant s’armer de beaucoup de patience…

 

 

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