22 novembre 2016

Temps de lecture : 5 min

La ville de demain : technologie et digital au service du climat

Qu’on se le dise, le 21ème siècle sera urbain ou ne sera pas. Avec 75% de la population mondiale vivant en ville en 2050, nos métropoles sont plus que jamais au cœur des évolutions de la société. À l’approche du premier anniversaire de la COP 21 de Paris, elles doivent être les locomotives d’une prise de conscience générale face à l’enjeu climatique.

Qu’on se le dise, le 21ème siècle sera urbain ou ne sera pas. Avec 75% de la population mondiale vivant en ville en 2050, nos métropoles sont plus que jamais au cœur des évolutions de la société. À l’approche du premier anniversaire de la COP 21 de Paris, elles doivent être les locomotives d’une prise de conscience générale face à l’enjeu climatique.

La sophistication des technologies, la maîtrise croissante des données numériques et le développement des applications digitales participent à construire une société plus responsable et plus durable. Les initiatives isolées, aussi judicieuses soient-elles, ont atteint leurs limites. Il est nécessaire aujourd’hui de donner priorité à des solutions transposables sur chaque continent et capables de créer un réseau global de villes intelligentes. Avec un devoir de résultat : faciliter la vie quotidienne des populations en limitant l’empreinte carbone. L’occasion d’effectuer un tour du monde des initiatives pionnière sur ce chemin.

Singapour : une nation où la data devient verte

Singapour est un modèle pour ceux qui souhaitent mettre à profit les ressources digitales afin de penser la ville de demain. L’enjeu y est tel que la réflexion se hisse à l’échelle nationale. Le gouvernement de cette cité-état de plus de cinq millions d’habitants peut s’appuyer sur une population hyper-connectée (9 foyers sur 10 sont équipés de l’internet haut débit et 85% ont un smartphone) pour donner force aux projets les plus novateurs. La saturation routière historique de l’île qui entraîne préoccupations sanitaires et contraintes pour l’économie nationale fait partie des facteurs à l’origine du programme « Smart Nation » lancé fin 2014.

Celui-ci prévoit d’actionner trois leviers en conséquence. D’abord, l’installation en cours de nouveaux capteurs qui complètent le parc existant a pour rôle d’apporter une information granulaire sur les flux de circulation heure par heure et dans chaque zone géographique. Ce système a permis d’installer des zones de péages spécifiques à tarifs variables selon la congestion du trafic. Initiative efficace couplée à une gratuité des transports en commun avant 8h du matin pour inciter la population à modifier ses habitudes journalières et délaisser la voiture pour réduire les émissions de carbone. Dans un second temps, un grand nombre de ces capteurs a été installé dans le quartier test de Jurong Lake, à l’ouest de la capitale. Ces boîtiers sont capables d’analyser des données liées à la qualité de l’air. Tout y passe : le taux de particules polluantes, l’humidité, la température… Objectif : maîtriser les micros-climats au sein de l’île pour concevoir un urbanisme éco-responsable en fonction de la situation géographique.

Demain les bactéries éclaireront nos villes

Si il fallait encore une preuve de la vitalité de la FrenchTech, la startup Glowee l’illustre assurément. Elle s’attaque à un projet d’ampleur : assurer l’éclairage nocturne de nos villes sans avoir recours à l’électricité ! Le tout en tenant compte des normes en vigueur : depuis juillet 2013, la loi interdit l’éclairage des bâtiments publics, des vitrines et des bureaux la nuit. Nécessité écologique pour les uns, atmosphère anxiogène pour les autres. Glowee concilie chaque camp et axe son travail sur une technologie issue de la bioluminescence.

On parle ici de la réaction chimique entraînée par un gène présent dans 90% des organismes marins leur permettant de produire eux-mêmes de la lumière. Une fois le gène extrait (ici sur les calamars), la startup l’insère dans des bactéries non-pathogènes. Il ne reste plus qu’à encapsuler ces bactéries dans une coque transparente en ajoutant une solution nutritive pour qu’elles puissent se développer et produire leur réaction lumineuse. Si ces coques sont installées sur nos bâtiments, on imagine bien l’évolution positive apportée par cette source lumineuse non-électrique : un éclairage urbain naturel qui ne serait plus intrusif et mettrait un terme aux 5% d’émissions de CO2 rejetées par l’éclairage au niveau mondial. Glowee met ici au point un processus abordable, complétement indépendant et propre puisque l’incinération des bactéries en fin de vie concerne des entités organiques. Après une installation réalisée grâce à cette technologie au cours de la nuit blanche à Paris en octobre dernier, Glowee donne les gages de son expertise pour conquérir le marché de la lumière autonome au service des villes de demain.

L’ère du transport supersonique

À l’heure où les villes repensent l’urbanisme et tendent à limiter leur empreinte écologique, certains imaginent déjà l’étape d’après. La technologie permet aujourd’hui d’entrevoir une nouvelle ère dans les modes de déplacement entre villes intelligentes. Son nom : Hyperloop. Un système inédit de capsules pouvant transporter personnes et marchandises à plus de 1000 km/h grâce à la lévitation magnétique opérée sur des coussins d’air. Appliqué à la France, Lille et Marseille pourraient être reliées en 50 minutes seulement contre plus de neuf heures en voiture actuellement. Et ceci avec une consommation énergétique minime. D’autant plus que les coûts de production seraient intéressants en cas de construction à grande échelle.

La technologie utiliserait les pylônes existants sur certaines voies ferrées à grande vitesse pour y ajouter le tube nécessaire au déplacement de la capsule. Quand au confort des passagers, ils ne ressentiraient pas plus d’accélération « qu’au décollage d’un avion ». De quoi intéresser les acteurs du secteur comme la SNCF qui ont investi au capital de la startup californienne Hyperloop One. Cette dernière espère relier les 200 kilomètres entre Dubaï et Abu Dhabi en 12 minutes dans les prochaines années. Une autre société s’est positionnée sur la technologie Hyperloop, déjà soumise à concurrence. Hyperloop TransportationTechnologies devrait construire à terme une liaison entre Vienne, Bratislava et Budapest. Reste à savoir laquelle des deux fera entrer le transport des personnes et des biens dans l’ère de l’hyper vitesse verte.

Babcock Ranch, la cité solaire

Une ville auto-suffisante dans sa consommation électrique, est-ce possible ? C’est l’objectif qu’espère accomplir Syd Kitson, une ancienne star du football américain, aujourd’hui reconverti dans l’immobilier. Le promoteur a tout simplement décidé de faire sortir de terre une nouvelle ville, Babcock Ranch en Floride. À proximité d’une réserve naturelle créée pour l’occasion, l’urbanisme et le fonctionnement de la ville ont été pensé dans un souci d’harmonie avec la protection climatique. Babcock Ranch compte ainsi une particularité de taille : la création d’une ferme solaire de 179 hectares capable d’alimenter en électricité les 20 000 foyers que compteront à terme cette ville américaine.

Si pour l’instant l’énergie solaire produite sera redistribuée dans le réseau électrique de la région et non directement vers les habitations de Babcock Ranch, l’objectif à terme est bien l’autoconsommation. Soucieux du caractère éco-responsable d’un tel projet, l’ancien footballeur n’a pas décidé de créer une ville nouvelle au hasard. Il a ainsi constaté que les éco-quartiers se construisaient toujours plus en périphérie des centres-villes, encourageant alors les flux de déplacement entre centre et banlieue pour une empreinte carbone en contradiction avec le projet de vie souhaité. À Babcock Ranch, le solaire et les ressources numériques vont ainsi s’associer pour développer la cohérence de ce nouvel urbanisme en lien avec la préservation du climat. On compte notamment encourager le covoiturage et créer une application dédiée à la réservation d’un véhicule électrique sans chauffeur pour ses trajets. La première phase du projet sera inaugurée en janvier 2017 avec la livraison de plus de 1000 logements.

Malotti Pascal

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