5 janvier 2016

Temps de lecture : 2 min

Tout sur la mode et ses transgressions

Ah la mode, comme tu nous fais rêver… Et pourtant aucune revue de fond en français sur ce sujet n'existait dans notre pays, contrairement au Royaume-Uni ou aux États-Unis. Fort de constat, l' École Duperré et l’Université de Lille 3 ont décidé de lancer Modes Pratiques, le numéro un d'une revue annuelle -pour l'instant-

Ah la mode, comme tu nous fais rêver… Et pourtant aucune revue de fond en français sur ce sujet n’existait dans notre pays, contrairement au Royaume-Uni ou aux États-Unis. Fort de constat, l’ École Duperré et l’Université de Lille 3 ont décidé de lancer Modes Pratiques, le numéro un d’une revue annuelle -pour l’instant-

« Ce projet est né de ce manque mais aussi du constat que dans un paysage occupé par des monographies de grands créateurs et de grandes maisons, il fallait aussi parler des pratiques sociales, réelles, attachées aux vêtements – le sommaire en témoigne –, pratiques ordinaires qui sont aussi des pratiques inventives dans lesquelles l’industrie de la mode pioche », explique Manuel Charpy, coordinateur du numéro et chercheur au CNRS/IRHIS.

La revue « Mode pratique », qui avait disparu depuis, existait autour de 1900. Plutôt modeste, elle voulait, comme ses nombreuses concurrentes, donner à ses lectrices à la fois l’air du temps et des patrons. Seule singularité : elle produisait des robes, elles aussi modestes et en pièces détachées que les lectrices devaient ensuite monter. L’une de ces robes est conservée dans les réserves du Palais Galliera du musée de la mode de la Ville de Paris. Usée, reprisée, agrémentée de coussinets sous les bras, elle porte encore la « griffe » de la revue sur un ruban. « Au pluriel, Modes pratiques. Revue d’histoire du vêtement et de la mode poursuit un projet qui n’est pas si éloigné : s’intéresser aux vêtements exceptionnels comme aux plus quotidiens, aux images comme aux vêtements usés par les pratiques sociales. Seul changement : le patron a disparu pour faire la place aux voix venues de toutes les disciplines. Et si la mode est ici considérée comme « un fait social total », les vêtements y sont aussi des choses économiques, artisanales ou industrielles, politiques, intimes, sexuelles… Au point de contact entre la société, l’individu et les pratiques sociales, le vêtement est par excellence l’espace de l’imposition des normes et de leurs transgressions. », constate l’édito de la revue.

« La mode est une forme de laideur tellement intolérable que nous avons à la changer tous les six mois. », ironisait Oscar Wilde. La changer, tout en transgressant les normes. Ce premier numéro de 416 pages, justement consacré aux « normes et aux transgressions » se propose ainsi d’interroger toutes les formes de règles : des lois somptuaires du XVIe siècle aux normes de décence sur les plages de Santa Monica, ou des normes religieuses en matière de blanc monastique aux transgressions de genre des Vogueurs et de leurs ancêtres des années 1920-1930. « Nous souhaitons comprendre comment le vêtement peut incarner tous les types de normes et devient, de ce fait, l’objet et le moyen de toutes les transgressions ». Vous y croiserez : des Gentils-hommes et Damoiselles défendus de superfluiter, des couturières déguisées, des folles en bal, des hommes canons et des hommes moyens, des ouvriers en blouse, des forces de l’ordre dans de beaux draps, une fée du travestissement, un hygiéniste-réformateur allemand promoteur de vêtements sains, des inspecteurs du travail dans des vestiaires, des bonnes sœurs immaculées, des enfants en prisonniers, des dandys 1830, des stylistes soviétiques et des stiliagui, des Turcs réformés et des Turcs conservateurs, des Vogueurs prenant la pose, des hôtesses de l’air et des stewards, des lexicographes, des ouvrières victimes de la mode,des adolescents dans leurs miroirs…

« Modes pratiques. Revue d’histoire du vêtement et de la mode » est disponible en librairie. Pour l’instant la périodicité prévue est annuelle, mais il se pourrait bien qu’un numéro deux voit le jour en 2016. « La mode n’est pas quelque chose qui existe uniquement dans les vêtements. La mode est dans l’air, portée par le vent. On la devine. La mode est dans le ciel, dans la rue » disait Coco Chanel. Alors, suivons la.

Musnik Isabelle

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