7 octobre 2021

Temps de lecture : 3 min

Voitures électriques : relocaliser l’extraction des métaux en Europe, un enjeu éthique et politique

Pour tenter de concilier urgence climatique et mobilité pour tous, le passage à la voiture électrique est crucial. Mais la France, comme l’Europe, importent encore de l’étranger l’essentiel des métaux nécessaires à la fabrication des batteries électriques. Une dépendance difficilement soutenable, tant sur le plan éthique qu’économique, dont l’Union Européenne veut se libérer par la création d’un « Airbus des batteries ».

Voitures électriques

Dans l’épineuse question de la transition énergétique appliquée à la mobilité, deux questions majeures se posent. La première touche à la décarbonation de notre production d’énergie par l’abandon du fossile – pétrole, charbon, gaz – au profit du renouvelable – hydraulique, éolien, solaire, géothermie, biomasse – et du nucléaire. La seconde touche à l’électrification de nos transports, notamment nos transports routiers, dont les véhicules – voitures, poids lourds, utilitaires – représentent près de 30% du total des émissions françaises, selon le centre d’études de la pollution atmosphérique CITEPA. Mais pour que cette électrification de grande ampleur fonctionne, il convient de régler le point noir des véhicules tout électrique : relocaliser dans les pays « du Nord » l’extraction des matériaux qui composent ses batteries. Sans oublier la question du recyclage des batteries, dont le taux est monté en 2018 à 65% en France selon l’ADEME.

La France importe près de 100% de ses métaux, l’Europe entre 75 et 100%

À l’heure actuelle, toute l’Europe souffre d’une dépendance colossale dans son approvisionnement en métaux. Ces derniers servent principalement à la fabrication de batteries pour voitures électriques et hybrides, mais aussi pour la conception des batteries d’ordinateur et de smartphone. Si le débat reste centré sur le transport routier, c’est que la capacité d’une batterie de voiture monte en moyenne à 50kWh, contre environ 50Wh pour une batterie d’ordinateur, soit une capacité installée 1000 fois moins importante. Pour le smartphone, c’est en moyenne 10Wh. C’est donc la voiture électrique qui cristallise l’enjeu des métaux, à plus forte raison que l’Agence Internationale de l’Énergie (AIE) prévoit entre 145 et 230 millions de véhicules électriques et hybrides en circulation d’ici 2030. Une explosion du parc électrique qui pose des questions d’éthique et de souveraineté économique.

Le lithium mondial vient à 80% des déserts de sel d’Amérique Latine

Les batteries électriques, composées de cellules, c’est-à-dire des batteries individuelles reliées les unes aux autres, nécessitent pour être fabriquées plusieurs kilos de lithium, mais aussi du cobalt, du manganèse, du cuivre, du nickel, du zinc etc. Des métaux dont l’immense majorité est excavée dans des conditions humaines désastreuses en Asie, en Afrique et en Amérique Latine. Le lithium, métal essentiel des batteries, vient pour 80% des déserts de sel d’Amérique du Sud, de ce fameux « triangle du lithium » composé de la Bolivie, du Chili et de l’Argentine. Or, son extraction et son traitement industriel polluent les sols, assèchent les rivières et contaminent la population locale. Un désastre sanitaire et environnemental qui serait mieux encadré en Europe. Pour ce qui est du cobalt, métal tout aussi significatif, sa production est pour moitié issue du Congo, dont les mines respectent rarement les conditions de sécurité et tolèrent le travail d’enfants.

Un sous-sol français riche en métaux

En parallèle du devoir éthique qui nous incombe, la question de la souveraineté économique et industrielle de la France et de l’Europe vaut aussi son pesant d’or discursif. Faire reposer la filière européenne des voitures électriques sur l’importation dans un monde où les zoonoses, les méga-feux et les inondations torrentielles nous menacent chaque année davantage représente un risque majeur. À plus forte raison que le potentiel en ressources minérales du territoire européen est largement sous-valorisé et sous-exploité. Le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) souligne dans son inventaire de 2018 que les ressources en lithium français sont importantes et qu’avec des procédés de traitement des minerais adéquats, la France pourrait à terme être autonome en lithium. Le pays possède également des ressources en tungstène, en or, en plomb, zinc, cuivre etc.

L’Europe prépare la création d’un « Airbus des batteries »

Pour envisager une relocalisation dans l’hexagone, il s’agit de développer des méthodes d’extraction respectueuses de notre géologie, mais également accessibles technologiquement et rentables économiquement. À ce titre, l’Union Européenne s’est engagée dans la promotion d’une filière lithium par le financement de multiples projets de recherche et de fabrication d’usines de batteries. Des « Gigafactory » pour fortifier une filière européenne naissante et assurer une demande considérable. Un « Airbus des batteries » comme aiment à l’appeler les porteurs européens du projet. Reste encore à relever le défi de produire localement, durablement et respectueusement des batteries à partir de différentes sources géologiques.

Romain Salas

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