11 avril 2021

Temps de lecture : 3 min

Des voitures autonomes en route, mais pour quel impact environnemental ?

Apple vient de confirmer au New York Times que la firme était bien en train de développer sa voiture autonome, tout en laissant planer le doute quant à sa mise en service. Loin d’être un problème existentiel, cela ressemble à une aubaine pour la Fabrique Ecologique et Forum Vies Mobiles qui le reconnaissent volontiers : les voitures autonomes n’ont pas que des intentions écologiques sous le capot.

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Ira ou ira pas ? Depuis plusieurs mois, les rumeurs vont bon train concernant le lancement d’une gamme de voiture autonomes orchestrée par Apple. Début février, une flopée de médias affirmait même que les discussions prenaient forme entre la firme californienne et le géant sud-coréen Hyundai, par le biais de sa filiale Kia, pour la production à grande échelle de sa bien nommée Apple Car. Même les déclarations univoques des deux entreprises qui stipulaient ne pas « pas être en pourparlers avec Apple » n’avaient pas su faire taire les ragots. Il faut avouer qu’après 7 ans de développement — le projet a été officiellement lancé en 2014 avec Doug Field, ancien directeur de l’ingénierie chez Tesla, à sa tête—, l’heure est aux spéculations les plus folles.

Malheureusement pour nous, simples mortels en quête d’une plus grande mobilité que nous sommes, Apple n’est pas encore sur la ligne de départ. Dans une interview accordée au New York Times le 5 avril dernier, Tim Cook affirmait que des travaux étaient bien en cours au sein de son entreprise sur les voitures autonomes, sans confirmer l’idée d’un véhicule ou d’une technologie propre à la pomme. Celui ci ajoutait qu’Apple adore « intégrer des équipements électroniques, des logiciels et des services, et trouver les points d’intersections entre ces éléments, parce que c’est là que se trouve la magie, à notre avis. (…) et nous aimons posséder la technologie primaire qui permet tout ça. Si vous prenez du recul, la voiture, d’une certaine façon, est un robot. Une voiture autonome, c’est un robot. Vous pouvez faire beaucoup de choses avec l’autonomie. Et nous verrons ce qu’Apple fait ». Avant de conclure par un énigmatique : « Beaucoup de voitures autonomes ne verront jamais la lumière du jour. Je ne dis pas que c’est le cas de la notre ».

Spielberg, ce devin…

En 2002 sortait sur nos écrans le film Minority Report, adapté de l’oeuvre de Philip K. Dick par Steven Spielberg et mettant en scène Tom Cruise dans le rôle d’un agent gouvernemental poursuivi par sa propre organisation. Se déroulant dans une société dystopique ultra sécuritaire de moins en moins éloignée de la notre — même si la pregognition n’est pas prête de remplacer la reconnaissance faciale —, le film avait notamment le mérite de mettre en scène une époustouflante séquence de poursuite en voiture. Le véhicule de ce bon vieux Tom — un concept car réalisé par Lexus spécialement pour le film  — étant… vous l’aurez deviné… une voiture autonome. Les risques d’assassinats mis de coté, cette séquence avait grandement marqué les spectateurs — on ne compte pas les articles de presse qui dressent ce parallèle — et opéré un revirement sur le bien fondé d’une telle technologie. La phrase « t’as vu le dernier Spielberg ? C’est vraiment le futur ces voitures qui se conduisent toute seules… » pouvaient être entendu à chaque machine à café de la planète.

Mais si nous étions alors beaucoup à nous enthousiasmer sur les développements futurs d’une telle technologie, nous garantissant une plus grande mobilité et une plus grande sureté sur les routes, trop peu d’entre nous s’étaient inquiétés de l’impact environnemental que pourraient avoir une armée de véhicules robots sillonnant le globe. Une étude réalisée en commun par les associations La Fabrique Ecologique et Forum Vies Mobiles reconnait volontiers qu’il est hasardeux de quantifier l’usage et les divers impacts d’une technologie encore en suspens du fait de nombreuses inconnues techniques et juridiques. Pour autant, ses auteurs n’ont aucun mal à lister plusieurs scénarios hypothétiques qui plomberaient en un clin d’œil le bilan écologique de la voiture autonome.

Le plein, mais à quel prix ?

Tout d’abord, le nombre de trajets véhiculés pourraient bel et bien exploser, notamment pour celles et ceux qui n’avaient même pas le permis de conduire jusque là, tout comme les distance parcourus. Il parait bien plus simple de faire un Paris-Nice en enchainant sieste, pique nique et jeu des sept familles, plutôt que pied au plancher, les yeux exorbités. Autre conséquence néfaste à anticiper : l’extension massive des agglomérations et donc une mobilité pendulaire de plus en plus étendue. L’autre grande crainte concernant la mise en service d’une telle technologie est la quantité impressionnante de données que celle ci devrait enregistrer chaque année pour assurer le guidage des véhicules. Selon Jill Madelenat, qui a conduit cette étude, celles-ci sont estimées à 1,3 million de Go par an pour la voiture d’un Français moyen. « Chaque voiture réclame autant de données que 3.000 utilisateurs d’internet ! ». Enfin, il serait nécessaire d’opérer une refonte complète des systèmes de signalisation — afin notamment de permettre aux véhicules autonomes de dialoguer avec les feux — et plus globalement programmer l’installation de tout un tas d’infrastructures spécifiques. Une dernière statistique pour donner du grain à moudre aux plus sceptiques, et concernés, d’entre vous : le parc automobile devrait multiplier par deux, voir par trois, sa consommation d’énergie. Finalement, quand on apprend ensuite que seulement 6 % des Français seraient prêts à utiliser une voiture autonome immédiatement après sa mise en circulation — d’après une étude réalisée par Opinium Research — on se dit qu’on a encore quelques kilomètres au compteur.

Montagut Sacha

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