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Facebook, l’illusion de la valeur


Publié le 30/05/2012

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Un récent et brillant article de Frédéric Filloux, publié sur le site du Guardian pose la question abruptement :  « Facebook est-il une hallucination collective »? La dévalorisation subie par le titre suite à l’entrée au Nasdaq de la valeur Facebook en effet fait voler en éclat bon nombre de certitudes et d’idées préconçues sur le social network. Un autre article, posté cette fois sur le site de Forbes et également paru cette semaine est beaucoup plus violent et simplement intitulé « Pourquoi Facebook et Google pourraient complètement avoir disparu dans 5 ans », sans compter les dizaines de couvertures et de gros titres faisant état des mésaventures de la firme de Mark Zuckerberg.


Pourquoi un tel échec ? Facebook avait tout pour réussir : le réseau social a en effet pris ces dernières années une place dans nos vies qui dépasse tout ce que quiconque aurait pu imaginer : plateforme d’échange de données personnelles, de socialisation et de rencontres, porte d’entrée du web et demain plateforme vidéo, photo, ou même mobile (même si beaucoup sont sceptiques sur ce point). Facebook avait jusqu’à présent tout réussi… jusqu’à son entrée en Bourse. La capitalisation ratée, les rumeurs de malversation, les chiffres incertains et les perspectives stratégiques troubles y sont bien évidemment pour quelque chose mais il y a des raisons plus profondes à cet échec.

 

Car bien plus importante que sa valeur simplement financière, Facebook a une réelle valeur collective. Finalement qu’est-ce que Facebook à part un « vouloir vivre » ensemble ? Selon certaines estimations Facebook serait le premier pays 2.0 au monde, avec près de 8% de la population mondiale active sur son réseau. Il est vrai que le réseau a tous les attributs d’une Nation tels que définis dans les manuels d’institutions politiques : une population, un territoire établi, un gouvernement effectif subordonné à aucune autre nation et une reconnaissance internationale.

 

Un pays, donc, dont le chef est Mark Zuckerberg, surnommé « le chef d’Etat en t-shirt ». Or la définition de l’Etat que fait le juriste hollandais du 17ème siècle Hugo Grotius est « un corps parfait de personnes libres qui se sont jointes ensemble pour jouir paisiblement de leurs droits et pour leur utilité commune ». Il n’y aurait pas meilleure définition de Facebook…

 

Elle démontre qu’il est presque impossible de mettre un chiffre sur cette valeur qui n’a pas de prix. Elle est inquantifiable car elle est infinie. C’est comme si on voulait calculer le prix ou la valeur qu’aurait un Etat. Tenter de calculer la valeur du réseau social c’est tenter de calculer la valeur de la « chose publique ». En ce sens, sa valeur est impalpable.

 

Par ailleurs, au-delà de l’usage et des raisons du succès que tout le monde connaît, Facebook a d’abord su s’ancrer dans la vie. C’est cette réussite que peu arrivent à atteindre et qui est réellement unique : être utile, tous les jours.

 

Peut-être Facebook deviendra-t-il un jour le passage obligé pour toutes tâches du quotidien (achats, échanges, télétravail, socialisation, fêtes, administratif…). Peut-être aura-t-on son passeport et sa carte d’identitié (numérique) sur le réseau social. Peut-être que le côté « social » de Facebook sera-t-il un jour« dépassé » par son côté « utilitaire ». Facebook deviendra-t-il un service public ?

 

Finalement (et n’en déplaise à certains) peut-être que Facebook n’aurait jamais dû entrer en Bourse… et être nationalisé.

 

 

Thomas Jamet Moxie – Président (Groupe ZenithOptimedia - Publicis Groupe)

www.twitter.com/tomnever

 


Thomas Jamet est l’auteur de « Ren@issance Mythologique, l’imaginaire et les mythes à l’ère digitale » (François Bourin Editeur). Préface de Michel Maffesoli.

 

 


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