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Street Art : la faune parisienne et ses paradoxes en lumière


Publié le 26/10/2015

Image actu

 

Les pleins et les vides d’une ville sont, pour Julien Nonnon, le canevas de sa créativité. Avec Safari Urbain, inspiré des magazines de mode, il donne sa vision singulière de la faune parisienne. Offrant aux murs de la capitale, une animation sauvage, éphémère et ingénieuse. 

 

Des rapaces, des canidés, des félins, des cervidés, des ovins, des gallinacés, des prosimiens, des crocodiliens, des primates… en costume/cravate, en sports ou streetswear, en robe, en blouson… les mains dans les poches ou non, le visage de face, de trois quart ou détourné… portant à l’envi un chèche, une cravate, une capuche, une sacoche, une fourrure, des bretelles, un bijou, une clope, une ceinture... Ces 35 portraits mi-homme mi-animal à l’allure stricte ou décontractée de hippies, rebelles, bobos, hipsters, business men ou citadins ordinaires issus de la série Manimals de Julien Nonnon, sont étonnants. Pas seulement parce que l’anthropomorphisme y est parfait, offrant des personnages hybrides où le moindre détail raconte des histoires plurielles et fascinantes. Mais aussi, parce que sans tambour ni trompette, ces tableaux n’ont été projetés que 3 soirs sur certains murs ou édifices de Paris, début septembre. Ne donnant qu’à quelques noctambules chanceux, la possibilité d’admirer cette animation singulière… Et même de discuter avec leur créateur.

 

 

Une ambiance spontanée grâce à un équipement portatif

 

Pour Julien Nonnon, la ville avec ses pleins, ses vides et son architecture… est un terrain de jeu infini et un canevas de créativité très inspirant pour marquer les esprits. Alors il est normal que cet artiste numérique français adepte de la vidéo mapping, et fondateur du studio de design Le3, en fasse son territoire d’expression. Avec comme ambition de sortir les œuvres hors des murs pour les exposer dans d’autres espaces (façades, rues, terrasses, escaliers, et autres bâtiments et parcs) qu’il aura repérés lors de ses balades ou choisis de façon aléatoire le jour J. Une interaction qui, en plus, s’effectue sans salir ni marquer la ville, respectant ainsi le principe éphémère des graffs et de l’art de rue. En effet, c’est équipé d’un ingénieux charriot mobile composé d’une tablette et d’un projecteur, qu’il effectue les projections visuelles de ses créations dessinées au préalable dans son atelier. Gardant ainsi une entière liberté au fil de ses pérégrinations, de ses humeurs, de la clarté du ciel ou encore de la qualité du support, pour modifier concrètement et en temps réel, l’endroit élu, de sa touche personnelle et esthétique. Rien d’universel, mais une patte originale et excitante qui se fait, visuel par visuel, et qui nécessite plusieurs séances nocturnes pour parcourir les quartiers choisis.

 

A sa façon, il s’inscrit dans la lignée de ces autres initiatives comme Projection Napping du collectif Dawn of Man, Projecting Change d’Obscura Digital ou encore de Sydney Opera House-Living Mural de Universal Everything. Avec une différence de taille toutefois. Car son œuvre n’est pas un spectacle, et crée davantage une ambiance en symbiose avec le lieu où elle est déclinée. Autre particularité de ce créateur : si sa performance artistique est bien un happening, il l’immortalise en prenant chacun de ses hologrammes en photo. Et pour bien capturer le mouvement et l’humanité grâce à la lumière et l’univers du lieu, ses clichés sont réalisés en lente obturation. L’occasion pour lui de proposer des tirages de ses œuvres via son site, d’exposer en galerie, de voyager en s’exportant dans d’autres capitales à l’architecture forcément différente. Et donc source de challenges. Mais aussi de montrer à d’autres acteurs (marques, médias, organisations) le potentiel d’un tel contenu revisité et créé en fonction d’une actualité ou d’une cause.

 

 

Une galerie de portraits, reflet acéré de la société et de son actualité

 

Mais attention, cette expérience visuelle éphémère n’a pas comme seule vocation l’exploit ludo/technique qui interagit avec la ville. Car avec ce bestiaire diffusé en écho aux fashion weeks de la rentrée, et intitulée, Safari Urbain, Julien Nonnon livre son point de vue critique et acéré sur notre société en prise avec ses paradoxes et son actualité brûlante. Tout est parti de son regard sur les panoplies diffusées dans les magazines de mode, qui l’ont fait s’interroger sur « la conformité du monde de la mode et sur la dualité du désir des hommes ». Nous repoussant ainsi dans nos retranchements en dénonçant le goût pour le mimétisme. Comme ici, les hipsters, au départ marginaux et figures de contre-culture, mais dont les codes largement repris les font se fondre dans la masse. Taclant ainsi les fashions victims incapables de personnalité et de sincérité. Toutefois, si ces créations sont à prendre au sérieux, elles ont aussi vocation à divertir. Comme avec Holofighters, où il faisait s’affronter Obama et Poutine, dans un Street Fighter. Ou avec cette course de tigres projetée dans tout Paris, en 2012. Déjà il réfléchit à d’autres sujets que les animaux, pour continuer à exploiter le côté sauvage de la ville et à exprimer son point de vue d’artiste contemporain.

 

 

 

 

 

 

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