21 décembre 2011

Temps de lecture : 2 min

La société de la fin du monde

C’est officiel, dans un an c’est la fin du Monde. Ce compte à rebours morbide révèle deux choses: une perte de sens généralisée et la volonté farouche de se sentir vivant. Par Thomas Jamet...

Nous entrons dans un changement d’ère qui s’annonce riche de changements. Mais n’ayons pas peur. L’époque que nous vivons est la fin d’une parenthèse, celle qu’a représentée la civilisation moderne. D’autres valeurs sont en train de s’imposer, fortement influencées par notre environnement technologique. Le fait digital nous fait en effet vivre de manière plus intense qu’auparavant. Les médias digitaux permettent à présent de vivre l’émotion de manière intense, forte et connectée. Ils sont de très puissants véhicules narratifs et nous nous rendons de plus en plus compte qu’ils nous aident à assouvir l’un de nos instincts les plus primaires et essentiels : nous raconter des histoires, créer des récits pour ne pas avoir à affronter la réalité.

Les mythes naissent de ce sentiment et les histoires inventées, l’inconscient collectif nous poussent instinctivement à nous raccrocher à des univers narratifs et à les relayer. Cette soif narrative ne disparaîtra pas et sera même renforcée à l’avenir par les médias digitaux qui accélèreront de plus en plus ce processus de storytelling. Tant que subsiste cet instinct, les récits ont de beaux jours devant eux. Nous pouvons être sûrs que nous aurons encore longtemps besoin de vivre le désir de nous sentir vivant et de remplir le « temps mort » dont parle le philosophe Mircea Eliade. Ce besoin de se sentir vivant nous fait appréhender le monde de manière différente. C’est sans doute une des raisons pour laquelle nous ressentons le besoin de nous inventer des histoires et des comptes à rebours de fin du monde.

Avec la fin des grands récits et la fragilisation de la civilisation judéo-chrétienne, l’Occident ressent un sentiment très fort de perte de repères. La notion de “vérité absolue” placée dans des grandes religions ou une croyance en l’Etat-Nation a disparu. C’est ce que la philosophe Chantal Delsol met en exergue dans son essai “L’âge du renoncement”, sorti cette année. Pour cette dernière, l’observation de notre époque nous permet de remarquer que nous avons arrêté de chercher la vérité, nous réfugiant dans un quotidien et un présent que nous investissons de valeurs sacrées.

Nous nous serions en effet résignés et aurions abandonné la volonté d’avoir raison par une recherche de consensus permanent.Cet état de fait n’est pas sans rappeler l’état d’esprit des civilisations qui ne sont pas dominées par un monothéisme régnant en maître, détenteur de toute vérité. Cette fin de la vérité est un sentiment qui n’est pas très éloigné de la théorie de « fin de l’Histoire » portée par Hegel, Kojève ou plus récemment Francis Fukuyama dans “La fin de l’Histoire et le dernier homme” (1993), à la différence que la période que nous vivons ne porte pas les germes d’une fin de l’histoire, mais d’un retour à une religiosité diffuse, présente partout.

La fin des grandes religions n’est pas marquée par une désacralisation mais au contraire par une remontée du fait religieux. Les communions de masse comme les concerts de Lady Gaga ou les grands matchs de football, les objets indispensables de notre quotidien comme l’iPhone ou encore les réseaux sociaux sont devenus les réceptacles parfois vains ou futiles de notre capacité à croire. Dans un monde sans vérité, la foi surgit partout. Y compris dans les histoires de fin du monde, un certain 21 décembre 2012, qui porte en germe notre besoin de religiosité et qui nous font paradoxalement nous sentir vivants.

Thomas Jamet – NEWCAST – Directeur Général / Head of Entertainment & brand(ed) content, Vivaki (Publicis Groupe)
www.twitter.com/tomnever

Thomas Jamet est l’auteur de « Ren@issance Mythologique, l’imaginaire et les mythes à l’ère digitale » (François Bourin Editeur, en librairie le 15 septembre). Préface de Michel Maffesoli.

La rédaction

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