26 septembre 2016

Temps de lecture : 7 min

Tilt : la plateforme collaborative nouvelle génération

Lancée chez nous en mars dernier, Tilt séduit la France. La cagnotte mobile communautaire est un mélange de Kickstarter, Paypal et Facebook. Elle entend repenser le crowdfunding. INfluencia a rencontré son co-fondateur et CEO.

Lancée chez nous en mars dernier, Tilt séduit la France. La cagnotte mobile communautaire est un mélange de Kickstarter, Paypal et Facebook. Elle entend repenser le crowdfunding. INfluencia a rencontré son co-fondateur et CEO.

« La cagnotte en ligne 2.0 : mobile, facile et 100% gratuite « . Si vous vous demandiez quel genre de plateforme était Tilt, l’auto-définition affichée ostensiblement sur sa page d’accueil vous donne encore plus d’indices que chaque coupable piégé par Colombo. Créée en 2012 aux Etats-Unis par James Beshara et Khaled Hussein (ne le dites pas à Donald Trump Jr, il en avalerait ses Skittles), cette cagnotte mobile veut révolutionner le crowdfunding. Si aucune plateforme de financement participatif ne croît aussi vite dans le monde, Tilt n’est présent pour l’instant que dans une dizaine de pays. Avec près de 70 millions d’euros de fonds levés, cette application hybride mélange de Paypal, Kickstarter et Facebook inscrit ses valeurs fondatrices dans ce monde mobile émergent qui révolutionne le paiement online et la fintech.

La preuve, puisque tilter c’est comme tweeter, le « tilteur » peut lancer une cagnotte ou y contribuer depuis son smartphone en moins de 10 secondes. Conçu comme un réseau social, Tilt entend se démarquer des autres plateformes de crowdfunding en plaçant la communauté au centre de l’activation. En ayant des amis, des followers et des groupes, vous pouvez ainsi suivre les projets de vos communautés et y participer.

« Tilteurs commencent généralement avec des cagnottes classiques comme des anniversaires et des enterrements de vie de garçon, avant de lancer des tilts de plus en plus ambitieux avec les communautés, que ce soit des projets humanitaires, des concerts, rénover un bâtiment dans un village », nous explique James Beshara. Et parce que Tilt permet aussi de vendre des produits (t-shirts, places de concerts…) à ses communautés, moyennant une commission de 2,5%, INfluencia s’est penché sur cette plateforme estampillée nouvelle génération. Nous nous sommes donc assis avec son co-fondateur et CEO lors de son récent passage à Paris, quelques mois après le lancement de Tilt en France.

INfluencia : si nous revenons sur la genèse de Tilt, s’agit-il bien dans l’intention d’une plate-forme de bien social plus que d’une autre plate-forme digitale de mise en relation ?

James Beshara : vous savez ce n’est pas une idée qui m’est venue d’un coup comme une révélation, c’est plutôt l’évolution de plusieurs idées. Mon background est dans le développement international et dans le développement web. Quand je travaillais à Cape Town, j’ai voulu joindre mes deux passions : la technologie et le développement international. Bien avant que le terme crowdfunding existe, je voulais créer une sorte de Facebook des dons, où non seulement tu pouvais donner 20 euros pour une cause mais aussi inviter ton réseau à donner 20 euros. J’ai commencé à travailler sur ma première start-up qui était à ce moment-là sur une niche. Le crowdfunding a commencé à se développer donc je me suis dit qu’il fallait que je me lance. Ma première conviction était que Tilt et son marché avaient un énorme potentiel, ensuite qu’il fallait vite penser à la version mobile et enfin, arriver à la rendre accessible au plus grand nombre, ce qui n’est pas encore le cas. Tout cela m’a amené à cette application simple, concise et sociale. Cela fait aujourd’hui 7 mois que nous sommes en France et on a déjà atteint 15% de nos utilisateurs totaux, sans la moindre campagne marketing d’envergure.

IN : avez-vous inventé un nouveau type de comportement ?

JB : on a pris quelque chose que les humains faisaient déjà et on y a ajouté la technologie. En additionnant le côté mobile, accessible et gratuit on facilite encore plus les choses. Nous voulons créer plus de pouvoir de création collective, aider à ce que les gens se retrouvent et partagent des idées, que ce soit autour d’un cadeau d’anniversaire, de la transformation d’une ville et pour donner un sens plus profond à des petites choses. Aujourd’hui, la plupart des plateformes de crowdfunding ne proposent que des grands projets déjà décidés et souvent très ambitieux, donc limités à peu de personnes. Tilt a été crée pour que tout le monde puisse y accéder et participer comme il le peut.

IN : si vous avez donc amélioré par une technologie accessible un comportement déjà existant, peut-on dire que Tilt constitue une nouvelle alternative de paiement ?

J.B. : tout à fait. Tilt et son interface ont été créées autour du network et du social plus qu’autour de l’argent. C’est bien sûr, tout à fait pensé. On veut que les utilisateurs viennent sur Tilt en se disant « que puis-je faire avec mon argent pour améliorer cette planète « . Une des meilleures choses qu’Internet ait apporté ces dernières années, c’est cette voix collective qui peut informer des milliers de gens en quelques heures sur une cause.

IN : la désacralisation de l’argent que peut induire Tilt va-t-il aider à y développer l’e-commerce ?

J.B. : on fait maintenant évoluer l’application pour qu’elle ne serve pas uniquement à récolter de l’argent mais aussi à vendre des choses dont les recettes vont servir à une cause ou à un événement. C’est aussi un bon moyen pour tester un nouveau produit ou service et se créer des followers. Les marques vont donc pouvoir l’utiliser, tester et créer des produits spéciaux…Tilt requiert que le seuil minimum soit atteint pour libérer le projet donc ça crée une motivation supplémentaire à partager. Cet aspect est très intéressant pour les marques. Nous permettons de tester des nouveaux produits et de nouvelles collaborations tout en ne prenant aucun risque de production puisque si le minimum n’est pas atteint, le projet est annulé.

IN : pourquoi n’utilisez vous jamais le mot crowdfunding quand vous expliquez ce qu’est Tilt ?

J.B. : car on ne veut vraiment pas être associé aux autres plateformes de crowdfunding. On veut que quand les gens se disent « je vais tilter » ce soit une expérience à part, un moment différent. C’est pour cela que nous insistons sur le côté communautaire de l’application -si mon pote voit que j’ai acheté ce t-shirt, il va vouloir aussi l’acheter- car Tilt est assez unique. Notre grande différence c’est qu’on finance avec sa communauté, pas avec une foule d’inconnus.

IN : comment comptez-vous donc continuer d’améliorer les interactions pour rester une plateforme communautaire avant tout ?

J.B. : quand on participe à une cagnotte, on peut avoir une interaction avec tous les autres participants. Le principe n’est pas de se balader sur Tilt pour voir les différents projets, mais plutôt d’aller sur l’application quand on reçoit une notification et d’en sortir peu de temps après. Au début, la périodicité est d’une à deux fois par semaine puis passe à une à deux fois par jour et après tu commences à y aller par toi-même. Mais une fois encore il ne s’agit pas d’aller sur Tilt pour flâner comme on peut le faire sur Kickstarter mais plutôt pour interagir avec les autres. C’est grâce à ce fonctionnement qu’on arrive à avoir de nombreux utilisateurs sans avoir besoin de campagne marketing. On a aussi la possibilité de voir toutes les activités de nos amis, donc de repérer sur quelle campagne ils sont pour pouvoir les rejoindre si on en a envie. Les interactions ne sont pas qu’autour de la somme d’argent de la cagnotte mais aussi sur des idées de cagnotte, de cadeaux, de moyens de lever des fonds…On en revient à la notion de créativité de groupe.

IN : on voit que les réseaux sociaux ont souvent du mal à garder leur communauté de base quand ils deviennent plus gros et se concentrent beaucoup plus sur les revenus. Anticipez-vous déjà ce pendant pernicieux de la croissance économique ?

J.B. : on s’est posé la question quand on a introduit l’e-commerce dans Tilt. Aujourd’hui, il ajoute encore plus de contenu intéressant aux flux. Facebook s’est posé beaucoup de questions sur les dangers d’introduire les photos et on a vu qu’au final cette option a apporté énormément de contenu intéressant. Après la pub c ‘est différent car peu de gens se sont réjouis d’en voir sur Facebook et Instagram. On espère qu’on n’arrivera pas à cette limite, celle où l’utilisateur est ennuyé par la présence des marques.

IN : in fine, sur quels critères jugerez-vous si Tilt est un succès ou un échec ?

J.B. : du seul point de vue de l’application, je pense qu’on peut dire que on a déjà atteint le succès. Maintenant la vraie question est de savoir si on a réussi notre mission. Et pour cela, je pense qu’on a encore de nombreuses années devant nous. J’espère encore travailler dessus dans 30 ans et continuer d’améliorer et de faire grandir notre mission. Plus on y travaille, plus on est fasciné par les perspectives qui s’offrent à nous. En fait, je me dis qu’on ne pourra jamais dire qu’on a vraiment terminé le travail.

IN : il nous semble que trop d’applications sociales vont tuer l’application sociale et que le marché fera un tri. Justement, on parle souvent de l’utilité pour l’utilisateur mais quand est-il de l’utilité sociale d’une l’application ?

J.B. : je pense qu’il y aura toujours de la place pour quelque chose de meilleur. L’être humain est toujours à la recherche d’une meilleure expérience, de plus d’utilité, plus facilement. Après, il y a une limite aux nombres d’applications que quelqu’un peut avoir sur ton téléphone, du nombre d’heures dont on dispose pour se détendre… Mais il y a toujours de la place pour une meilleure version.

IN : en une application, Tilt regroupe les services de plusieurs autres, comme Paypal ou Kickstarter. Est-ce la clé de la réussite ?

J.B. : il y a des applications qui sont utiles et pratiques et d’autres qui jouent plus sur l’expérience. La clé est d’avoir les deux : que l’utile devienne automatisé pour qu’il ne nous reste plus qu’à profiter de l’expérience. Facebook me permet de voir des photos des mes neveux sans que j’ai à envoyer un mail pour les réclamer. Je ne fais que profiter du contenu qu’il m’offre.

IN : est-il envisageable que Tilt puisse servir de plateforme pour des campagnes de pub organiques ?

J.B. : bien sûr, une agence pourrait créer directement un projet de pub en passant par Tilt et en soutenant une association ou une personne. Elle pourrait amener l’idée à une marque qui passerait directement sur Tilt, qui expliquerait que c’est le futur des réseaux sociaux. Il y a des possibilités de créer des expériences uniques de concept et de rassemblement entre utilisateurs, actions sociales et marques via notre interface.

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Adler Benjamin

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