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La course à l’armement, la face cachée de l’impression 3D


Publié le 13/01/2019

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Pour dissuader les as de la gâchette qui chercheraient à utiliser ses imprimantes 3D pour fabriquer des armes à feu, Dagoma lance une grande opération digitale intitulée Les armes inoffensives. Le but étant de ne plus pouvoir ldistinguer les vrais fichiers sources des faux. Ou comment se retrouver à chercher une aiguille dans une cartouchière ?

 

 

L'impression 3D fait partie de ces révolutions qui ont bousculé nos habitudes de consommation… comme de production. Signes d’une véritable démocratisation industrielle, les imprimantes en question permettent, si tant est qu’on en ait les moyens, de fabriquer à peu près n’importe quel objet à partir de fichiers sources téléchargeables sur le Net. Le 8 janvier dernier, l’IDC -International Data Corporation- publiait un rapport qui établit les contours de cette industrie en plein essor. Le cabinet conseil américain y dévoilait notamment que les dépenses de ce marché atteindront la coquette somme de 13,8 milliards de dollars à la fin 2019, soit un taux de croissance annuel moyen de 19,1 %.

 

Quant à ses usages, ce sont les impressions de tissus et d’organes (+42,9%) et de prothèses dentaires (+33,1%), qui progresseraient au rythme le plus élevé d’ici 2022. Oui, en 2019 et encore plus qu'en 2018, les imprimantes peuvent sauver des vies. Malheureusement, elles peuvent tout autant en faucher. Comme dirait l’autre, un grand pouvoir implique de grandes responsabilités. 

 

 

 

 

Un savoir sans limite

 

« Les possibilités de l’impression 3D sont presque illimitées. Le pendant de cela, est que l’on peut aussi s’en servir pour élaborer des armes à feu », concède Matthieu Régnier, cofondateur de Dagoma, spécialiste de l’impression en 3D en Europe. Les fichiers d’armes, accessibles sans restriction et en quelques clics, permettent à n’importe quel possesseur d’une imprimante 3D d'en fabriquer. Intraçables, d’une part, car celles-ci ne comportent aucun numéro de série. Indétectables, d'autre part, car elles sont fabriquées à partir de plastique et passent ainsi les contrôles de sécurité sans aucune difficulté.

 

Pour entraver cet usage détourné de sa production, Dagoma, accompagnée par l’agence TBWA\Paris, lance l’opération Les Armes Inoffensives. Diffusée sur les réseaux sopciaux, son principe est simple : de véritables fichiers d’armes à feu ont été téléchargés puis modifiés pour qu’aucune des pièces ne puisse s’emboîter avec une autre, rendant l’arme une fois imprimée totalement inéficace. Afin que ces fichiers soient considérés comme des vrais par les internautes souhaitant obtenir une arme, toutes les modifications réalisées sont imperceptibles à l’œil nu : poids, aspect, nom, composition. Puis ces fichiers ont été diffusés là où les originaux se trouvaient : forums et plateformes de modèles 3D.

 

 

 

 

Des centaines de fichiers modifiés ont été postés sur Internet afin de polluer les sites en question, décourageant ainsi les internautes souhaitant se fabriquer un pistolet ou une arme semi-automatique. À ce jour, les fichiers ont été téléchargés plus de 13 000 fois. Soit autant d’armes qui, une fois imprimées, seront totalement inoffensives. Et pour prolonger son engagement, Dagoma développe un détecteur de fichiers 3D d’armes sur son logiciel afin d’empêcher leur fabrication sur ses imprimantes. Ou comment prendre à bras le corps un usage détourné qui pourrait mettre en danger l’industrie toute entière. Car mieux vaut endiguer le problème à la source plutôt que de subir, après coup, une législation restrictive et contraignante.

 

  

De quoi demain sera fait

 

Si la question déchire les pouvoirs publics états uniens, avec d’un coté ceux qui défendent cette démocratisation du droit d’auto-défense, et de l’autre les inquiets de ses dangers pour une nation déjà en proie à des tueries à répétition, elle ne semble pas préoccuper outre mesure les gouvernements européens. Le Ministère de l’Intérieur en France ayant déjà avoué à de multiples reprises que ce problème ne représentait pas une réelle menace du fait de l’imprécision de ces armes. Et si la fiction d’un acte terroriste commis par l’une d’elle ne se jouait qu’à quelques années de plus pour perfectionner un usage encore balbutiant ?

 

Mais ne nous méprenons pas. Nous ne cherchons absolument pas à diaboliser une technologie loin d’avoir dévoilée tout son potentiel. Quant à ses perspectives d’avenir, l’IDC nous informe notamment que d’ici 2021, 40% des 2000 premières manufactures à travers le monde utiliseront la technologie d’impression 3D. Un raz de marré peut être, mais qui ne dissuadera pas de se plaindre du prix exorbitant des cartouches d’encre. Certaines choses ne sont simplement jamais vouées à changer.

 



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