AccueilRéPUTATIONLE COVID-19 MET EN LUMIèRE LA SURVEILLANCE SANITAIRE DES BATX, LES GAFAM CHINOIS

Le Covid-19 met en lumière la surveillance sanitaire des BATX, les GAFAM chinois


Publié le 10/05/2020

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Si la pandémie conforte l’assise des GAFAM sur l’économie numérique mondiale, le même phénomène se confirme en Chine de façon plus inquiétante avec les BATX. Ces géants de la tech sinophone ont déployé de nouveaux mécanismes de contrôle sanitaire qui parachèvent leur hégémonie en matière de surveillance de masse.

 

Les GAFAM (Google, Amazon, Apple, Facebook et Microsoft) représentent le quotidien numérique de milliards d’utilisateurs dans le monde. On ne peut pas en dire autant de la Chine dont les 1,4 milliards d’habitants utilisent de toutes autres plateformes : les BATX. Ces mastodontes de l’économie numérique chinoise ressemblent fortement à leurs homologues américains, mais se distinguent par une économie essentiellement nationale et un lien étroit de subordination à Pékin. Commençons par dresser leur portrait.

 

Les BATX représentent 1000 milliards de capitalisation boursière

 

La première entreprise de cet acronyme est Baidu, le « Google chinois » dont le moteur de recherche est le troisième site le plus visité au monde en 2019. Avec une capitalisation boursière de 65 milliards de dollars fin 2018, Baidu reste très loin de la puissance financière de Google. Mais la firme chinoise concurrence aujourd’hui son rival américain sur le terrain de l’intelligence artificielle et de la conduite autonome. La seconde lettre de l’acronyme BATX revient à Alibaba, le cousin d’Amazon dont les activités de vente en ligne sont aujourd’hui complétées par des services de cloud computing et de réalité virtuelle. Ce colosse du commerce est aujourd’hui la plus grosse capitalisation boursière d’Asie avec 440 milliards d’euros à la bourse de New York.

 

BATX : Baidu, Alibaba, Tencent, et Xiaomi

 

Vient ensuite Tencent, le créateur de la célèbre application WeChat (ainsi que QQ) dont les services sont similaires à ceux de Facebook. Ses activités se sont diversifiées autour du commerce en ligne, des jeux vidéo et des portails web de sorte que Tencent capitalisait 357 milliards de dollars en 2018 face à 404 milliards pour Facebook. Une compétition féroce qui souligne toute la puissance en devenir des BATX. Dernier membre de ce cercle prestigieux, le constructeur Xiaomi dont le chiffre d’affaires a progressé de 67% en 2018 grâce à ses smartphones haut de gamme en dessous des prix du marché. À eux quatre, ces titans chinois cumulent plus de 1000 milliards de dollars de capitalisation boursière, une somme considérable pour des plateformes actives essentiellement en Chine. Pour compléter le tableau, on peut rajouter Huawei, numéro un mondial des équipements télécoms dont la technologie 5G ne sera pas déployée aux États-Unis par soucis de souveraineté technologique. On peut également citer Bytedance, le propriétaire du très populaire réseau social TikTok ainsi que Didi, le « Uber chinois ».

 

Quand le capitalisme numérique devient totalitaire

 

Selon Guillaume Rio, responsable technologie chez l’Echangeur de BNP Paribas, « le programme d’intelligence artificielle chinois a pris une tout autre ampleur avec le Covid-19. Le gouvernement a accordé aux BATX davantage de pouvoir afin de lutter contre l’épidémie ». C’est ainsi qu’Alibaba et Tencent ont développé Alipay Health Code, un système d’évaluation de la santé qui attribue une couleur verte, jaune ou rouge à un individu selon ses antécédents médicaux, ses contacts et ses déplacements. En fonction de ses données à l’origine confidentielles partagées automatiquement sur l’app, Pékin peut déterminer les personnes à mettre en quarantaine de façon unilatérale et sans recours. Un système de notation avec des bons points et des pénalités qui permet, à la manière du crédit social, de contrôler la population sur le plan sanitaire. Une forme de biopolitique liberticide qui actualise le concept forgé par Michel Foucault dans les années 70.

 

 

 

 

 Baidu suit en temps réel les personnes infectées ...

 

Ce contrôle social par la santé est également développé par Baidu, le « Facebook chinois ». Le réseau social a en effet ajouté un filtre à sa plateforme Baidu Map qui permet de visualiser en temps réel la localisation des personnes infectées afin d’éviter des zones à risque. Un mécanisme qui renforce la stigmatisation des malades et des minorités les plus exposées au virus. Cette escalade dans la surveillance sanitaire inquiète Guillaume Rio : « si j’accepte de partager mes données de santé, mes données les plus intimes, alors je serais prêt demain à partager mes informations bancaires relatives à mes achats » analyse-t-il. Une crainte d’autant plus justifiée que le gouvernement chinois annonçait en 2017 un plan de développement de l’intelligence artificielle à hauteur de 59 milliards de dollars.

 

 

 

 

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