Working With Cancer, acte III : Publicis Groupe va plus loin en outillant les RH
[Exclu] Après avoir levé le tabou, l’initiative change de dimension, à l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre le cancer, ce 4 février. Avec le 3e volet de sa campagne Working With Cancer, Publicis Groupe outille les RH pour transformer durablement les pratiques managériales face au cancer. Explications de Nannette Lafond-Dufour, Chief Impact Officer de Publicis Groupe.
Lancé au Forum économique mondial de Davos il y a trois ans, Working With Cancer s’est imposé comme l’une des initiatives les plus structurantes en matière de santé au travail. Portée par Publicis Groupe, la coalition rassemble aujourd’hui plus de 5 000 entreprises dans le monde, représentant plus de 40 millions de collaborateurs.
Ce qui distinguait jusqu’ici Working With Cancer -la déstigmatisation du cancer en entreprise- s’enrichit désormais d’un troisième acte, plus opérationnel. En cause : de nouvelles recherches scientifiques menées par la Dre Victoria Blinder (Memorial Sloan Kettering Cancer Center) et la Dre Gina Mazza (Mayo Clinic), qui établissent un lien clair entre maintien ou retour à l’emploi après un cancer et amélioration de la qualité de vie, de la santé physique et mentale des personnes concernées.
Les chiffres sont sans appel : à cinq ans, les personnes en rémission ayant conservé un emploi déclarent une qualité de vie globale près de 30 % supérieure à celles sans emploi, avec un risque significativement réduit de symptômes anxieux et dépressifs.
L’IA comme nouveau relais de la politique de santé en entreprise
Sur la base de ces travaux, Working With Cancer franchit une étape supplémentaire avec le lancement d’un coach RH et managérial alimenté par l’IA, développé par Publicis Sapient. Accessible à toutes les entreprises signataires de la charte, cet outil vise à traduire les enseignements scientifiques en accompagnement concret et personnalisé pour les salariés touchés par le cancer, leurs managers et les équipes RH.
Pensé pour des usages sensibles, le dispositif repose sur des ressources validées par des partenaires experts, sans jamais poser de diagnostic médical. La confidentialité et l’anonymat y sont centraux : aucune donnée n’est conservée après les sessions.
En parallèle, Working With Cancer déploie une campagne mondiale d’envergure, soutenue par plus de 100 millions de dollars de dons médias (Disney, Google/YouTube, TikTok, NBCUniversal, Paramount…), rappelant que le travail, lorsqu’il est exercé dans de bonnes conditions, peut devenir un facteur de dignité, de stabilité et de reconstruction pour les personnes touchées par la maladie.
Réalisée par Kailee McGee, réalisatrice primée et survivante d’un cancer de stade 4, la campagne met en avant des survivants de tous horizons – incluant des PDG, des célébrités et des employés – qui témoignent de la manière dont le travail les a aidés à conserver une certaine normalité et un sentiment de contrôle tout au long de leur traitement. Les participants incluent, entre autres, des survivants de Walmart, L’Oréal, Pfizer, Barclays, Accenture et Carrefour.
Photographiée par Sandro Miller, photographe portraitiste renommé et survivant d’un cancer de stade IV, la campagne d’affichage sera déployée à Times Square ce 4 février, à l’occasion de la Journée mondiale de la lutte contre le cancer.
Pour INfluencia, Nannette Lafond-Dufour, chief Impact Officer de Publicis Groupe, nous dévoile les coulisses de ce dispositif.
INfluencia : Working With Cancer entre dans un troisième acte. Après la sensibilisation et la mobilisation massive des entreprises, qu’est-ce qui change concrètement avec ce nouveau volet ? En quoi marque-t-il un passage décisif de l’engagement à la transformation des pratiques RH ?
Nannette Lafond-Dufour : Notre mission reste de déstigmatiser le cancer sur le lieu de travail et d’aider à construire des cultures de travail ouvertes, solidaires et axées sur la guérison pour les employés atteints de cancer. Cela est crucial car les taux de diagnostic de cancer augmentent en France, tout comme les taux de rémission, ce qui signifie que de plus en plus de personnes vivront et travailleront avec le cancer.
Actuellement, la moitié des personnes en âge de travailler diagnostiquées avec un cancer ont peur de révéler leur maladie au travail. Notre action : faire tomber ce tabou.
A l’origine de cette nouvelle étape de WWC, une étude récente conduite par le Dr Victoria Blinder, oncologue au Memorial Sloan Kettering Cancer Center, et le Dr Gina Mazza, professeure associée de biostatistique à la Mayo Clinic, qui met en lumière des preuves d’un lien entre le maintien de l’emploi ou le retour au travail après un cancer, et une amélioration de la qualité de vie liée à la santé.
Sur la base de cette étude, Publicis Sapient a développé un coach alimenté par l’IA, conçu pour aider les managers et équipes RH à fournir un soutien personnalisé et pratique aux employés touchés par le cancer.
Il sera disponible pour toutes les entreprises signataires de l’engagement, dans un premier temps aux USA puis en France. En complément, nous lançons une campagne mondiale pour sensibiliser à la valeur du travail pour les personnes touchées par le cancer.
Notre objectif n’est pas d’inciter les personnes touchées par le cancer à travailler, mais de créer les conditions pour celles et ceux qui le souhaitent et sont en capacité de travailler, d’avoir les aménagements nécessaires pour poursuivre leur activité professionnelle.
Il s’agit évidemment d’une décision personnelle qui doit être prise en consultation avec un médecin.
INfluencia : Le congé de dépistage est une avancée très opérationnelle. Comment éviter qu’il reste un signal symbolique réservé aux entreprises les plus avancées, et quels leviers activer pour qu’il devienne un standard social, y compris dans les organisations plus petites ou plus contraintes ?
Nannette Lafond-Dufour : Le programme de congé de dépistage, lancé l’année dernière à la même période, a été conçu pour lever les obstacles empêchant les personnes de se faire dépister conformément aux recommandations locales en matière de santé.
Il s’agit de l’un des nombreux programmes clé en main au sein de Working With Cancer, créés pour les partenaires signataires. Tous les programmes de WWC sont flexibles et peuvent compléter les politiques et programmes existants dans chaque entreprise.
INfluencia : En tant que Chief Impact Officer, vous pilotez désormais l’ensemble des engagements ESG de Publicis Groupe. Comment Working With Cancer s’articule-t-il avec les autres priorités du Groupe (climat, diversité, inclusion) et comment mesurez-vous son impact réel sur la culture managériale et la performance sociale ?
Nannette Lafond-Dufour : Chez Publicis, nous concentrons nos programmes ESG autour de 3 piliers : l’environnement, l’impact sociétal et la santé. Working With Cancer qui fait partie du pilier « santé » est l’une de nos initiatives les plus importantes, née de l’expérience personnelle de notre PDG Arthur Sadoun avec le cancer.
WWC est un moyen pour Publicis Groupe de faire une différence positive dans notre propre culture et au-delà, et le groupe est particulièrement bien positionné pour mener à bien cette initiative et la développer, fort de ses différentes expertises en création, media et technologique. Nous avons un ensemble d’indicateurs clés de performance (internes et externes) que nous mesurons régulièrement.
L’un de nos objectifs principaux est d’inciter davantage d’entreprises à signer le pledge WWC, afin que plus de personnes soient prises en charge. Nous attendons avec impatience le jour où personne n’aura peur de dire à son manager qu’il a un cancer, car chacun saura qu’il est soutenu au sein de son entreprise.
INfluencia : Plus de 5 000 entreprises ont déjà rejoint l’initiative. Selon vous, qu’est-ce que cette mobilisation révèle de l’évolution du rôle des entreprises face aux enjeux de santé, et où se situe aujourd’hui la frontière entre responsabilité employeur, engagement sociétal et transformation du travail ?
Nannette Lafond-Dufour : Depuis le lancement de WWC à Davos en 2023, plus de 5 000 entreprises dans le monde ont signé l’engagement, protégeant plus de 40 millions de personnes. Rien qu’en France, il y a plus de 600 entreprises participantes, représentant plus de 10 millions d’employés. Elles varient en taille, allant de moins de 10 personnes à plus de 500 000.
Notre mission consiste à soutenir les personnes touchées par le cancer sur le lieu de travail, qu’il s’agisse de personnes vivant avec le cancer, de leurs managers, de leurs collègues, etc. L’initiative WWC vient compléter les programmes de santé déjà existants.
Nous constatons, en France, la mise en place de plus en plus de programmes liés à la santé par les entreprises (soutien en santé mentale, dépistages préventifs, amélioration du mode de vie et initiatives de santé hautement spécialisées), en réponse aux attentes des collaborateurs et aussi parce que cela a un impact positif sur la performance globale de l’entreprise.