Comment les aéroports exposent l’art contemporain pour se différencier et attirer les voyageurs vers leur « hub »
A Paris, la banane de Maurizio Catalan s’affiche au Terminal 2F de Paris-Charles de Gaulle. Paris Aéroport n’est pas le seul à présenter des œuvres d’art aux voyageurs de passage pour séduire les touristes et figurer en tête des meilleurs aéroports de la planète. Loin de là.
Une banane chasse l’autre. L’artiste italien Maurizio Catalan avait créé une belle polémique en 2019 à la foire d’art contemporain Art Basel à Miami en scotchant sur un mur du stand du galeriste français Emmanuel Perrotin une vraie… banane. Intitulé Comedian, son oeuvre avait été achetée 120.000 dollars.
En plus du fruit et du morceau de scotch, les acquéreurs ont pu rentrer chez eux avec un manuel d’utilisation qui précisait que le fruit devait être placé à 1,72 mètre du sol, suivant un angle de 37 degrés. La fourniture des bananes fraîches et du scotch de remplacement restait cependant à leur charge.
L’artiste a trouvé un bon filon avec ses bananes. L’une d’entre elle a même été vendue 5,2 millions de dollars lors d’une vente aux enchères organisée par Sotheby’s à New York en 2024. Cette enchère a fait fondre en larmes Shah Alam, un vendeur de rue new-yorkais, lorsqu’un journaliste du New York Times luia révélé le prix du fruit qu’il avait vendu 35 centimes de dollar à Maurizio Catalan.
Cet artiste connu pour ses installations hyperréalistes, qui est souvent qualifié de farceur, a eu l’idée de créer une « variante » de sa musacée lorsque Paris Aéroportlui a demandé une oeuvre à installer au Terminal 2F de l’aéroport Paris-Charles de Gaulle.
La « Banane Voyageuse » est une petite sacoche ventrale jaune en forme de – oui, vous l’avez deviné- scotché à un mur blanc. On ne change pas les « régimes » qui ont fait votre fortune…
Se distinguer des autres aéroports, galeries commerciales géantes
L’art est une manière pour les aéroports de se différencier et d’attirer les voyageurs vers leur « hub ». Les muséophobes peuvent éviter ces expositions et faire du shopping dans les aérogares qui ressemblent de plus en plus à des galeries commerciales géantes…
« À travers ce clin d’œil à un art qui ose, Paris Aéroport souhaite rappeler une conviction forte : l’art doit surgir là où on ne l’attend pas, et c’est le cas dans les aéroports parisiens », affirme un communiqué de l’opérateur aéroportuaire.
Les aéroports parisiens accueillent toute l’année plus d’une vingtaine d’expositions et œuvres originales, en collaboration avec de jeunes artistes et les plus grandes institutions culturelles. Dans ses aérogares, des concerts live et des tournages de clip sont fréquemment organisés.
Ces parcours incluent des photographies, des sculptures et des œuvres originales qui sont visibles dans les zones de circulation et d’attente.
Un espace Musées est abrité dans le Terminal 2E portes M, avec des expositions temporaires originales, organisées en partenariat avec des institutions comme le Louvre ou le Musée d’Orsay.
Des animations artistiques sont également proposées tout au long de l’année, comme la diffusion de films mettant en scène des danseurs pour souhaiter la bienvenue aux voyageurs dans la langue de leur vol.
Paris Aéroport se revendique être la plus grande galerie d’art parisienne. Cet exemple n’est toutefois pas unique en son genre. Loin ce là…
L’aéroport de Changi à Singapour, qui est souvent reconnu comme le meilleur au monde, abrite plusieurs oeuvres d’art du meilleur goût. L’installation Kinetic Rain comprend plus de 1000 gouttelettes plaquées cuivre qui se déplacent à l’unisson pour former diverses figures, notamment des avions et des dragons.
Au-dessus de la galerie centrale du Terminal 4, Petalclouds est une sculpture monumentale, qui comprend six « nuages » composés de 16 structures en forme de pétales, inspirée de la fleur nationale de la Cité-Etat : l’orchidée.
Au Canada, l’aéroport de Calgary dans l’Alberta expose des vitraux qui célèbrent les richesses naturelles locales.
A Denver dans le Colorado, un étalon aux yeux rouges en fibre de glace de près de dix mètres de haut a été installé sur la route qui mène à l’aéroport. Les promoteurs de ce site ont investi 7 millions de dollars dans l’achat d’oeuvres d’art pour décorer leur propriété.
Le San Francisco International Airport possède, pour sa part, une collection permanente de 165 peintures, sculptures et autre mosaïques. Les premières pièces ont été achetées en 1977 lors de l’érection du Terminal 3.
Plus près de chez nous, l’IGA Istanbul Airport présente aux voyageurs 316 œuvres en provenance de 29 musées qui retracent l’histoire de la Turquie.
Au Qatar enfin, l’aéroport international Hamad à Doha abrite plusieurs pièces uniques dont la lampe monumentale de sept mètres de hauteur en forme d’ours en peluche de l’artiste suisse Urs Fischer.
Par les temps qui courent, vous pouvez apprécier cette œuvre en toute tranquillité. La guerre a ses raisons que la raison ignore mais qui peut faire la joie des amateurs d’art misanthropes.