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Le retour de Satan


Publié le 01/02/2012

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Beyoncé ferait-elle partie des œuvres du Diable? Un illuminé semble le croire, qui a récemment a vandalisé le panneau d’affichage d’une Eglise Baptiste pour affirmer que sa fille, née récemment, serait l’Antéchrist : "Beyoncé a eu son  bébé. Satan est sur terre." Une affirmation plutôt étrange, mais pas si isolée. D’autres voient en effet l’Antéchrist en Justin Bieber, Barack Obama, Lady Gaga ou le Prince William


La figure diabolique revient en force. Mais loin de ces extrapolations farfelues, il est passionnant de comprendre en quoi elle permet d’expliquer notre monde d’aujourd’hui.


La part du Diable


Notre société est pleine de cette «part du Diable», que décrypte Michel Maffesoli dans son ouvrage du même nom, pour mettre en avant notre lutte perpétuelle et éternelle entre voilement et dévoilement, animalité et humanité. Dans cette bataille, le reniement de notre part animale n'est jamais total, surtout de nos jours où notre côté bestial ressort de plus en plus… Pas étonnant dans notre société actuelle où se maîtriser, contrôler ses émotions, est absolument primordial.

 

La figure diabolique incarne notre aller-retour permanent avec l’extrême et un certain côté bestial, comme l’incarnent des figures comme les porn stars ou les Suicide Girls. En confrontant leur corps, leur apparence et leur sexualité au monstrueux, au primitif et au bestial via des piercings ou des tatouages. Dans un élan hédonisme évident, elles incarnent une «sauvagerie latente, une animalité sereine». Au travers des symboles de l’extrême, elles incarnent «l’ineffable torture» et le dépassement cherché par Rimbaud dans l’excès, la drogue, la luxure.

 


Le séducteur


Le Diable est aussi connu comme étant l’influenceur par excellence. L’influence est un processus psychologique, social, politique par lequel une personne réussit à faire adopter un point de vue (une idée, une idéologie...) ou un comportement par un autre. La mode et l'imitation vestimentaire font partie des manifestations évidentes de l'influence. Le web, grâce à ses outils de diffusion permet à bon nombre de micro-faits culturels (les mèmes) de dépasser le point de «percolation» et de se faire connaître. En se cristallisant autour d’une histoire parfois proche d’un récit mythique, des mèmes sont créés au quotidien sur la toile, repris par des millions de personnes et s'auto-enrichissant d'autres mèmes. Ce n’est pas un hasard si le Diable est représenté depuis le Moyen-âge comme le «séducteur», celui qui influence... même si cela peut paraître futile. Le diable est dans le détail.

 


 Rock n’roll


La fascination pour la figure satanique dans l’univers rock est récurrente. Pour David Bowie «le rock a toujours été la musique du diable. Je crois que le rock n’roll est dangereux. Je sens que nous nous dirigeons vers quelque chose d’encore plus ténébreux que nous-mêmes*». C’est ce que des groupes des années 70 comme Black Sabbath ont cherché à capter, que des groupes comme Led Zeppelin ont approché avec leurs échanges avec Aleister Crowley, gourou satanique, d’ailleurs présent sur la pochette de Sergeant Peppers Lonely Hearts Club Band des Beatles . Bon nombre auraient même soi-disant caché des messages subliminaux dans leurs chansons. Judas Priest aurait ainsi poussé des adolescents au suicide, Queen aurait incité à fumer de la marijuana dans le tube Another One Bites The Dust et Night Prowler.

 

La chanson du groupe AC/DC aurait inspiré le tueur en série Richard Ramirez à violer et assassiner des jeunes femmes. Rien de tout cela n’a jamais été prouvé réellement bien évidemment, mais au-delà des fantasmes, des poses et des provocations, il y a très certainement là quelque chose de très profond. Une culture est  née de la rencontre avec Robert Johnson à ce carrefour du Mississipi. Cette culture, c’est celle de la rébellion. C’est 2012 qu’a choisi LE groupe absolu représentant cette tendance : Black Sabbath, qui a prévu une tournée mondiale et une reformation avec ses membres originels.


Le rock n’roll sera pour toujours le royaume du présent car les enfants du rock jouent la figure éternelle du rebelle. Pas étonnant alors que Satan soit convié au banquet. Ce dernier en représente la figure absolue. C’est sans doute ce que Johnson a perçu, en une prédiction performative : « la musique du diable » pouvait devenir cette énergie, capable de changer le monde et de faire souffler un vent de liberté inédit, en facilitant l’avènement de Dionysos, en une transcendance messianique et en une récolte éternelle que rythmeront des cycles de naissance, de mort et de renaissance.



Le Diable est partout. Préparez vous !

 

 

Thomas JametNEWCAST – Directeur Général / Head of Entertainment & brand(ed) content, Vivaki (Publicis Groupe)

www.twitter.com/tomnever


Thomas Jamet est l’auteur de « Ren@issance Mythologique, l’imaginaire et les mythes à l’ère digitale » (François Bourin Editeur, en librairie le 15 septembre). Préface de Michel Maffesoli.

 

 

 

  *Rolling Stone, 12 février 1976
 

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