20 octobre 2021

Temps de lecture : 3 min

EdTech : Un peu de maths entre deux chorégraphies sur Tik Tok…

Lancée il y a tout juste 3 mois, l’application Nanaba verrouille les apps préférées des enfants en échange de révision. La start-up vient de lever 500.000 euros pour accélérer sa croissance.

Les enfants sont accros à leurs écrans. Les arracher à leur smartphone et à leur tablette pour faire quoi que ce soit relève de la mission impossible. Leur imposer de ne plus surfer pour finir leurs devoirs est, pour beaucoup de parents, une lutte quotidienne où la force de conviction est trop souvent liée aux décibels des demandes répétées et aux menaces proférées. Ce bras de fer a été particulièrement tendu et éreintant pendant la crise sanitaire. Olivier Guérin a eu pendant le confinement une idée toute simple : créer une application mobile disponible sur IOS et Android permettant de verrouiller, durant quelques minutes, et de façon récurrente, les applications utilisées par les enfants comme Instagram, TikTok et YouTube. Pendant cette coupure, un quiz est proposé afin de mettre les élèves « en pause révisions ».

Tous les contenus ont été conçus par des professeurs de l’Éducation Nationale et suivent le programme scolaire actuel. Plusieurs matières et niveaux scolaires (du CP à la 3ème) sont disponibles : mathématiques, français, géographie, histoire, sciences, culture générale… Dotée d’une Intelligence Artificielle, cette application adapte son contenu aux forces et aux faiblesses de l’enfant, le tout soutenu par la méthode d’apprentissage Leitner  qui s’appuie sur la Répétition Espacée permettant aux élèves de retenir plus facilement leurs tables de multiplication, leur grammaire et leur conjugaison.

« Durant chaque coupure, un quiz de quinze questions est posé aux enfants, détaille Olivier Guérin. Il leur faut entre 15 et 30 minutes pour répondre et nous conseillons aux parents de répéter cet exercice toutes les demi-heures. » Selon ce modèle, les écoliers passent donc environ la moitié de leur temps à travailler devant leur écran. Lancée il y a tout juste trois mois, Nanaba a déjà séduit 7500 clients qui paient un forfait mensuel de 1 euro pour les écoliers en primaire et de 2 euros pour les collégiens.

Pour se financer, la start-up vient de lever 500.000 euros auprès de 50 personnes grâce à la plateforme participative myoptions.co. Certains investisseurs se sont décidés avant même le lancement de l’application. Ces liquidités vont permettre aux tout jeunes de grandir plus rapidement. De nouvelles fonctionnalités vont bientôt être lancées grâce notamment au recrutement d’une bonne vingtaine de spécialistes (Développeurs IOS et Android, Product Managers de modules, Country Managers…) avant la fin de l’année. Nanaba va aussi tenter de se frayer un chemin dans les salles de classes avec des options à destination des enseignants. Le service qui leur sera proposé leur permettra d’utiliser l’application sans la fonction blocage et de créer des comptes enfants dédiés uniquement au soutien scolaire, avec l’ajout de la totalité de leurs élèves et la possibilité de suivre leurs résultats sur un seul et même tableau de bord. L’Edtech vient, parallèlement, de se lancer à l’international en Belgique, en Suisse et au Luxembourg. L’année prochaine, son concept devrait être exporté aux Etats-Unis. Des projets en Asie sont également dans les cartons. « Nous voulons aller très, très vite et compter rapidement 1 million de clients car nous souhaitons éviter que notre idée soit reprise par une autre entreprise », révèle Olivier Guérin qui compte boucler dans les trois prochains mois un nouveau tour de table de 2,5 millions d’euros auprès d’investisseurs en capital-risque.

L’idée de « forcer » les enfants à quitter leurs écrans alimentent des débats enflammés parmi les spécialistes. Sur notre site, Joël Michael Reynolds estimait que « pister son enfant avec une appli était une fausse bonne idée ». « Une étude sortie en 2019 a montré que la surveillance d’un enfant peut miner sa confiance et son attachement, souligne ce philosophe qui enseigne à l’Université Georgetown. Dans les faits, cela peut devenir contre-productif au point de pousser l’enfant sur la voie de la rébellion. À mon avis, ce risque est bien plus sérieux que les dangers potentiels ayant incité les parents à initier une telle surveillance. » Ce jeune trentenaire a t-il des enfants ? Là est la question… Mais une chose est sûre : nos chères petites têtes blondes regardent trop la télé et la Toile.

Les bambins âgés de 3 à 17 ans passent en moyenne 3 heures par jour devant les écrans, selon le secrétariat d’Etat à l’Enfance. Cette durée augmente avec l’âge pour atteindre plus de 7 heures par jour pour près d’un quart (23%) des 15-17 ans. Pendant le confinement de mars à mai 2020, la moitié des 18-24 ans ont passé quotidiennement 7 heures ou plus devant un écran. Les enfants de 6-12 ans ont, eux, regardé un moniteur, un portable ou une tablette 7 heures par jour mais cette durée comprend les cours qui leur ont été prodigués en ligne. Le mal est donc moindre. Nanaba ne dira pas le contraire…

Frédéric Thérin

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