AccueilTENDANCESPIETà : CETTE MARQUE INCARCéRéE DEPUIS 1 AN

Pietà : cette marque incarcérée depuis 1 an


Publié le 26/11/2014

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L'année dernière, nous partions à la rencontre de Pietà, un " fashion label " né dans une prison de Lima au Pérou. L'heure du premier bilan a sonné, et les motifs de satisfaction sont nombreux, comme le prouve la sortie de la nouvelle collection.

 

C'est le coup de cœur de la rédaction. Lors de notre première rencontre avec Thomas Jacob, un Français expatrié au Pérou et fondateur de Pietà, nous avions été interpellés par l'audace de ce jeune entrepreneur. Outre l'aspect sociétal -monter une marque de vêtement dans une prison n'est pas banal- c'est le capital d'engagement de ce fashion label qui retenait notre attention. Un an plus tard et à l'occasion de la sortie de la nouvelle collection, INfluencia tient à faire (re)découvrir ce projet ambitieux. Direction la prison de Lurigancho, à Lima avec le fondateur de Pietà.

 

 

INfluencia : comment Pietà a t-il évolué depuis notre dernière rencontre en octobre 2013 ?

 

Thomas Jacob : nous venons de sortir notre seconde collection : « #2 [Existing...Then Gone] » qui a été presque totalement confectionnée à la prison de Lurigancho, réputée pour être une des pires au monde. Nous nous sommes installés là-bas en janvier, car elle est beaucoup plus grande que le centre pénitentier de San Jorge (*), où nous étions présents à nos débuts. Ses ateliers plus spacieux permettent une capacité de production importante, tout en offrant une main d'oeuvre qualifiée et expérimentée. Beaucoup des prisonniers étaient, en effet, couturiers avant d'être incarcérés. De plus, d'autres détenus ont monté eux-mêmes un atelier de sérigraphie dans une cellule individuelle aménagée de façon à accueillir tout le matériel nécessaire.  


 

INfluencia : vous revendiquiez le côté " non marketing " de la marque à vos débuts, est-ce toujours le cas avec la nouvelle collection ?

 

Thomas Jacob : ce parti pris est modifié... une large majorité de consommateurs potentiels ne se sentaient pas très à l'aise avec un produit qui ne portait aucune marque. Ils le voyaient un peu "sans valeur ajoutée", alors que beaucoup nous ont signifié être réellement amoureux de Pietà et qu'à ce titre, rien ne les empêchait d'afficher fièrement la marque. Avec notre nouvel atelier de sérigraphie, nous avons pu imprimer des étiquettes et des flyers racontant notre histoire. Quant à la collection, elle est certainement plus streetwear reflétant l'histoire de Lurigancho. Cette prison où la population carcérale est composée en partie de palomillas (petits délinquants) m'a sûrement beaucoup influencé. Là-bas, il y a vraiment de tout et leur manière de s'habiller est plus « street », plus « bandido ».

 

 

INfluencia : en France on semble avoir beaucoup de retard vis-à-vis de telles initiatives. Pourquoi le pays des Droits de l'Homme est-il si peu enclin à offrir une reconversion à ses prisonniers ?

 

Thomas Jacob : les prisons, en France sont très peu ouvertes aux initiatives extérieures ! Contrairement au Pérou où les visites sont normalisées et où l'administration pénitentiaire désire vraiment ouvrir ses prisons afin que les prisonniers ne soient pas désocialisés. D'ailleurs il y a très peu de suicides, car les détenus ne sont pas isolés, rejetés ou oubliés et ne sont enfermés dans leur cellule que de 21h à 5h du matin. Le reste du temps ils peuvent sortir et faire ce qu'ils veulent. En outre, ils sont encouragés à suivrent des études et bénéficient d’un soutien psychologique...  Ils sont responsabilisés sous la direction d'un des leurs auquel ils doivent rendre des comptes, et participent pleinement à la vie de la prison en gérant en toute autonomie leurs pavillons. Si bien que la police n'entre presque pas à Lurigancho.

 

 

INfluencia : quels sont vos objectifs pour les mois à venir ?

 

Thomas Jacob : étendre notre réseau de distribution et notre référencement. Développer nos ventes sur Internet et pourquoi pas ouvrir notre propre boutique ! Mais déjà, la marque va être diffusée, dès décembre, chez Base à Miami et chez Please Do Not Enter à Los Angeles. Nous sommes encore en négociations mais Berlin et Tokyo devraient bientôt suivre. En revanche, nous n'avons aucune touche en France ! Et pourtant ce n’est pas faute d'avoir essayé... Heureusement, les Français intéréssés peuvent acheter directement via notre e-shop. Quant au Pérou, nous sommes bien soutenus par pas mal de personnalités qui portent la marque. La famille de Mario Balotelli, sulfureux joueur de Football italien, porte également Pietà.

 

(*) La prison de San Jorge va bientôt être détruite pour laisser place à un centre commercial. Les détenus ont été transférés dans une prison à Chincha, au sud du pays. D'après le témoignage de Thomas Jacob, les conditions de vie sont bien plus difficiles qu'à San Jorge et Lurigancho.

 

 

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