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La chute de MegaUpload inspire le business du porno


Publié le 25/01/2012

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En réagissant le premier avec des offres à très bas prix (2 euros), le magnat du porno s’offre une visibilité, profite du vent médiatique sur la vidéo et se pose en défenseur des internautes, avec cette phrase qui rentrera dans les annales «je ne pouvais pas vous laisser un week-end sans porno».

 


C’est vrai que sexe et digital font bon ménage - et ce depuis les débuts du web. Aujourd’hui, le mot « sexe » est de loin le plus tapé sur tous les moteurs de recherche, 12% des sites web existants sont des sites porno, des millions d’heures sont regardées chaque jour, chaque seconde 30 000 internautes regardent une vidéo porno, et 35% de tous les téléchargements au niveau mondial sont de teneur pornographique…

 

Cette industrie en plein essor pèserait aujourd’hui près de 5 milliards de dollars et s’ouvre à de nouveaux horizons comme le mobile avec l’ouverture de magasins d’applications réservées aux adultes sur le système d’exploitation Android et également la 3D qui représente un nouveau territoire à part entière (le premier film en 3D de l’histoire du porno a d’ailleurs rapporté plus d’argent qu’Avatar, pourtant plus gros succès de l’histoire du cinéma contemporain…)**. Un phénomène qui doit nous pousser à réfléchir à la place de la pornographie dans nos vies, et à l’importance de ces contenus qui nous semblent presque devenus indispensables si l’on en croit Mr Dorcel.

 


George Bataille est à cet égard, très utile. Cet immense auteur qui ne se disait « pas philosophe, mais un saint, peut-être un fou » s’est énormément intéressé au sacré, à la pornographie et également aux sacrifices humains, qui d’une certaine manière revêtent et répondent à la même pulsion. G.Bataille avait d’ailleurs en permanence sur lui plusieurs photos d’un supplicié, qu’il portait comme une icône, montrant l’odieuse image d’un condamné à mort dépecé vivant. « Je fixais l’image photographique d’un Chinois (…) » disait-il. « Le patient, la poitrine écorchée, se tordant, bras et jambes tranchés aux coudes et aux genoux. Les cheveux dressés sur la tête, hideux, hagard, zébré de sang, beau comme une guêpe. Ce jeune et séduisant chinois, livré au travail du bourreau, je l’aimais d’un amour où l’instinct sadique n’avait pas sa part : il me communiquait sa douleur, ou plutôt l’excès de sa douleur, et c’était exactement ce que je cherchais, non pour en jouir, mais pour ruiner en moi ce qui s’oppose à la ruine ».

 

Par cette observation quasi-pornographique d’un supplicié, on comprend que sacrifice, violence et érotisme font partie de la même pulsion. Il s’agit de l’antique bataille entre Eros et Thanatos, entre pulsion de vie et pulsion de mort. Pour Bataille, le sacrifice comme l’érotisme répondent de la même logique. C’est la même transgression qui permet d’accéder à la sphère du sacré.

 

L’homme obéit au même mouvement ascendant qui le met en rapport avec un ordre supérieur (le divin, la sainteté, l’amour et la mort idéalisés) et à un mouvement descendant le mettant en rapport à un ordre inférieur (la souillure, le sang, l’amour et la mort matérialisés). C’est ni plus ni moins ce que pensent également certains « penseurs » du sado-masochisme, tournant cette pratique sexuelle en mode de vie basé sur la domination et la soumission.

 


Se fondant sur les acquis de l’histoire des religions, Bataille prouve ainsi que le sacrifice correspond à une exigence de sacré et que si celui-ci a disparu sous l’influence du christianisme, l’homme le rejoue sous le registre de l’érotisme, forme emblématique de l’excès. Les milliards de vidéos pullulant sur Internet, que cela soit sur des sites de partage de vidéos comme feu MegaUpload, mais aussi YouTube, DailyMotion, ou des réseaux moins consensuels comme 4Chan ou YouPorn montrant des accidents, des crashs, des scènes violentes, des décapitations de prisonniers par des groupes terroristes ou des scènes d’orgie, de sadomasochisme ou de sexe en groupe sont l’équivalent des photos du supplicié chinois de Bataille.

 


 La différence est qu’aujourd’hui ce qui était désigné comme ob/scène et laissé volontairement off/scène (en dehors de la scène) et devenu on/scène. Tout est accessible et réinjecte ainsi de l’énergie dans notre fascination immémoriale pour la violence et les images de sexe.  Ces images et leur consommation non refrénée sous l’action de nos pulsions excitent notre cerveau reptilien. Il s’agit là d’une réelle incarnation d’un érotisme primitif et transcendental car notre nature humaine nous reliant intimement et intrinsèquement au sacré nous pousse tous les jours à consommer ces images pour recréer notre besoin primal de recours au sacrifice. Merci Mr Dorcel.

 

 

Thomas JametNEWCAST – Directeur Général / Head of Entertainment & brand(ed) content, Vivaki (Publicis Groupe)

www.twitter.com/tomnever


Thomas Jamet est l’auteur de « Ren@issance Mythologique, l’imaginaire et les mythes à l’ère digitale » (François Bourin Editeur, en librairie le 15 septembre). Préface de Michel Maffesoli.

 

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