3 novembre 2020

Temps de lecture : 5 min

TF1 et Telfrance : Ici tout commence (et tout arrive), une production télé éco-produite !

Avec Ici tout commence, le feuilleton de TF1 à l’antenne depuis le 2 novembre, Telfrance s’est attaché à déployer largement toutes les solutions d’éco-production aujourd’hui disponibles. Sa productrice Sarah Farahmand détaille les actions mises en place.

Avec Ici tout commence, le feuilleton de TF1 à l’antenne depuis le 2 novembre, Newen s’est attaché à déployer largement toutes les solutions d’éco-production aujourd’hui disponibles. Sa productrice Sarah Farahmand détaille les actions mises en place.

Avec plus de 3,7 millions de télespectateurs, Ici tout commence peut se vanter d’un démarrage en trombe ! Mais ce qui nous intéresse ici, c’est l’art et la manière avec laquelle la société de production Telfrance (filiale de Newen, société de production et de distribution du Groupe TF1) s’est engagée dans l’éco-production. Car comme INfluencia l’expliquait dans l’article sur L’Émission pour la Terre, la production audiovisuelle se soucie de plus en plus de son impact environnemental. Signe des temps donc, Newen a intégré très tôt la démarche d’éco-production, après l’avoir adoptée seulement en cours de tournage sur Demain nous appartient, (feuilleton produit par la même société, que TF1 diffuse depuis juillet 2017) qui a popularisé une partie des comédiens d’Ici tout commence. « Nous avons voulu reprendre cette même exigence pour avoir un tournage le plus écologique et écoresponsable possible », explique Sarah Farahmand, productrice chez Telfrance. Tous les postes d’un tournage peuvent en effet être passés au crible de ces objectifs : le transport et les plans de déplacement, les moyens techniques pour le tournage ou l’éclairage, la sélection des fournisseurs et des produits pour les décors, la restauration, l’habillage et le maquillage, les technologies de post-production…

Réduire, Réutiliser, Recycler

« Ici tout commence se passe dans une école de cuisine. Il n’était pas question de gâcher tous les aliments utilisés par les comédiens pendant le tournage. Les plats cuisinés sont récupérés par les membres de l’équipe, les épluchures données à des poules… », explique la productrice. Une serre installée dans le domaine qui abrite l’Institut Auguste Arman, où se déroule d’histoire, permet de produire une partie des produits utilisés sur le tournage, même si le feuilleton est loin d’atteindre l’auto-suffisance. Pour le complément, les producteurs locaux sont sollicités. Un compost dans le potager complète le système de tri des déchets… Le tournage étant pour l’essentiel réalisé sur un seul lieu – au château de Calvières dans le village de Saint-Laurent-d’Aigouze dans le Gard – la maîtrise des coûts de transport a été facilitée. Beaucoup de trajets peuvent être réalisés à pied ! Eviter les trajets en voiture pour une partie du casting, privilégier le covoiturage ou prévoir des parcs à vélo permet d’économiser du carburant et des véhicules. Les comédiens qui continuent de jouer dans Demain nous appartient n’ont que 70 km à parcourir pour rejoindre l’autre lieu de tournage, à Sète dans l’Hérault. Sur les plateaux, l’éclairage privilégie les ampoules LED. Pour les décors, la production a essayé de favoriser au maximum l’économie circulaire et de recourir aux articles de seconde main ou de réutiliser des décors qui avaient déjà servi dans Demain nous appartient. Les téléspectateurs les plus attentifs retrouveront des éléments du Mas Vallorta, un décor qui a disparu de ce feuilleton, dans les appartements de la famille Armand !

Une pédagogie douce

« Beaucoup d’éléments liés à l’environnement ou l’écoresponsabilité sont entrés dans les mœurs. On constate une vraie demande des équipes, comédiens ou techniciens, pour que les principes que chacun applique dans sa vie personnelle soient appliqués sur le tournage », observe Sarah Farahmand. Le tri sélectif est désormais la règle, des gourdes réutilisables et nominatives ont le plus souvent remplacé les bouteilles d’eau jetables, le vrac est utilisé pour les biscuits ou fruits secs proposés aux équipes… Tout au moins jusqu’à ce que la crise sanitaire ne s’en mêle : « Le Covid n’aide pas à mettre en place toutes les dispositions que l’on souhaiterait car, en ce moment, la priorité consiste à respecter les mesures sanitaires sur le tournage », reconnaît-elle. L’éco-production n’est pas le seul aspect sur lequel les fictions télé peuvent agir en matière d’éco-responsabilité. Ici tout commence a intégré ces thématiques dès l’écriture du scénario et de la « bible », qui définit les caractéristiques des personnages. « On tenait à ce que certains élèves portent des problématiques autour de l’environnement parce nous voulions avoir un feuilleton qui corresponde au monde d’aujourd’hui et que cette pédagogie douce est le meilleur moyen de faire passer les messages », justifie la productrice.

Une serre dans le domaine permet de cultiver certains des légumes utilisés par les élèves cuisiniers du feuilleton.

Xavière Farrer/Ecoprod (*) : « Les postes d’impact doivent être évalués dès la pré-production »

INfluencia : comment évolue l’intérêt des productions audiovisuelles pour l’éco-production ?

Xavière Farrer : nous n’avons pas d’état des lieux exhaustif, mais cette demande arrive à un niveau de maturité qui dépasse largement la démarche volontaire de certains diffuseurs et producteurs. Le secteur est clairement en train de basculer vers des pratiques plus éco-responsables. Ecoprod a permis d’outiller les différents corps de métiers avec des fiches pour faire évoluer ses conditions de production. Le CNC a nommé quatre experts pour faire des recommandations qui permettront de basculer vers des éléments plus incitatifs, voire obligatoires. Différentes évaluations à notre disposition montrent que l’empreinte en gaz à effet de serre du secteur a beaucoup augmenté alors qu’elle aurait dû diminuer, pour se conformer aux critères de l’accord de Paris. Cette industrie s’est beaucoup digitalisée et les équipements sont devenus très gourmands en ressources rares qui risquent de connaître des pénuries, pour certaines d’ici 2030. La pression sur les ressources va générer une pression sur les coûts. Il y a encore de vrais enjeux pour voir comment se construit l’empreinte de la fabrication des œuvres audiovisuelles.

IN : certains aspects de l’éco-production ont-ils plus avancé que d’autres ?

X.F. : il n’y a pas de réticence particulière, mais il est parfois compliqué d’articuler tous les corps de métiers. Au-delà de l’engagement des équipes, la démarche doit donc être conçue le plus en amont possible, dès la pré-production avec une évaluation préalable des postes d’impact. En France, on manque de données pour avoir des évaluations fiables. Carbone Clap relève l’impact de certaines productions, mais ce n’est pas automatique. La BBC a par exemple beaucoup plus de données et peut faire une évaluation de l’impact par programme.

IN : où en est la réflexion sur la labellisation ?

X.F. : L’objectivisation de l’impact passe en effet par la labellisation. Une grille d’appréciation est en cours d’élaboration. Il faut voir notamment quels sont les critères retenus sur les grands postes, qui porte la labellisation et comment on la vérifie.

(*) Xavière Farrer est membre du comité de pilotage d’Ecoprod et par ailleurs responsable de la politique environnementale de France Télévisions. Le collectif Ecoprod  a été créé en 2009 pour faire avancer et fédérer tous les acteurs du secteur de l’audiovisuel et du cinéma en les engageant dans des pratiques environnementales vertueuses. Il forme, sensibilise et met à disposition des professionnels des outils et des guides afin de les aider et de conseiller au mieux dans leur démarche éco-responsable.

La rédaction

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