INfluencia : Votre coup de cœur ?
Philipp Schmidt : Dans le cadre d’une opération de relations publiques avec nos clients, j’ai eu la chance récemment de découvrir au théâtre Marigny la pièce « Amadeus ». En tant qu’Allemand, j’avoue avoir d’abord été sceptique : « Encore un Amadeus, on va voir… »
Je me souvenais surtout du film oscarisé de Milos Forman, sorti en 1984, adapté de la pièce de Peter Shaffer, avec Murray Abraham en Antonio Salieri et Tom Hulce en Mozart. Mais cette fois, ce fut une révélation. Ce spectacle est tout simplement exceptionnel.
J’ai compris pourquoi il a reçu quatre nominations aux Molière. Avec ma femme, nous avons vécu un moment magique, portés par des acteurs hors norme : Jérôme Kircher (Salieri) et Thomas Solivérès (Mozart) sont époustouflants, et l’ensemble de la troupe est d’une qualité rare. Une soirée qui restera gravée dans nos mémoires.
Pour ceux qui rêvent de découvrir le Montana, je serai ravi de partager mes bonnes adresses !
J’ai un autre coup de cœur à vous partager. Ma femme et moi sommes de grands amateurs de séries. Nous venons de terminer la cinquième saison de « Yellowstone », avec Kevin Costner. Cette série se déroule à Bozeman, dans le Montana, une région des États-Unis qui nous est chère : c’est là que nous nous sommes mariés en 2017, ma femme, qui est américaine, ayant une tante sur place.
À l’époque, quand nous avions invité nos amis européens et français, certains nous avaient taquinés en nous traitant de fous de les emmener « au bout du monde ». Mais une fois sur place, tous ont été conquis par la beauté sauvage du Grand Ouest, ses paysages à perte de vue et son atmosphère unique. Yellowstone capture parfaitement cette magie. Pour ceux qui rêvent de découvrir cette région, je serai ravi de partager mes bonnes adresses !
J’ai découvert un système scolaire français prompt à ranger les enfants dans des cases
IN. : Et votre coup de colère ?
P.S. : Mon premier coup de colère concerne cette image qui associe de manière grotesque un président américain et Jésus. Au-delà de l’aspect choquant, ce qui m’a frappé, en tant que professionnel des médias, c’est la difficulté croissante à distinguer les vraies informations des fausses. J’étais convaincu, au départ, qu’il s’agissait d’une fake news. Pourtant, c’est bien la réalité. Aujourd’hui, on ne sait plus ce qui est le plus préoccupant : les news ou les fake news.
Mon deuxième coup de colère est plus personnel, celui d’un père. Notre aînée, âgée de 7 ans, rencontre des difficultés en lecture et en écriture. Comme elle baigne dans trois langues différentes, la situation n’est pas simple. Pourtant, elle a été immédiatement étiquetée « dyslexique », sans bilan ni test préalable. J’ai découvert un système scolaire français prompt à ranger les enfants dans des cases. Après avoir consulté orthophonistes, pédopsychiatres et autres spécialistes, le verdict est clair : elle n’est pas dyslexique. Elle manque simplement de confiance en elle et doit gérer l’apprentissage simultané de trois langues. Elle a besoin d’une attention particulière, pas d’une étiquette qui la mettrait dans des cases. Cela m’a un peu révolté.
Dès mon enfance en Allemagne, mon oncle me répétait : « Ne reste pas ici. Sois curieux. Pars à l’international »
IN. : La personne qui vous a le plus marqué dans votre vie ?
P.S. : Je sais qu’il ne faut pas évoquer ma vie professionnelle, mais je ne peux m’empêcher de citer Axel Ganz, car il a profondément influencé bien plus que ma carrière, il a influencé ma vie personnelle. J’ai toujours eu la chance d’être entouré de mentors, de personnes dont les conseils éclairent mes choix, même si la décision finale m’appartient toujours. Axel Ganz possède ce recul et cette finesse d’analyse qui m’ont souvent aidé à y voir plus clair, à prendre du recul sur mes décisions et à élargir ma vision des choses.
Avant lui, un autre homme a marqué mon parcours : mon oncle. Dès mon enfance en Allemagne, il ne cessait de me répéter : « Ne reste pas ici. Sois curieux. Pars à l’international. Le monde est beau, rempli d’opportunités. Il faut t’enrichir culturellement, te remettre en question, découvrir d’autres façons de faire, de penser, de manger… » Ses mots ont éveillé en moi une envie irrésistible de voyager, d’explorer, et surtout de vivre hors des frontières de mon pays natal. Grâce à lui, j’ai osé sauter le pas et cette ouverture au monde a façonné qui je suis aujourd’hui.
J’étais captivé par l’idée de raconter des histoires, surtout dans des univers de science-fiction et de fantasy
IN. : Votre rêve d’enfant ou si c’était à refaire ?
P.S. : Dès mon plus jeune âge, deux passions m’animaient. D’abord, une fascination totale pour les animaux. Je dévorais les reportages, les documentaires, rêvant de diriger un zoo ou de partir en Afrique pour protéger les gorilles. Cette passion pour le monde animal ne s’est jamais concrétisée : je n’ai même pas de chien ! (rires)
Mon autre rêve, tout aussi tenace, était le cinéma. J’étais captivé par l’idée de raconter des histoires, surtout dans des univers de science-fiction et de fantasy : – Le Seigneur des Anneaux, Dune, The Last of Us… – Ces mondes m’ont toujours permis de m’évader, de me vider l’esprit. Quand c’est bien fait, le cinéma crée une culture geek qui relie les passionnés entre eux. Mais je regrette de ne rester avant tout qu’un spectateur, même si j’ai tourné quelques vidéos de vacances avec mon iPhone.
D’ailleurs, cette passion est familiale : mon père, en Allemagne, préside un club de cinéma à l’ancienne, avec sa vieille caméra Bolex 8 mm. Il filme tout – la famille, les voitures, etc. – et a même découvert YouTube pour digitaliser ses archives. Il a sa chaîne, et je le taquine souvent en lui disant qu’il a plus de vidéos que de followers !
Mon enfance s’est déroulée entre les rayons de la boutique et la cuisine située à l’étage, où l’on préparait les buffets
IN. : Votre destin était de…
P.S. : Mes parents tenaient une épicerie fine- traiteur – Delikatessen, à Paderborn, une petite ville de Rhénanie-du-Nord-Westphalie. Une affaire familiale lancée par mon grand-père, reprise par mon père, et dans laquelle j’ai grandi et dont j’aurais pu logiquement continuer la dynastie. Mon enfance s’est déroulée entre les rayons de la boutique et la cuisine située à l’étage, où l’on préparait les buffets. Je livrais avec mon père le soir ou les week-ends, baignant dans cet univers de saveurs, de service et de métier de bouche. Sans le savoir, cette immersion me préparait peut-être à la France, pays où la gastronomie est une culture à part entière.
Je me souviens encore de mon grand-père tendant des paniers aux clients avec un mot chaleureux, un geste qui a marqué mon rapport à la convivialité et au commerce. Pourtant, ma mère me répétait souvent : « Ne fais surtout jamais ce métier. On travaille les week-ends, les jours fériés, et on ne fait presque que ça. » J’ai donc grandi avec cette dualité : la puce de l’entrepreneuriat, transmise par mes parents, et en même temps ce frein intérieur qui me murmurait de ne pas reproduire leur vie.
Ironie du sort, j’ai épousé une femme chef traiteur, restauratrice et entrepreneure. D’une certaine manière, j’ai trahi mon héritage, mais le destin a fini par me rattraper, même si c’est par un détour inattendu.
« Bienvenue en France, monsieur Schmidt, mais vous n’y ferez jamais carrière. C’est très difficile pour les étrangers »
IN. : Votre plus grande réussite ? (pas professionnelle)
P.S. : Ma plus grande réussite reste sans conteste d’avoir quitté l’Allemagne à 25 ans pour m’installer en France, un pays dont je ne parlais pas un seul mot. J’avais postulé pour devenir « chef de cab » pour Axel Ganz qui m’a dit chercher quelqu’un plus senior et fluent en français. Je lui avais alors proposé un test de trois mois, payé et assuré par le quartier général à Hambourg. Donc sans risque pour lui et au pire un été pour moi à Paris… Les trois mois sont devenus 24 ans.
Arrivé dans une ville inconnue, sans connaitre personne, ni la langue, mais avec la ferme intention de faire mes preuves, j’ai été accueilli par ces mots : « Bienvenue en France, monsieur Schmidt, mais vous n’y ferez jamais carrière. C’est très difficile pour les étrangers, à cause du réseautage, des grandes écoles…, encore plus pour un Allemand. »
J’ai pris ce défi comme une motivation. Vingt-quatre ans plus tard, je suis toujours là, heureux, entouré d’une famille – j’y ai rencontré ma femme -, d’amis, d’un réseau solide. Je ne me vois vivre nulle part ailleurs. Et je pense donc qu’une de mes plus grandes réussites, est effectivement d’avoir pu devenir, peut-être pas français de sang mais français de choix et d’avoir une vie heureuse ici.
« Si tu veux quelque chose de papa, demande-le-lui en allemand, il dit souvent oui… »
Une autre fierté, plus intime, est de transmettre à mes deux enfants la richesse de la langue allemande. Avec un emploi du temps chargé, je profite des moments du soir pour leur lire des petites histoires en allemand. Elles suivent aussi des cours au Goethe-Institut. En tant que parent, rien ne compte plus que de pouvoir transmettre à ses enfants ce qui nous semble essentiel. Pour moi, cette transmission passe avant tout par la diversité : celle des langues, des cultures, des façons de voir le monde. Un soir, mon aînée a glissé à sa sœur : « Si tu veux quelque chose de papa, demande-le-lui en allemand, il dit souvent oui… » – preuve qu’elles ont déjà tout compris (rires).
Une spécialité mexicaine validée par une Américaine, préparé par un Allemand à Paris : une belle illustration de notre vie internationalisée
Enfin, il y a ma petite réussite culinaire. Ma femme étant chef, je me contente habituellement du rôle de sous-chef ou d’assistant. Pourtant, il y a un plat simple qu’elle m’autorise et même me demande de faire : mon guacamole, appris au Mexique, à base d’avocat, de coriandre, d’oignons, de gros sel et d’huile d’olive, parfait pour l’apéritif. Une spécialité mexicaine validée par une Américaine, préparé par un Allemand à Paris : une belle illustration de notre vie internationalisée.
J’avoue m’adonner à quelques parties virtuelles de basket sur PlayStation. Moins risqué pour les genoux
IN. : Votre plus grand échec ? (idem)
P.S. : le premier est un peu lié à mon parcours professionnel. Mais c’est une porte de vie qui s’est fermée : j’avais tout fait pour être embauché par Axel Ganz afin qu’il m’envoie à New York travailler dans notre grande filiale là-bas, et ma première mission en arrivant a été la vente de cette filiale ! Le rêve du gamin de province qui veut travailler dans les médias à New York s’effondrait et moi, je me retrouvais sans plan B à Paris.
Le deuxième est le basket. Adolescent, j’y consacrais tout mon temps libre, jouant quatre à cinq fois par semaine avec une passion dévorante. Mais à 17 ans, un accident aux genoux – rupture des ligaments croisés – m’a cloué au lit pendant des mois. Ce jour-là, j’ai compris que la vie ne suit pas toujours le scénario qu’on imagine.
Aujourd’hui, je garde intact mon amour pour ce sport : je suis assidûment la NBA, je vibre devant les matchs, et j’avoue même m’adonner à quelques parties virtuelles sur PlayStation. Moins risqué pour les genoux et tout aussi passionnant ! Une façon de garder le lien, malgré tout.
Un tour du monde pendant 9 mois
IN. : Votre rêve de bonheur ?
P.S. : Mon rêve absolu serait de partir en tour du monde avec ma famille, même si cela signifie opter pour l’école à la maison, le temps de l’aventure. Cela permettrait d’offrir à mes filles, tant qu’elles sont encore jeunes, la chance de découvrir d’autres cultures, d’autres paysages, d’autres façons de penser et de vivre, mais surtout, de le faire sans précipitation.
Ce qui nous manque le plus, aujourd’hui, c’est justement le temps. Il faudrait au moins neuf mois, voire un an, pour que ce voyage ait vraiment du sens. Avec nos vies professionnelles actuelles, c’est un défi, mais ce rêve reste bien vivant. Un jour, j’espère pouvoir le concrétiser : leur montrer que le monde est vaste, divers, et que le vrai luxe, c’est de prendre le temps de l’explorer ensemble.
Il faut que je vous dise … je ne sais pas lire les notes. J’ai fait semblant pendant toutes ces années.
IN. : Que vous reste-t-il à apprendre ?
P.S. : Entre la famille, le travail et un peu de sport pour garder la forme, je réalise qu’il me manque un vrai hobby, une passion qui me fasse vibrer en dehors de ces routines. Deux pistes me trottent dans la tête.
D’abord, la musique. Je n’ai jamais su lire une partition. Comment ai-je réussi à passer mon Abitur (le bac allemand) sans que personne ne s’en aperçoive ? C’est un mystère. A la fin du lycée, j’ai avoué à mon professeur de musique : « Il faut que je vous dise quelque chose… je ne sais pas lire les notes. J’ai fait semblant pendant toutes ces années. » Elle m’a répondu, amusée : « Bien sûr, je le savais. Mais ce n’est jamais trop tard. » Pour lui rendre hommage, et par curiosité, j’aimerais enfin m’y mettre. Le saxophone, en particulier, me fascine. Peut-être un jour…
Ensuite, les langues. J’ai déjà vécu l’enrichissement que procure le multilinguisme, mais j’aimerais aller plus loin. Car c’est par la langue qu’on se connecte vraiment aux autres, qu’on comprend leurs nuances, qu’on crée un vrai dialogue. Apprendre de nouvelles langues, c’est s’offrir des portes vers d’autres mondes, d’autres façons de penser. Il ne me manque plus qu’une chose : le temps. Et la discipline pour transformer ces envies en réalité.
IN. : Quel vin emporteriez-vous sur une île déserte ?
P.S. : Si je devais choisir un seul luxe pour égayer une île déserte, ce serait sans hésiter une bouteille de Chassagne-Montrachet, ce Bourgogne blanc d’exception qui transforme les instants ordinaires en moments de pure jouissance. Un vin qui, même quand les bonheurs se font plus rares, saurait me rappeler que la vie recèle encore des plaisirs subtils et intenses.
Et pour l’accompagner, je m’offrirais un petit péché mignon, réservé d’ordinaire aux soirées entre amis : un cigare Robusto, dont la richesse et la rondeur viendraient parfaire ces instants de solitude volontaire. Parce que même au bout du monde, certains plaisirs ne se refusent pas.
* l’Hôtel Littéraire Le Swann, situé au cœur du quartier historiquement proustien de la plaine Monceau et de Saint- Augustin, présente une collection d’œuvres originales sur l’écrivain ainsi que des pièces de haute couture, des photographies, des tableaux, des sculptures. Notre interviewé(e) pose à côté d’une sculpture de Pascale Loisel représentant bien sûr l’auteur d’ « À la recherche du temps perdu ».
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L’actualité
Le groupe Webedia-Éléphant a annoncé une évolution majeure de sa proposition pour les marques en France avec le lancement de sa nouvelle régie globale : Webedia Brand Xperiences (WBX). Philipp Schmidt explique la vision derrière cette transformation : « Le marché a changé. Les marques ne raisonnent plus par silos. Elles attendent des partenaires capables de faire converger contenus, influence, production, média, event et performance. Notre enjeu était de rendre cette capacité plus lisible et plus simple à activer. Avec WBX, nous donnons un nom clair à une ambition simple : proposer au marché une plateforme intégrée pour créer des expériences influentes, donc conçues non seulement pour être vécues, mais pour gagner en visibilité, en audience et en impact grâce à leur capacité à être incarnées, diffusées et amplifiées. »