16 février 2015

Temps de lecture : 5 min

Stample : le réseau du savoir du peuple, par le peuple et pour le peuple

Si l'analyse de données permet de mieux connaitre la nature et les préférences des consommateurs, pourquoi ne seraient-ils pas les premiers à en profiter ? Partant du postulat que les marques vous connaissent parfois mieux que vous-même, le Français Edward Silhol a créé Stample...

Si l’analyse de données permet de mieux connaitre la nature et les préférences des consommateurs, pourquoi ne seraient-ils pas les premiers à en profiter ? Parce qu’il pense que les marques vous connaissent parfois mieux que vous-même, le Français Edward Silhol a créé Stample.

Face aux big brothers anxiogènes Facebook, Google et Twitter, la résistance s’organise. Camarades internautes, les géants de la toile vous exploitent, ils vous spolient comme aurait dit Arlette ! En France le débat sur la protection et l’utilisation des données privées glanées sur des consommateurs devenus eux-mêmes les produits, gratuité des services oblige, déterre des peurs viscérales. Face aux Goliath de la Silicon Valley, une des contre-attaques émane d’un  » David  » français, Stample, « qui porte une nouvelle vision du numérique dans (nos) vies », dixit son co-fondateur Edward Silhol, artiste visuel qui s’est lancé dans l’aventure en 2011, avec son associé Sacha Roger.

Présentée par un espace de veille collaborative qui permet à ses utilisateurs de mieux analyser les évolutions de leur environnement, de penser l’innovation et de se créer une bibliothèque numérique aux multiples facettes, l’application ouverte en beta public en novembre 2014 porte en elle une mission : changer le monde pour créer un futur meilleur pour les générations à venir. L’ambition pourrait sortir de la bouche d’une candidate de Miss France mais énoncée pat un trentenaire qui estime « qu’il est du devoir de (ma) génération de ne plus créer des sociétés principalement pour faire de l’argent mais pour se soucier authentiquement de l’équilibre des gens et de la planète », elle prend une valeur quasi politique.

Conçu comme un réseau social destiné à l’épanouissement de ses utilisateurs, Stample est « pensé pour vous aider à réussir, pas à passer le plus de temps possible sur nos pages pour vendre vos données dans votre dos, comme le fait Facebook », argue Edward Silhol. Pour une start-up encore en couveuse, l’ambition semblerait presque utopique. Mais c’est bien pour ce qu’elle veut être dans dix ans que ce qu’elle est maintenant que Stample intrigue. INfluencia est donc allé bavarder avec Edward Silhol, l’entrepreneur web qui veut un réseau social du peuple, par le peuple et pour le peuple !

INfluencia : vous présentez Stample comme une réponse à un ras le bol des dérives mercantiles du web. Voulez-vous complètement rendre la Toile et les données qu’elle récolte à ceux qui la tissent ?

Edward Silhol : en quelques mots, voici comment nous en sommes arrivés au statu quo actuel qui moi ne me satisfait pas. Il y a 15 ans, tout le monde avait peur d’acheter sur Internet. On se figurait et assez justement d’ailleurs, qu’une fois notre numéro de CB enregistré dans une base de données n’importe où, c’était la porte ouverte à toutes sortes de fraudes. Pour contrebalancer cette résistance, les entrepreneurs ont inventé de nouveaux modèles économiques, basés sur la gratuité apparente du service, la publicité ciblée et la revente des données personnelles des utilisateurs. C’est ce qui a permis l’émergence des Google, Facebook et autres, qui ont construit des monopoles et semblent aujourd’hui indétrônables. Pourtant, ils imposent un nivellement par le bas de l’expérience de leurs utilisateurs.

Pour l’illustrer, imaginez ceci : vous êtes au cinéma pour voir un bon film et toutes les 10 minutes, il est interrompu par un spot publicitaire. Les géants du numérique sont devenus des empires du marketing et les derniers bastions d’une société de consommation aujourd’hui périmée. Il s’agit là d’un problème d’asymétrie de l’information: les utilisateurs sont amenés à révéler tout sur leur vie, sans s’en rendre compte, et leurs profils psychologiques sont calculés et exploités dans leur dos. C’est sur ce point fondamental que nous proposons une alternative. Si l’analyse de données permet de mieux connaitre notre nature et nos préférences, c’est nous qui devrions en bénéficier.

INfluencia : que propose donc exactement Stample depuis le lancement de sa beta publique en novembre 2014 ?

Edward Silhol : Stample propose un espace social en ligne qui n’est pas basé sur l’exploitation des données de ses utilisateurs. Pour reprendre la métaphore citée plus haut, ceux qui le souhaitent pourront continuer à regarder les programmes truffés de pub à la télévision, mais les plus exigeants auront une alternative de qualité. Bien évidemment, il ne s’agit pas de faire un nouveau Facebook – nombreux sont ceux qui ont essayé et échoué. Nous construisons le réseau social du savoir, qui répond à d’autres besoins que ceux qui sont couverts par les réseaux sociaux actuels.

Dès aujourd’hui, les communautés peuvent utiliser Stample pour réaliser des appels à contributions, invitant leurs membres à contribuer à des collectes d’informations et à procéder à une sorte de crowdsourcing de données qualifiées. Avec une certitude essentielle: ces données ne seront jamais revendues à des tiers. Stample permet donc à chacun de créer une bibliothèque numérique aux multiples facettes, d’enrichir leur environnement de savoir en bénéficiant de la recommandation et de la « contextualisation » de ses pairs.

INfluencia : votre discours est séduisant sur le papier, mais concrètement Stample sera-t-il en mesure d’assumer ces ambitions presque utopiques ?

Edward Silhol : soyons clair, c’est une grande ambition et un programme d’innovation qui s’étend sur plusieurs années. Nous sommes encore loin d’avoir développé le niveau de service que nous souhaitons offrir à nos utilisateurs. Mais nous avançons sans relâche. Concrètement nous avons déjà créé des espaces qui sont par défaut privés. On y importe du contenu depuis n’importe quelle page web (via notre clipper), des fichiers depuis son ordinateur, des notes prises dans l’interface. On peut partager ces espaces avec ses collaborateurs, à plusieurs niveaux selon le besoin (lecteur, éditeur, administrateur). On peut ajouter des tags, des rappels, surligner les contenus et ajouter des notes pour les « contextualiser » et faire gagner du temps à toute son équipe, commenter et mentionner les autres utilisateurs pour les notifier, et ainsi de suite… Cela permet de gérer intuitivement des flux, et de capitaliser collectivement sur le savoir créé.

INfluencia : capitaliser un savoir collectif pour innover, voilà qui intéresse autant les consommateurs que les marques. Stample serait-il un outil qui permet aux deux de prendre le pouls d’une société en mouvement perpétuel ?

Edward Silhol : la veille et l’innovation aujourd’hui ne sont plus des options. Tous les secteurs de l’économie sont en passe d’être uberisés, c’est à dire fondamentalement redéfinis. Les cartes sont redistribuées quotidiennement. Ceux qui ne surveillent pas l’impact de la transformation numérique dans leur métier vont rester sur le bord de la route. De l’autre côté, ceux qui adoptent une logique d’innovation, qui mettent en place des processus d’intelligence collective, d’analyse du feedback, prennent une avance considérable.

Je parle depuis le début d’un usage professionnel, mais la gestion du savoir concerne tout le monde. Nous voyons tous que de nombreux métiers vont être remplacés par des robots, y compris des métiers très qualifiés. La vraie compétence du XXIème siècle, c’est la fluidité. Percevoir le mouvement de la société et s’en inspirer pour se réinventer, en permanence.

INfluencia : vous allez encore développer quelques fonctionnalités sociales essentielles d’ici fin mars, lesquelles ?

Edward Silhol : prochainement, nous allons permettre aux éditeurs de proposer des bibliothèques publiques auxquelles les utilisateurs pourrons s’abonner, composant ainsi leur propre moteur de recherche. Cela permettra d’une part de remplacer les newsletters qui font déborder nos boites mail, mais aussi et surtout, de créer un lien beaucoup plus fort entre les éditeurs et leurs lecteurs. Les éditeurs, en effet, n’auront plus à se préoccuper de la visibilité globale de leurs contenus pour remonter dans les résultats de recherche de ceux qui leur font confiance. Nous allons aussi intégrer des fonctionnalités de gestion des contacts, d’interaction directe entre utilisateurs et de gestion du temps, et des outils statistiques permettant aux utilisateurs de disposer d’un tableau de bord complet et de piloter sereinement leur vie numérique.

Adler Benjamin

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