12 janvier 2011

Temps de lecture : 2 min

La valeur et la guerre

Facebook vient de lever à nouveau des centaines de millions de dollar auprès de banques et d’investisseurs privés. Une manne qui n’est pas sans poser de vraies questions, notamment sur la réelle valeur du réseau social. Par Thomas Jamet...

Facebook vient de lever à nouveau des centaines de millions de dollar auprès de banques et d’investisseurs privés. Une manne qui n’est pas sans poser de vraies questions, notamment sur la réelle valeur du réseau social.

Digital Sky Technologies et Goldman Sachs viennent d’apporter 500 millions de dollar à Facebook. Presque un dollar par membre du plus grand réseau social du monde et sans nul doute le plus incroyable succès du web de ces dernières années. Le chemin parcouru par Mark Zuckerberg est impressionnant. Facebook a pris une place dans nos vies qui dépasse tout ce que quiconque aurait pu imaginer : plateforme d’échange de données personnelles, de socialisation et de rencontres, porte d’entrée du web et demain plateforme vidéo ou mobile… Un projet total et une réussite totale. Résultat, la création de Zuckerberg est valorisée à plus de 50 milliards de dollars par les cabinets d’audit. Pour un bénéfice estimé à 2 milliards de dollars aujourd’hui. Disproportionné ? Pas vraiment.

Car de telles sommes astronomiques correspondent bien à une vraie valeur. Les valorisations boursières réalisées par les cabinets reposent sur plusieurs méthodes : au-delà de la simple valeur comptable d’une entreprise, il y a bien d’autres indicateurs. Une valeur que des instituts comme Interbrand calculent depuis des années et qui tournent autour du calcul de l’irrationnel et du capital émotionnel des entreprises. Car au-delà des raisons du succès que tout le monde connaît, Facebook a d’abord su s’ancrer dans la vie. Une réussite que peu arrivent à atteindre : être utile, tous les jours. Mais au-delà de ce sens individuel, Facebook a une valeur collective. Et cette valeur n’a pas de prix. Elle est même difficile à chiffrer, car elle est infinie. C’est comme si on voulait calculer le prix du « vouloir-vivre ensemble ».

La définition que fait le juriste hollandais du 17ème siècle Hugo Grotius de l’Etat est « un corps parfait de personnes libres qui se sont jointes ensemble pour jouir paisiblement de leurs droits et pour leur utilité commune ». Il n’y aurait pas meilleure définition de Facebook. Tenter de calculer la valeur du réseau social c’est tenter de calculer la valeur de la « chose publique ». En ce sens, sa valeur est encore incalculable. Et elle porte également en elle les germes de la discorde car viendra le jour où il y aura peut-être une guerre pour défendre, conquérir ou détruire cet océan d’échanges, de données, de richesses. En tant que territoire politique et territoire vivant, et en tant que réel capital, Facebook tombera dans le jeu éternel du pouvoir. Et sera objet de convoitises.

Dans son ouvrage Mare Liberum, en 1604, le même Grotius, inventait le concept d’eaux internationales. Pour inventer le principe territoire neutre : les eaux internationales, vrai territoire de commerce et de flux, appartiennent à tout le monde, et à aucun Etat en particulier. Ce concept mena à la première guerre anglo-hollandaise. Facebook est-il comme la mer, appartenant à tout le monde, ou son projet attirera-t-il un jour les envies belliqueuses, conduisant à la première guerre digitale ? Donner un prix à Facebook c’est déjà donner envie de l’acheter. Ou de le voler. A suivre…

 Thomas Jamet – NEWCAST – Directeur Général / Head of Entertainment & brand(ed) content, Vivaki (Publicis Groupe)
thomas.jamet@vivaki.com / www.twitter.com/tomnever

La rédaction

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