5 novembre 2012

Temps de lecture : 3 min

Upstart ou comment investir sur la tête d’un étudiant…

Entre le digital et l’enseignement supérieur aux Etats-Unis, l’union est décidément sérieuse. Après les cours en ligne gratuits, le crowdfunding s’invite lui aussi dans le ménage. Avec la plateforme Upstart, de riches particuliers peuvent désormais payer les cursus d’étudiants à la place des banques.

Investir dans un étudiant américain est-il une bonne affaire ? Le milliardaire Warren Buffet a plusieurs fois répété qu’il n’hésiterait pas une seconde à prêter 100 000 euros à un universitaire contre 10% de ses gains futurs en carrière. L’homme d’affaires et philanthrope octogénaire peut désormais s’il le veut mettre ses paroles en pratique. Comment ? En utilisant la plateforme Upstart, fer de lance d’une nouvelle forme de financement participatif.

Lancé en août et déjà accepté par 30 universités du pays, dont les plus prestigieuses comme Harvard, Princeton ou Stanford, le site de crowdfunding permet aux plus nantis de se substituer aux classiques prêts bancaires pour financer le cursus de l’étudiant qu’ils ont choisi. Les règles de la Securities and Exchange Commission restreignent le cercle des donneurs aux « investisseurs accrédités », soit les particuliers gagnant plus de 200 000 euros annuels de revenus.

En revanche, pour l’heureux récepteur les contraintes sont moins strictes : il ne doit pas justifier de l’utilisation de l’argent et ne s’engage à le rembourser que pendant les dix premières années de sa carrière, sans avoir l’obligation de reverser l’intégralité de l’avance. Le montant du retour à l’envoyeur oscille entre 1% et 7% maximum des revenus et s’ajuste même en fonction des fluctuations du salaire. Au passage, Upstart prend 3% au créditeur et 0,5% au débiteur sur la mise de départ.

Objectif 1 million de créations de PME en dix ans

Autant dire que cette nouvelle plateforme de crowdfunding méritait l’attention d’INfluencia : en France, ce modèle de financement participatif permettrait une méritocratie plus juste et plus à même de stimuler l’innovation. Elle pourrait aussi avoir un impact social important. Pour bien comprendre les enjeux, nous avons interrogé Jeff Keltner, un des co-fondateurs.

INfluencia : L’éducation universitaire gratuite que dispense par exemple Coursera ou edX sur leur site, est en train de modifier la nature de l’enseignement supérieur. En quoi Upstart peut-il être également un acteur digital du changement en marche ?

Jeff Keltner : Il y a un nombre impressionnant d’innovations dans la façon dont l’éducation se partage et se transmet, et j’en conviens c’est très prometteur. Cependant, la dette estudiantine reste un problème majeur car elle limite les choix après l’obtention du diplôme. Aux Etats-Unis elle représente aujourd’hui presque mille milliards d’euros, dépassant les dettes des cartes de crédit. L’étudiant moyen sort de l’université avec un fardeau de 15 000 euros à rembourser, et forcément ça va peser sur ses choix. Trop de jeunes gâchent leur talent dans un travail qui ne leur plait pas. Nous voulons les libérer pour qu’ils puissent mener la carrière dont ils rêvent sans sentir le boulet de la dette au-dessus d’eux.

INfluencia : En jouant le rôle que vous décrivez de faiseur de rêve, pensez-vous également stimuler l’innovation ?

Jeff Keltner : Notre ambition est de pousser les jeunes vers leurs rêves et leurs passions au lieu de les laisser prendre un travail qu’ils n’aiment pas. Non seulement c’est plus gratifiant et enrichissant pour chacun d’entre eux, mais c’est également positif pour l’économie. On le sait l’emploi est tiré vers le haut par les créations de PME, or nous espérons que grâce à nous un million seront lancées dans les dix prochaines années.

INfluencia : Upstart va-t-il offrir une nouvelle facette au crowdfunding ?

Jeff Keltner : Un des éléments essentiels et uniques de notre plateforme, est qu’elle permet d’investir dans le potentiel d’un individu et non pas dans une société ou un projet. En donnant de l’argent vous pouvez ensuite avoir une interaction personnelle avec celui ou celle que vous financez. Si vous le voulez, vous pouvez devenir son mentor ou son guide. L’argent n’est pas la seule aide possible, c’est une connexion très humaine.

INfluencia : Avez-vous prévu de vous exporter dans d’autres pays, comme par exemple la France ?

Jeff Keltner : Nous sommes persuadés que notre concept revêt le potentiel pour avoir un impact socio-économique ailleurs qu’aux Etats-Unis. Mais ce n’est pas simple à mettre en place et pour l’instant, nous nous concentrons donc sur les USA.

Benjamin Adler

Rubrique réalisée en partenariat avec ETO

Interview Dave Girouard CEO et Co-fondateur d’Upstart / Reportage Bloomberg TV

La rédaction

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