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Matthieu Chedid : " bluffé par cette nouvelle génération "


Publié le 25/11/2015

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Qu’un artiste sollicite des étudiants pour animer son site tout beau tout neuf. C’est l’aventure incroyable mais vraie proposée par Matthieu Chedid à une centaine d'étudiants de 3ème et 4ème année de L’ECV Bordeaux. Entre transmission et bouffée d’air, les protagonistes se sont nourris mutuellement pendant ce Créathon. Le chanteur raconte sa rencontre inspirationnelle avec ces futurs pros.

 

Pour lancer son site, Labo-M, Matthieu Chedid a donné carte blanche pendant toute une journée, aux élèves de 3ème et 4ème année de l’Ecole de Communication Visuelle de Bordeaux. Avec comme objectif: s’inspirer de son univers pour produire des vidéos ou des animations interactives. En guise de brief : des mots (onirique, poème, musique, surréaliste, participatif, transmedia, expérience…) et des contenus d'artistes, fournis par M, Lisa Roze, Martin Parr et Cyril Houplain, illustrateur et graphiste français, créateur de l'univers visuel du chanteur et de la comédie musicale, Le Soldat Rose. A leur côté, l’équipe de Racont’r, une plate-forme collaborative qui permet de raconter des histoires sans aucune connaissance technique. Loin de se laisser impressionner, les futurs pros ont joué à fond le jeu avec beaucoup de fraîcheur, de liberté et d’inventivité. Un Créathon qui a porté ses fruits au-delà de toutes les espérances, comme le raconte M à INfluencia.

 

 

IN : comment qualifieriez-vous cette journée passée avec ces étudiants ?

 

Matthieu Chedid : remarquable, impressionnante, intense et bénéfique. Je suis toujours très ému dès qu’il y a partage et transmission. De plus, c’est très touchant d’être une muse, alors que j’en ai moi-même besoin pour créer. Et là, j’ai ressenti beaucoup d’énergie, de vibration et d’amour. Leur talent et leurs vidéos pleines de détails m’ont démontré leur énorme potentiel créatif et technique et leur capacité à réinterpréter n’importe quel sujet. C’est hallucinant la façon drôle et décalée dont ils se sont immiscés dans mon monde tout en y mettant beaucoup de cœur et de professionnalisme. J’ai été vraiment bluffé par cette nouvelle génération dont on dit que 65% des métiers n’existent pas encore mais qui se donne déjà à fond. Tout y est : envie, personnalité, authenticité, maîtrise des outils et des nouveaux supports. Et ils ont sorti le meilleur avec cœur, intelligence et exigence sans se comparer ni entrer en compétition. Cette générosité fait du bien et représente un circuit de communication hors cadre exceptionnel.

 

 

IN : pourquoi solliciter des jeunes qui ne sont pas encore des pros ? Est-ce une façon de vous rapprocher de cette génération sans faire de jeunisme ?

 

M.C. : je ne me positionne pas autrement que comme quelqu’un qui aime l’art et la création, comme un éternel débutant, un artisan qui cherche tout le temps. Et là j’ai vu d’autres artisans simplement plus jeunes avec lesquels échanger est une richesse. On a tellement de choses à apprendre en permanence,  me frotter à eux tout comme sortir de Paris est bienfaisant. En les observant, je me suis rendu compte à quel point l’interactivité et le collaboratif sont déjà intégrés dans le dessin. Et avec tellement de talent qu’ils me donnent envie de suivre l’évolution de chacun.

 

 

IN : qu’est-ce que cela vous apporte de les avoir laissés réinterpréter votre monde à leur sauce ?

 

M.C. : de sortir des sentiers battus, car j’ai besoin que les choses soient totalement ouvertes et je voulais que ce personnage M ne s’arrête pas à une seule discipline, qu’il ait une prolongation illimitée de sa vie créative. Je pense, en effet, que l’image et la musique sont totalement associées. Aujourd’hui, on regarde avec les oreilles et on écoute avec les yeux. Et plus il y a une alchimie entre tous les arts, plus il y a une fusion, plus les émotions et les idées sont grandes. Il n’y a qu’à regarder Bowie, Prince ou Stromae qui livrent une idée globale et réjouissante de leur art. Je les admire et ils m’inspirent. Tout comme j’aime beaucoup Gilles Deleuze quand il dit dans son Abécédaire qu’il vaut mieux employer percept que concept pour parler de l’art où on est totalement dans la perception pour inventer des mondes.

 

 

IN : ce Créathon aura-t-il une suite ?

 

M.C. : d’abord, leurs 53 vidéos sont mises en ligne sur le site et soumises aux votes des internautes. Celle qui aura remporté le plus de suffrages donnera droit pour son ou ses auteur(s) à un portrait publié sur Labo-M. C’est ma façon de les soutenir. Car ils commencent et ils vont forcément connaître des revers ou récolter des regards hostiles. Mais je veux qu’ils sachent que grâce à leur travail, sans lequel le talent n’est pas grand-chose, on finit par se surpasser et à émerger.

 

 

IN : avec cette expérience, vous êtes dans le partage et le relais. Pourriez-vous enseigner ?

 

M.C. : la transmission du savoir c’est génial, c’est un beau métier. Mais je me sens comme un éternel élève, car pour moi, il n’y a aucune hiérarchie, on fait tous comme on peut.

 

 

IN : vous leur avez quand même délivré un message. Lequel?

 

M.C. : de lâcher-prise le plus souvent possible. Seul moyen de s’extirper de sa tête, de travailler avec son cœur, ses tripes, d’arrêter de juger, de s’auto juger et peut être de se mentir. Il faut résister à certains paramètres ou habitudes qui phagocytent, faire confiance à la vie qui permet d’être plus créatif et parfois d’accéder à la grâce. Sinon, on est dans la souffrance. C’est dur parce que c’est une lutte avec son ego et que dans nos métiers, il faut à la fois être centré sur sa création et être ouvert à ce qui nous entoure et aux autres. Il faut être curieux de tout, ne rien s’interdire. D’ailleurs en ce moment, je travaille avec Nicolas Deriche, danseur étoile à l’Opéra de Paris, à la conception d’un ballet.

 

Lâcher-prise signifie aussi de s’accepter tel qu’on est, imparfait. De ne pas vouloir aller à l’excès dans la perfection. A chaque fois, que j’ai trop retravaillé un de mes morceaux, j’en ai un peu perdu de quelque chose. Tandis qu’en allant au cœur de soi spontanément avec ses défauts et ses faiblesses, on se démarque, on est fort. Une absence de passivité jubilatoire que j’ai exactement ressentie lorsqu’on a enregistré avec ma famille les 33 titres de notre album, en 2 jours et demi. De même, la surinformation est inutile, il ne faut pas l’ignorer -d’ailleurs le peut-on avec la technologie ?- mais il faut aussi savoir s’en protéger. Car si c’est une richesse, elle peut être un tourment et contre-productive. Pour ces deux raisons, je reste persuadé que l’art et la façon de vivre sont très liés et ce n’est pas être bisounours que de dire qu’on peut s’aimer soi et mutuellement.

 

 

IN : alors si le lâcher-prise est aussi vital n’est-ce pas bizarre de solliciter une école synonyme de normes même si elle est de création et d’art ?

 

M.C. : en effet, l’école pourrait être contradictoire à ma démarche car elle suggère la rigueur, le conditionnement, le même moule. En même temps, c’est aussi pour moi un moyen très rafraîchissant de revenir à la source pour innover, car quand je vois leur réactivité et les latitudes qu’ils ont prises avec les éléments qu’on leur a donnés, il est clair que l’art et l’école -conçue d’une certaine façon où liberté et imagination coexistent avec exigence- ne sont absolument pas deux mondes parallèles.

 

 

IN : la démarche libre est donc le sceau de Labo-M, comment va-t-elle s’exprimer ?

 

M.C. : il est encore un peu en chantier et il ne faut pas hésiter à le consulter et à la critiquer pour l’améliorer. Eh oui ! Qu’il soit poète, parolier, instrumentaliste, photographe, dessinateur, néophyte… chacun peut y contribuer. Je suis curieux de tout, car ça m’amuse beaucoup de créer à plusieurs, j’aime le mélange des univers et le collaboratif m’inspire énormément. De plus, comme chaque participant peut se référencer, s’identifier, je compte à terme me servir de ce fichier, notamment pour les géolocaliser et les convier à interagir avec nos spectacles lorsque nous sommes dans leur ville ou à collaborer aux expériences gustatives ou artistiques en phase avec un album que nous imaginons dans certains concerts, comme ce sera le cas au Palais de Tokyo, le 13 décembre prochain.

 

 

IN : en sollicitant des contributeurs tous azimuts, la vocation du site est-elle celle d’un web documentaire ?

 

M. C. : en quelque sorte. Il doit être le réceptacle de toutes les productions possibles : récits, dessins, poème, animations, photos, sons, interprétations, chansons... Il faut que l’internaute puisse participer, s’immerger et interagir. Plus c’est différent, expansif, éclaté et plus ça me branche. Je veux que ce soit un stimuli réciproque.

 

Illustration de une : clementlly

 

 

  

 

 

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Emilie Chabridon

 

 

 

Claire Lambert

 

 

 

Johan Trigeard / Mélanie Beguier

 

 

 

 

 

 

 


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