15 novembre 2016

Temps de lecture : 3 min

Le seul film dont il faut empêcher la sortie

Un génocide se prépare au Burundi. La FIDH lance une campagne choc #StopThisMovie. imaginée par l’agence We Are Social, qui reprend les codes du cinéma pour sensibiliser le grand public à ce risque imminent et interpeller les Nations unies.

Un génocide se prépare au Burundi. La FIDH lance une campagne choc #StopThisMovie. imaginée par l’agence We Are Social, qui reprend les codes du cinéma pour sensibiliser le grand public à ce risque imminent et interpeller les Nations unies.

Dix ans après la fin de la guerre civile au Burundi, le pays a de nouveau sombré dans la violence. Il se divise une fois de plus et les démons du passé ressurgissent. Le rapport “Répression aux dynamiques génocidaires” dévoilé par la Fédération Internationale des Droits humains et basé sur un travail de documentation et d’analyse de plusieurs mois, mené avec la Ligue ITEKA (organisation de défense des droits humains au Burundi), prouve que des crimes extrêmement graves sont actuellement commis: meurtres, enlèvements, disparitions, tortures, viols et détentions massives, les directives venant du plus haut sommet de l’état. Le 1er novembre 2015, le président du Sénat, Révérien Ndikuriyo, déclarait ainsi devant ses partisans et des miliciens : « Si vous entendez le signal avec une consigne que ça doit se terminer, les émotions et les pleurs n’auront plus de place ! Vous devez pulvériser, vous devez exterminer ces gens (…) Attendez le jour où l’on dira « travaillez », vous verrez la différence ! ». Des propos qui glacent le sang. « Travaillez » était en effet le terme utilisé en 1994 lors du génocide au Rwanda pour désigner le fait de tuer les Tutsi, rappelle la Fédération Internationale des Droits humains. « Le gouvernement a recours à une propagande fondée sur une idéologie ethnique. Il assimile les opposants, les membres de la société civile, les journalistes, et les Tutsi à des ennemis du régime. Des ennemis qu’il faut éliminer. La dynamique génocidaire est en marche : des unités d’élite ainsi que des milices sont utilisées pour réprimer les opposants », souligne le rapport.

Le Burundi vient par ailleurs de rompre sa coopération avec les Nations Unies et de se retirer de la Cour Pénale Internationale. « Nous avons hélas eu confirmation de cette politique, le Sénat a envoyé une circulaire demandant à toutes les administrations publiques d’établir la liste de toutes les répartitions ethniques », ajoute Isabelle Chebat, directrice de la communication de la FIDH. Cette situation n’est pas sans rappeler les événements au Rwanda. La FIDH avait déjà alerté sur un risque de génocide dans le pays avant cette tragédie.

Un déploiement sur le modèle des blockbusters

Avant qu’il ne soit trop tard, la FIDH a donc décidé de sensibiliser le grand public et d’interpeller les Nations Unies et a fait appel à l’agence We are Social. « Nous avions une double contrainte : attirer l’attention du grand public sur des évènements très lointains dans une période déjà très sombre avec tout ce qui se passe à l’intérieur comme à l’extérieur de nos frontières et ne pas parler de génocide », explique Sandrine Plasseraud, présidente de We Are Social. D’où l’idée d’une bande annonce d’un film fictif, Génocide au Burundi (voir ci-dessous). Un film qui ressemble à s’y méprendre aux nombreux longs métrages qui font écho aux tragédies africaines : Hôtel Rwanda, Le dernier Roi d’Écosse, Johnny Mad Dog, etc. Et de fait, la situation au Burundi, si elle venait à empirer, pourrait, elle aussi, faire l’objet d’un film dans un futur proche…

Cette bande annonce est ainsi celle du « Seul film dont il faut empêcher la sortie ». Et le réalisateur sur l’affiche n’est autre que Pierre Nkurunziza, le président du Burundi. « En jouant sur les codes du cinéma, un média qui parle au grand public, nous voulons interpeller le plus grand nombre. », souligne Isabelle Chebat. #StopThisMovie sera donc présenté sur le site AlloCiné, comme s’il s’agissait d’un vrai blockbuster et également diffusé, pendant une semaine, sur un écran de Times Square à New York, à partir d’aujourd’hui, ainsi que dans de nombreux cinémas français, à l’instar d’un trailer classique. « Nous utilisé un dispositif media étendu, notamment sur les réseaux sociaux », ajoute Sandrine Plasssereau. La FIDH interpelle notamment de nombreuses personnalités du cinéma avec des messages personnalisés :

.@OmarSy Au #Burundi les forces du régimes restent Intouchables.SVP partagez la vidéo pour #StopThisMovie pic.twitter.com/VqtE7Mz8BG
— FIDH (@fidh_fr) 15 novembre 2016

À la fin du trailer, les internautes sont invités à signer une pétition en ligne, rédigée par Anschaire Nikoyagize, président de la ligue ITEKA, demandant aux Nations unies le déploiement d’une force de maintien de la paix pour mettre fin aux crimes commis et éviter un possible génocide.

.@lucbesson Il y a certains scénario qui ne devraient pas exister.SVP Partagez la vidéo et le #StopThisMovie# Burundi pic.twitter.com/QULU3d5im5
— FIDH (@fidh_fr) November 17, 2016

Musnik Isabelle

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