15 septembre 2010

Temps de lecture : 2 min

Twitter, l’instant et le tragique

Le succès de Twitter ne se dément pas. Face à Facebook et à tous les autres réseaux sociaux, le site de microblogging affiche même une étonnante santé avec 370 000 nouveaux utilisateurs par jour. Son succès incarne l’intensification du présent dans nos vies, et c’est en cela qu’il confine aussi au tragique et à la mort. Par Thomas Jamet...

Le succès de Twitter ne se dément pas. Face à Facebook et à tous les autres réseaux sociaux, le site de microblogging affiche même une étonnante santé avec 370 000 nouveaux utilisateurs par jour. Son succès incarne l’intensification du présent dans nos vies, et c’est en cela qu’il confine aussi au tragique et à la mort.

La formule est désormais célèbre : en 140 caractères, racontez ce que vous faites, à quoi vous pensez, ce que vous voyez. De plus en plus d’influenceurs, de personnalités et même de politiques sont sur Twitter et le nom de la plateforme commence à devenir un de ces fameux «buzzwords». Le site lancé en 2006 a déjà plusieurs évolutions dans sa formule et dans sa fonction. Les diverses améliorations techniques permettent aujourd’hui de regarder de la vidéo, de consulter le contenu d’un lien directement.

Vidéo de présentation de la nouvelle plateforme Twitter: “Discover What’s New in your World”

Twitter lance sa nouvelle version ces jours-ci en intégrant la vidéo et la photo au cœur de l’expérience. Pour certains, il se « facebookise ». Pour d’autres il passe tout simplement du micro-blogging au journalisme citoyen. Les récentes communications de la part de la direction du site le décrivent d’ailleurs non pas comme un «réseau social» à la Facebook mais comme un site «d’information sociale». L’utilisation qui a été faite de Twitter lors des événements récents en Iran et la mort de Michael Jackson l’ont, il est vrai, consacré comme un vrai vecteur alternatif de diffusion, qui offre à chaque citoyen la possibilité de se «transformer» en e-journaliste vivant l’action sur le terrain. En cela, Twitter horizontalise l’information et désacralise la figure du journaliste, en la régénérant.

Mais au-delà du fait qu’il incarne une intensification du rapport à l’information et un rapprochement de celle-ci de la sphère intime, Twitter intensifie la perception du temps tout simplement.
En figeant ainsi en 140 caractères une actualité, un moment de vie, une impression, une photo, et en la diffusant à ses « followers » de manière continue, l’utilisateur de Twitter crée sans s’en apercevoir un rythme qui est le rythme de sa propre vie. Il compose, impose un rythme, ouvre une porte sans pouvoir jamais la refermer, sous peine de ne plus exister. Ne plus twitter ou avoir plusieurs jours voire heures de retard peut être mal vécu par un addict de Twitter. La non activité étant quasiment synonyme de mort. En cela Twitter crée une nouvelle intensité. C’est ce que Michel Maffesoli décrit dans son livre «L’instant éternel»*.

Eternel car il reste présent comme le legs d’une vie, comme une sorte de carnet intime, projetant pour l’éternité sur la toile chaque respiration, chaque « cui cui », aussi futile soit-il. Eternel aussi car il reste visible à tel point qu’un journaliste du NY Times a d’ailleurs écrit en 2009 «ne tweetez rien que vous ne vouliez voir sur un panneau sur Times Square ou diffusé lors du Super Bowl» en évoquant le fait que certains tweets puissent porter préjudice (personnellement ou professionnellement).

Mais surtout éternel car Twitter en figeant chaque instant, chaque moment, nous renvoie à notre propre futilité et à notre propre mortalité. C’est en ce sens que Twitter est tragique. C’est « l’acquiescement de la plénitude de l’instant doublé de l’acceptation lucide de l’éphémère »*… donc de la mort. S’il y a quelque chose de fonctionnel, ludique et hédoniste dans Twitter, il y a aussi quelque chose de tragique.

 Thomas Jamet – NEWCAST – Head of Entertainment & brand(ed) content, Vivaki (Publicis Groupe)
thomas.jamet@vivaki.com
www.twitter.com/tomnever

* Michel Maffesoli, L’instant éternel : Le retour du tragique dans les sociétés postmodernes (octobre 2003)
 

La rédaction

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