AccueilLA CULTUREUNE BD QUI REMET LE TRAVAIL ET LE DIGITAL à SA PLACE

Une BD qui remet le travail et le digital à sa place


Publié le 09/03/2018

Image actu

Une réflexion incisive et humoristique sur le travail et une utilisation audacieuse et drôle de l’imagerie numérique. Deux bonnes raisons pour se plonger dans la BD « Je préférerais ne pas », chronique décalée d’un trentenaire confronté au chômage.

 

Plus décortiqués que les jeunes actifs ? Tu meurs. Normal, ils représentent une sacrée manne en qualité de consommateurs ou de shoppers d’aujourd’hui et surtout des prochaines années. Il faut donc les observer pour les comprendre, les faire entrer -parfois à leur corps défendant- dans une case et les cibler au mieux pour les fidéliser. Analysés en tant que citoyens, ils le sont aussi au travail, dans leur exigence face à leur management ou dans leur choix d’être slasheurs, start-upper, freelances ou même de vivre plus qualitativement en larguant tout et en acceptant de gagner moins. Dessinant les contours d’une société qui doit être la leur, donc transformée à l’aune de tout un tas d’enjeux allant du numérique à l’IA en passant par la globalisation ou encore la protection environnementale de la planète…

 

Pourtant diplômés ou pas et plus ou moins endettés, ces millennials et leurs suivants n’échappent pas à un fléau autant économique que social et sociétal : le chômage. Or qu’elle qu’en soit la raison, cela reste une épreuve -comme pour leurs aînés. Quel est leur état d’esprit entre sentiment d’inutilité et de paresse imposée, quels sont leurs recours, leur vie sociale ou leurs désirs pour aborder ce nouveau quotidien troublant et incertain avant d’être prometteur ? C’est toute la réflexion de la bande dessinée « Je préférerais ne pas » (éditions Rue de l’Echiquier) de Justin Wong, jeune auteur kongkongais depuis 2010 et qui se trouve ainsi traduit et publié pour la première fois en français*.

 

 

Sur fond d’(in)utilité du travail, la solitude et la modernité urbaines en cause

 

Menée sur un ton incisif et humoristique et mieux qu'une froide infographie -compte tenu du sujet- cette chronique quotidienne en 144 pages, va même plus loin en cherchant à savoir si le travail est réellement nécessaire à nos vies. C’est l’histoire simple de Butt, licencié de son entreprise à Hong Kong. Confronté brutalement au non emploi, ce trentenaire célibataire s’abandonne à la flemme et à la procrastination. Pour occuper ses journées, il enchaîne les activités et lubies les plus saugrenues : faire semblant d’aller au bureau, s’orienter dans sa ville en fonction des réactions des badauds, créer un groupe « Moi je bosse pas » sur Facebook, redessiner les plans de la ville pour en faire sa cité idéale… Un programme d’inactivité un peu grinçant où ses rêves, du temps où il était employé, de faire des choses de « ouf ! » peuvent se réaliser aussi, comme jouer à la console, au poker, faire du shopping, du sport, lire ou traîner sur les RS avant de chercher LE job… ou pas !

 

Côté graphique, l’utilisation drôle et originale de l’imagerie numérique donne à ce journal de bord une identité graphique forte. Traduisant visuellement le même second degré que dans le texte et posant avec acuité la question universelle de l’engagement au travail. Enfin, au-delà de l’évocation d’une certaine forme de solitude urbaine, l’auteur tient aussi la chronique de la modernité dans la grande ville internationale qu’est Hong Kong, avec ses excès comme ses côtés attachants. Un prisme décidément tout en dérision salutaire et transgénérationnel.

 

* Il a suivi les beaux-arts à Hong Kong, publie des BD et réalise des installations ainsi que des illustrations. Il est notamment l’auteur d’une chronique politique en images dans le quotidien hongkongais Ming Pao Daily. Directeur artistique du collectif de créateurs Writing Machine, il donne aussi des conférences à l’Académie des Arts visuels de l’Université baptiste de Hong Kong.

 

 

 

 

 

 

 

 

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