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Trop de débit tue le débat


Publié le 10/02/2010

 

 

Internet serait donc le dernier salon où l'on cause. Un peu comme partout ailleurs, on y parle de tout, de rien, de rien du tout et à en croire certains pas toujours très bien. Ainsi, Pierre Marcelle pointait récemment dans Libération* « l'interactivité artificielle » et son « bac à sable institutionnel où le propos qui se commente n'est plus que prétexte à une vaste auto-contemplation ».


Au même moment, dans le Figaro** Luc Ferry comparait Internet à « un banc de poissons dans un film de Cousteau, sans chef d'orchestre aucun pour régler le ballet des rumeurs ». Sur un autre registre, Patrick Menais, créateur du Zapping  de Canal + ne craignait pas de déclarer dans CB News *** : « Je ne suis pas sur Facebook, mes amis savent où me trouver »... Epiphénomènes, disent les uns, signaux faibles d'une tendance en devenir, rétorquent les autres.

 

Sans remettre en cause les possibilités infinies de dialogue offertes par les médias sociaux, il est peut-être nécessaire de prendre du recul sur la nouvelle religion digitale. Après la formidable révolution technique du web 2.0, celle des idées, du contenu et de l'échange constructif reste, semble t-il, à parfaire. Certes, les voies sont étroites entre débit et débat, réactivité et interactivité et, où qu'elle se déroule, la conversation, est un art difficile. Pour qui veut y participer et plus encore quand il n'y est pas invité.

 

A l'heure où certains blogueurs semblent parfois plus intéressés qu'intéressants, quand des annonceurs se retrouvent pris au piège de leurs nombreux sites, quand certains buzz peu scrupuleux peuvent aussi basculer en émeutes, ne laissons pas la conversation tourner au blabla. Les récents appels aux suicides virtuels (20 000 personnes auraient déjà désactivé leur compte Facebook depuis le lancement de Sepukoo.com), s'ils n'ont bien sûr rien à voir avec la « mode » bien plus tragique sévissant dans le monde réel du travail, devraient nous alerter sur la montée sur la toile d'un mouvement antipub qui trouve là un heureux rebond pour vilipender l'ennemi « marketing ».

Il y va de la conversation aujourd'hui comme de la publicité « hier » : les chemins de la réclame sont rarement les meilleurs. A moins que l'on acquiesce au jugement d'Oscar Wilde pour qui « la conversation doit tout aborder mais ne rien approfondir ».

 

 

  Jérôme Soulis, Directeur Planning Stratégique / Publicis Consultants­

 

 

*« Réagir à cet article » - Pierre Marcelle, Libération 15/12/09, 5/01/10 et 12/01/10

**« Tourbillons médiatiques, humour et fausse morale » - Luc Ferry, Le Figaro 24/12/09

*** « 20 ans du Zapping » - CB News 2000-2009 Les grandes tendances de la décennie 21/12/09

 


 

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