AccueilLA CONVERSATIONECRITURE : REDONNER SA JUSTE PLACE AU FéMININ

Ecriture : redonner sa juste place au féminin


Publié le 02/03/2017

Image actu

Pour faire progresser l’égalité femme/homme au sein des organisations par leur manière d’écrire, Mots-Clés a créé un atelier aussi ludique que pédagogique : la dictée inclusive. Challenge relevé par une petite centaine de participants. Montrant qu’il n’est pas besoin d’être vindicatif pour exploser le fameux plafond de verre. Et rappelant qu’il n’y a pas que la transformation digitale qui compte aujourd’hui.


« Accorder en genre les noms de fonctions, grades, métiers et titres » ; « user du féminin et du masculin, que ce soit par l’énumération par ordre alphabétique, l’usage d’un point milieu, ou le recours aux termes épicènes » ; « ne plus employer les antonomases du commun « Femme » et Homme »… Aïe ! Vous êtes perdus ? Il ne faut pas car finalement en dépit des termes savants, il n’y a rien de compliqué dans ces trois conventions d’écriture proposées par Mots-Clés. Et surtout il va falloir s’y habituer et pratiquer au risque de rester en marge de notre société, élément -qui sous le feu nourri des nouvelles technologies et des générations Y et Z- bouge et évolue à la vitesse grand V. Car, si en principe, les femmes ont les mêmes droits que les hommes : rémunération, accession aux postes à responsabilités et à toutes les filières et/ou métiers, respect, liberté de disposer de son corps… dans la « vraie réalité », cette égalité est loin d’être acquise. Bizarre quand on sait que les femmes constituent 52% de la population française !

 

Mais Ouf ! Cette quête de la parité n’est pas laissée en jachère, et à force d’initiatives, la cause progresse pas à pas et le discours ambiant intériorisé, où seul le masculin vaut, est battu en brèche. Avec en plus des actions qui démontrent qu'on peut être féministe sans aucune valeur vindicative. Donc être constructif.ve.s. Comme c’est le cas avec Mots-Clés, agence engagée depuis plusieurs mois pour faire avancer l’égalité femme/homme via un travail sur les mots et une approche : l’écriture inclusive, formalisée dans son manuel en ligne dédié et gratuit. Cette dernière désignant l’ensemble des attentions graphiques et syntaxiques permettant d’assurer une stricte égalité de représentation entre les deux genres. Rendant enfin visibles le féminin, tout en remettant à leur juste place des termes comme entraîneuse, hôtesse, sondeuse, maîtresse de conférence… afin qu’ils ne suscitent plus des sarcasmes ou aient des connotations sexuelles, empêchant leur utilisation.

 

 

Une approche porteuse de sens dans une société qui bouge

 

Normal et très sensé quand on est une agence de communication de s’attaquer à cette juste cause par les mots et signes -ces fondamentaux qui œuvrent de façon pérenne. Car on est en contact avec tout un tas de publics, et on manipule à longueur de temps des messages à travers pléthore de canaux pour le compte de marques ou d’institutions en tous genres. Or de leur qualité dépend leur perception qui a forcément un impact sur la notoriété de l’émetteur.

 

Alors pour mieux convaincre et montrer que l’exercice est à portée de plume ou de clavier, l’agence a organisé la première dictée d’écriture inclusive. Un atelier auquel étaient convié 80 spécialistes, profession.le.s de la communication, universitaires, journalistes et citoyen.e.s autour d’Audrey Pulvar qui à cette occasion a énoncé l’édito « La boîte à malice » publié par Françoise Giroud en 1965 (vidéo ci-dessous). Et il y en avait des malices ! Cependant, l’assistance très studieuse s’est prise au jeu et a su parfaitement les contourner : certains réussissant un sans-faute tandis que les autres n’ont pas excédé les 5 erreurs. Engageant la discussion mais démontrant finalement qu’il suffit de s’y mettre. Essayez vous ! Explications de Raphaël Haddad, fondateur et directeur associé de Mots-Clés.

 

 

INfluencia : avec l’écriture inclusive, est-ce une façon de réaffirmer que le langage n’est pas figé dans le marbre ?

 

Raphaël Haddad : en quelque sorte. Le féminisme n’est ni ringard ni anecdotique. Et on en avait ras le bol de la fameuse et trop vieille règle phallocratique du XVIIème siècle, selon laquelle dans une phrase, le masculin vaut neutre et le masculin l’emporte sur le féminin. Le langage est un matériau vivant et a des effets dans le quotidien, car il participe à la construction de la réalité sociale. C’est une arme puissante et ne pas la posséder est une source de violence. De plus, si le combat concerne l’ensemble de la société d’aujourd’hui, il faut aussi penser à ce que nous allons laisser aux jeunes générations : ils se projettent à travers ce qu’ils vivent. Enfin « inclusive » est une formule à portée sociale dans laquelle on se retrouve et qui pourra à terme s’appliquer à d’autres catégories de la population ou enjeux catégoriels.

 

Ainsi face aux nouvelles normes qui s’installent, il était nécessaire de réfléchir et surtout de faire des propositions pour une écriture qui assure une représentation égalitaire des deux sexes dans l’écriture. L’occasion aussi de faire réagir des organisations privées et publiques ou des institutions comme l’Académie Française encore réticente à ce type de démarche. Enfin, de manière très tactique, en travaillant d’abord sur l’écriture, on engage les publics à changer leur manière de s’exprimer et de prendre de nouvelles habitudes par écrit. C’est un éclairage porteur de sens et une représentation mentale qui poussent forcément à utiliser la « bonne » parole lors d’une discussion. Donnant une autre valeur à ce qui est dit.

 

 

IN : quelle est votre démarche ? Est-elle évolutive ?

 

R.H. : pour se dépêtrer de ce dossier « explosif », nous avons opté d’en passer non pas par des règles mais par des conventions, gages de réussite pour redonner la place au genre féminin sans enfreindre les bases ni faire de la grammaire. Nous n’inventons pas de mots valises, mais parfois on reformule pour éviter les lourdeurs et on a établi une liste des termes les plus fréquents, car nous voulons que notre patrimoine linguistique déjà très riche se généralise et puise dans une alternative source de créativité et de sérénité. On assume aussi le caractère exploratoire de ce premier socle de codification qui doit permettre dès à présent à chacun de se recentrer sur ses responsabilités, mais qui pourra avoir sa V2.

 

 

IN : l’écriture inclusive pourrait-elle devenir un indicateur de mesure RH des acteurs économiques et politiques ?

 

R.H. : bien sûr. L'intérêt est grand. Nous sommes en contact avec des institutions publiques et parapubliques comme les universités singulièrement en avance. Mais aussi avec des entreprises qui ont besoin de transmettre une image équilibrée et moderne à travers un contenu éditorial égalitaire et adapté pour faire changer les choses, communiquer, recruter, s’adresser aux équipes mixtes et ainsi améliorer leur performance et devenir une référence. D’ailleurs, c’est assez facile de se l’approprier car le vocabulaire managérial est une mine comme par exemple : cadre, journaliste, politique, scientifique, universitaire…

 

 

IN : avec ses trois conventions aux mots savants, votre approche semble compliquée. Faut-il être un expert linguistique pour l’utiliser ?

 

R.H. : c’est une gymnastique qui sollicite l’œil et le cerveau. C’est surprenant aussi, car on n’a pas toujours l’habitude de certains féminins et même parfois on se les interdit parce qu’on les trouve discriminants ou moches. Mais comme toute discipline plus on la pratique, plus c’est facile. C’est pourquoi nous avons édité un manuel et proposons des ateliers ludiques ou des exercices concrets comme la dictée. L'engouement qu'elle a suscité et les débats qu'elle a générés sont très encourageants. En outre, nous sommes aidés par des initiatives comme celle de l’Afnor qui révise le clavier Azerty pour intégrer les signes et rendre plus fluide l'écriture. Ce qui devrait susciter des vocations.

 

Pour télécharger le manuel d'écriture inclusive


 

Commentez


VOUS POURRIEZ AIMER AUSSI



Abonnez-vous à la revue
RECHERCHER PAR