26 mai 2021

Temps de lecture : 3 min

Trouver des financements pour une exploration ? Un parcours du combattant…

Après un périple de trois ans autour du monde, les plongeurs et les chercheurs de l’expédition Under The Pole III pensent déjà à leur prochaine mission qui devrait durer dix ans. Mais encore faut-il trouver des fonds pour financer ce beau projet…

Les pingouins qui semblent voler sous les icebergs dans la mer glacée. Les grands requins marteaux qui nagent paisiblement dans les eaux chaudes et transparentes de la Polynésie. La coque du voilier qui se fraye un chemin au milieu de la banquise. Ces images nous font rêver. Après trois ans d’un tour du monde de l’Arctique à l’Antarctique en passant par le Pacifique et l’Atlantique, la goélette polaire WHY s’apprête à « boucler la boucle » et à retrouver son port d’attache de Concarneau en Bretagne. Ce bateau a permis à toute une équipe de plongeurs et de scientifiques d’étudier le milieu sous-marin entre la surface et 150 mètres de profondeur. Cette expédition, baptisée Under The Pole III, était, comme son nom l’indique, la troisième organisée par cette bande de passionnées qui s’est donnée quatre missions : travailler pour la science, encourager la recherche et le développement, réaliser des documentaires et inspirer les jeunes générations (https://www.underthepole.com).

Des missions de plus en plus longues

En 2010, ses membres ont passé 45 jours au Pôle Nord géographique pour faire 52 plongées sous la banquise. En 2014 et 2015, Under The Pole II était resté 21 mois au cœur du Groenland pour descendre sous la glace à plus de 100 mètres de profondeur. Même si la troisième campagne n’est pas encore terminée, la quatrième est déjà en préparation. Le quotidien de l’explorateur ressemble à celui des Danaïdes qui tentaient de remplir un tonneau troué. Ghislain Bardout ne dira pas le contraire « Le grand public a une vision romantique des explorations mais la réalité est que le nerf de la guerre de ces voyages est, comme souvent, l’argent. »
Cet ingénieur énergéticien spécialiste de la plongée polaire profonde est l’initiateur et le directeur des expéditions Under The Pole. Pour financer ses projets, l’explorateur doit fréquemment troquer ses palmes pour des chaussures de ville. Convaincre des investisseurs n’est en effet pas aisé… « Nous ne créons pas des produits qui peuvent ensuite dégager des profits, regrette presque l’ancien assistant logistique et technique de Jean-Louis Etienne. Nous cherchons des fonds pour des causes qui ne rapportent aucune retombée financière. » Pour trouver des sponsors, Ghislain Bardout avoue ne pas avoir de recette miracle.

Ne jamais se décourager

« Nous sommes constamment à la recherche de partenaires, reconnaît-il. Lorsque nous préparons une nouvelle expédition, nous commençons toujours par aller voir les organisations et les entreprises qui nous ont déjà soutenu dans le passé. Faire fonctionner son réseau est souvent utile mais ce n’est pas non plus une garantie de succès. Il n’y a pas de règle en réalité. » Les grands donateurs et les fondations sont de surcroît constamment approchés par des ONG pour soutenir des causes. « C’est un marché très concurrentiel et dans ce monde d’ultra-communication, les gens peuvent facilement raconter n’importe quoi, confirme Ghislain Bardout. Pour convaincre les sponsors, il est donc important de montrer ce que l’on déjà fait dans le passé pour prouver son sérieux. » Porter un message fort aide à séduire des partenaires. Les Parfums Azzaro ont ainsi choisi de soutenir Under The Pole III en raison de son « engagement scellé autour de valeurs de dépassement de soi, de courage et de passion », résume un porte-parole de cette filiale du groupe Clarins. Rolex, qui accompagne depuis les années 30 des aventures humaines aux confins de la planète, a, lui aussi, apprécié ce projet qui a « pour vocation de repousser les limites du possible ».

Pour la mission Under The Pole IV, ses organisateurs souhaitent construire un nouveau bateau. Le budget prévisionnel table sur une enveloppe de 20 millions d’euros sur dix ans. Pour l’instant, le montant des dons reçu est… nul. Pourtant le temps presse car cette expédition est supposée reprendre la mer dès l’année prochaine mais Ghislain Bardout ne semble pas s’en inquiéter pour autant.

Prise de risque

« Nous avons besoin d’un premier gros sponsor qui nous apporterait entre 500.000 et 800.000 euros pour nous lancer, révèle-t-il. Dans ce secteur, la règle d’or est la persévérance et l’endurance. Trouver des fonds est un véritable parcours du combattant qui peut durer des années. Comme j’ai l’habitude de le dire, à chaque mission, nous repartons de zéro. Tous les feux ne sont jamais au vert en même temps alors à un moment, il faut savoir prendre des risques et partir même si tous les financements ne sont pas trouvés. » Le raisonnement est le même lorsque le plongeur s’apprête à descendre dans les eaux glacées de l’Antarctique. Au top, il ne faut pas hésiter et s’enfoncer sous la banquise…

Therin Frédéric

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