9 mars 2021

Temps de lecture : 3 min

Sur Internet, les Français « papillonnent » au moment de s’informer

Lundi 8 mars, la fondation Descartes a publié une étude expliquant que les Français passent en moyenne 3% de leur temps sur internet pour s’informer en ligne, soit 4,9 minutes par jour de connexion.

En l’espace d’une trentaine d’années, le champ médiatique a été traversé par une série d’événements majeurs : l’ouverture de l’audiovisuel au privé, l’explosion du nombre de chaînes de télévision, la naissance de France Info puis de chaînes d’information en continu, le développement de sites Internet d’information en ligne, l’apparition des réseaux sociaux… Toutes ces évolutions ont bouleversé le rapport des Français aux médias, en particulier la façon dont ils s’informent. Pour mettre en lumière leurs usages actuels dans leur rituel informationnel quotidien, la Fondation Descartes a publié ce lundi 8 mars une étude aux résultats équivoques. Ses auteurs, Laurent Cordonnier et Aurélien Brest, ont analysé les données de connexion sur internet d’un panel de 2372 personnes représentatives de la population française âgées de plus de 18 ans sur 30 jours consécutifs, du 20 septembre au 19 octobre 2020.

Les Français passent en moyenne 3% de leur temps sur internet sur des sources d’information en ligne, soit 4,9 minutes par jour de connexion. Les comportements d’information en ligne ont été très variables durant toute la période : 17% des participants n’ont consulté aucune source d’information en 30 jours, 46% l’ont fait moins d’une heure, 32% entre une et dix heures et 5% ont passé plus de 10 heures à s’informer sur le web sur l’une des sources d’information francophone reconnue par l’étude. Ont été ainsi retenues 2946 sources d’information francophone -2.295 sites internet fréquentés par plus de 15.000 visiteurs mensuels et 651 chaînes YouTube comptant au moins 15.000 abonnés- identifiés par le logiciel de détection des fake-news Storyzy.

Se disperser pour mieux (?) s’informer

Les participants ont globalement fait preuve de « papillonnage », selon les auteurs de l’étude. Ils ont ainsi dédié en moyenne 1,9 minute à une source d’information et consulté en moyenne 15 sources d’information différentes sur la durée de l’étude. Plus ils « ont passé de temps à s’informer en ligne durant les 30 jours de l’étude, plus le nombre de sources d’information différentes qu’ils ont consultées est important ». Les sources d’information les plus consultées ont été la presse quotidienne régionale, l’actualité sportive et la presse quotidienne nationale. Le classement des 26 sources consultées par le plus grand nombre de participants « est largement composé de médias traditionnels » et représente « 40% du temps d’information en ligne des participants ».

Quelque 39% des participants ont consulté des sources d’informations jugées non fiables au cours des 30 jours de l’étude, durant 40 secondes en moyenne par jour de connexion. Ramené à l’ensemble des participants, « le temps passé sur des sources d’information jugées non fiables représente 5% du temps total d’information en ligne ». Parmi les plus consultées, celles de désinformation généraliste -43%-, les « pièges à clic » qui ont pour but d’augmenter artificiellement le trafic internet et les sources de désinformation en santé. À l’origine de cette étude, la fondation Descartes, fondée en septembre 2019 par Jean-Philippe et Tiphaine Hecketsweiler, respectivement co-fondateur de la société d’investissement HLD et directrice de la communication de Suez. La fondation se présente comme un institut de recherche issu d’une « initiative apartisane, indépendante, citoyenne et européenne ».

Des sources… de quelles sources ?

Pour ce qui est de la couleur politique de ces médias de désinformation, le doute n’est plus permis. Selon une étude menée par l’université de New York et relayée par CNN le 4 mars dernier, les publications mises en ligne par les partisans d’extrême-gauche et d’extrême-droite ont largement pris le dessus sur les autres. Concernant le mode opératoire privilégié par les auteurs, ces derniers se sont portés sur le taux d’engagement, reposant sur l’ensemble des interactions suscitées -nombre de “likes”, de commentaires ou encore de partages- pour établir la popularité d’une publication. Au total, quelque 8,6 millions de publications ont été étudiées afin de les classer dans cinq catégories distinctes : extrême-droite, droite, centre, gauche et extrême-gauche. Un tri était ensuite opéré entre les publications contenant une information authentique et celles qui contenaient une fausse information. Elles ont été publiées entre le 10 août 2020 et le 11 janvier 2021 par 3.000 comptes publiant des contenus d’actualité.

Selon les chiffres calculés, les publications mensongères de l’extrême-droite arrivent largement en tête, avec en moyenne plus de 400 interactions par millier d’abonnés. Elles devancent les publications d’extrême-droite contenant des informations vérifiées, avec environ 250 interactions pour mille. Ces publications ont connu trois pics de popularité : début septembre, le jour du scrutin et le 6 janvier, jour de l’invasion du Capitole. D’après des chiffres étudiés par BFMTV, trois des publications les plus populaires sur Facebook au 6 janvier 2021 émanaient de Donald Trump, qui avait par ailleurs mis en ligne les cinq publications les plus populaires du réseau social début novembre, lors du scrutin. Pour les auteurs de l’étude, la morale de leur rapport est simple : il est nécessaire de comprendre la raison de cette suprématie de l’extrême-droite sur Facebook, notamment s’agissant du rôle des algorithmes de la multinationale dans ce phénomène. Affaire à suivre.

Montagut Sacha

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