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Le street art fait sa loi au Brésil


Publié le 25/08/2019

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Face à l’hostilité de la justice brésilienne, qui a promulgué l’interdiction symbolique de toutes performances artistiques dans les rames de métros, les artistes de rues n’ont d’autre choix que de faire front en se serrant les coudes. Et quand on connait le passif culturel de « l’éternel pays d’avenir » -copyright à Georges Clemenceau-, la révolte se fera sûrement sur les murs des villes. 

 

 

Le 29 juin dernier, la cour de justice de Rio de Janeiro interdisait aux artistes de rues de s’exprimer dans les wagons de métros car ces derniers dérangeraient la « tranquillité des usagers ». Finis les mélopées à la gloire de João Gilberto, qui nous a quitté le 6 juillet dernier, en direction de Botafogo, le quartier de plus en plus branchouille de Rio. Derrière ce raid culturel -et idéologique- se dresse un patronyme aussi craint que célébré : Bolsonaro. Pas Jair, mais Flavio, sénateur de Rio de Janeiro et fils ainé de l’actuel président de la République fédérative du Brésil. Quand il était encore député, le rejeton de 38 ans avait remis en cause une loi garantissant la régulation des performances artistiques dans l’enceinte des métros brésiliens. La cour de justice de Rio de Janeiro lui a donc donné raison en arguant qu’il « convient à chacun.e de choisir, selon son système de valeurs et de ses convictions, quel type d’art consommer et à quel moment ». Tant que vous partagez les goûts artistiques de « O Mito », le surnom du papa, tout devrait bien se passer.

 

 

Pas de (re)touche à mon mur

 

Une information loin d’être anodine, si l’on considère les conséquences dramatiques qu’elle pourrait avoir sur la vie des street artistes, qui plus est à Rio. En arrivant à la « Cidade Maravilhosa », passés les interminables embouteillages qui asphyxient littéralement les cariocas, quelque chose capte très vite votre attention ; ici un cri de révolte, là un message d’amour, à chaque coin de rue un impact visuel… Du quartier de Santa Teresa, aux murs du jardin botanique, des stations de métros, aux façades d’un quartier entier dans la favela de Santa Marta, le street art est partout et sous toutes les formes.

 

À l’heure où la discipline est sous les projecteurs des salles de vente, les rues de Rio de Janeiro sont une véritable galerie d’art à ciel ouvert. En mars 2009, le gouvernement brésilien avait adopté une loi décriminalisant le street art, -à condition que l’artiste ait le consentement du propriétaire-. En résulte un foisonnement de couleurs, une véritable richesse créative. Une réputation durement gagnée, chérie avec fierté par la plus part des Brésiliens et sur laquelle il serait dramatique de passer un « bon coup de kärcher », pour citer un autre président à tendance mégalomaniaque.

 

 

Tout coup de pinceau est politique

 

Bien au-delà de sa simple considération esthétique -les brésiliens font d’ailleurs la distinction entre le tag, appelé « pichação » et perçu comme un défi à l’autorité, et le street art appelé « grafite » et qui revêt d’une démarche artistique évidente-, le street art est une arme qui peut s’avérer bien plus efficace que d’innombrables discours de politicards déconnectés. En octobre 2017, le collectif Boa Mistura avait lancé dans une favela du nord de Sao Paulo un vaste projet intitulé « Luz Nas Vielas », ou « lumière dans les rues ». Une opération qui avait pour vocation de créer du lien entre les habitants et de dynamiser le quartier. « La favela ne doit pas être un synonyme de violence parce que la vie y est particulièrement intense », expliquent les artistes du collectif, qui militent contre la stigmatisation de ces quartiers défavorisés.

 

 

 


Dans la même optique, le graffeur Dagson Silva avait investit l’été dernier la favela de Morro das Pedras, à l’ouest de la ville de Belo Horizonte. L’artiste avait peint sur les toits de sa favela les visages de ses habitants, trop souvent ignorés par les pouvoirs publics, « pour montrer aux hélicoptères de la police et de la presse le visage de ceux qui y vivent ». Un projet qui avait d’ailleurs vu naitre une collaboration avec plusieurs artistes français par le biais du collectif Artivista. Le concept : inviter quatre graveurs français à colorer les murs de la favela et en retour inviter autant d’artistes brésiliens à réhabiliter les espaces de vie du quartier HLM de la ville du Pré Saint-Gervais. Emulation créative, collaboration internationale et solidarité sociale -dans la pure vision durkheimienne-, que demande le peuple ? 

 

 

 


« Un dernier exemple !!! ». Allez, mais juste pour vous faire plaisir. Plus corpo cette fois-ci. Pour lutter contre la naissance causée par les cigarettes sur les nons fumeurs, Hyundai et son agence Mark + ont mis en place une opération de street marketing pour le moins surprenante afin de protéger les fumeurs passifs. À l’occasion de la journée nationale contre la cigarette du 3 septembre 2015 et sur l’exemple des voies cyclables et piétonnes, ils ont ainsi séparé la rue en deux via des stickers apposés au sol. Aux extrémités des voies, des pictogrammes indiquaient un espace fumeur et un espace non fumeur. Une opération qui cherche, avec finesse, à culpabiliser les uns, tout en valorisant les autres. 

 

 


 

Jair et ses problèmes de virilité

 

En bref : « Tout n’est -peut être -pas politique-, mais la politique s’intéresse à tout », pour citer Machiavel. Au Brésil probablement plus qu’ailleurs. Le 25 avril dernier, Yuri Sousa, jeune street artiste de 21 ans, avait affiché dans la ville Ceará une fresque représentant Jair Bolsonaro embrasant langoureusement son homologue américain Donald Trump. Résultat, moins de 48h plus tard, l’oeuvre était recouverte de peinture. Aucune information sur ce dangereux malfaiteur compulsif, mais nul doute qu’il devait partager le même « système de valeurs » que le clan Bolsonaro. Ou alors a-t-il juste voulu rajouter son « coup » de pinceau à l’édifice. Malheur à lui, ses opposants semble bien plus nombreux. Comme avant un Brésil-Allemagne, le match semble perdu d’avance…

 

 

 

 

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