17 mars 2011

Temps de lecture : 3 min

Le sens de l’Apocalypse

Les catastrophes en chaîne au Japon suscitent des réactions assez incroyables sur Internet, dans la classe politique américaine et japonaise. Certains y voient une vengeance de l’attaque nippone sur Pearl Harbour ou même une punition divine. On trouve un sens à l’impensable comme on peut!

«Remember Pearl Harbour? Go Tsunami Go». Ces propos, plus que choquants, ont été tenus sur Facebook par un Américain, qui comme bon nombre d’autres utilisateurs du réseau social aux USA, s’est ouvertement réjoui du séisme frappant l’archipel nippon. Un phénomène qui a fait beaucoup parler un peu partout dans le monde, repris même par des personnalités comme 50 Cent qui s’est ouvertement moqué du tremblement de terre sur Twitter.

Beaucoup ont ainsi rejeté toute aide au peuple japonais au nom de la vengeance («Dear Japan, Enjoy your tsunami, sincerely, Pearl Harbour»). Un sentiment de haine qui s’est exprimé sur la toile et qui exprime parfaitement ce que Machiavel appelait «la pensée de la place publique». Ces statuts agressifs en disent en tous cas long sur l’état d’esprit et la trace indélébile que laissent des épisodes historiques dramatiques dans la mémoire collective.

De tout temps, l’homme a toujours trouvé un sens à l’impensable comme il le pouvait. En l’occurrence, face à l’impensable et à l’insupportable de la situation au Japon, d’autres se réfugient dans des explications plus ou moins rationnelles. Pour certains, le tremblement de terre, le tsunami et la catastrophe nucléaire japonaise serait le signe annonciateur de la fin du Monde.

Une arithmétique morbide prouverait ainsi que les prédictions concernant 2012 commenceraient à s’appliquer maintenant (la somme de 11/09/2001 et de 10/03/2011 ferait 21/12/2012, la date présumée de la fin du monde selon une prétendue exégèse du calendrier Maya).

Pour d’autres comme le polémiste américain très conservateur Glenn Beck, il s’agirait d’une punition divine.
L’animateur de FOX News a ainsi déclaré «Je ne dis pas que Dieu est à l’origine des tremblements de terre. Ce que Dieu fait, c’est l’affaire de Dieu. Mais je vais vous le dire, que vous l’appeliez « Gaia » ou « Jésus », il ya un message qui est envoyé. Hey, vous savez ce genre de choses que nous faisons? Ce ne fonctionne pas vraiment. Peut-être que nous devrions cesser de faire certaines choses» .

Les récents propos du gouverneur de Tokyo Shintaro Ishihara sont assez similaires.

Il a déclaré à la presse au lendemain de la catastrophe que ce désastre était une «punition divine pour l’égoïsme des Japonais », évoquant des punitions divines telles que celles de Sodome et Gomorrhe, et l’Apocalypse. Il est vrai que l’Apocalypse de Saint Jean est assez inspirante:
«Puis, je vis l’Agneau ouvrir le sixième sceau ; survint alors un grand séisme, le soleil noircit comme tissu de crin, la lune entière devint rouge sang, et les étoiles du ciel se mirent à choir sur terre, comme les fruits verts que laisse tomber un figuier secoué par gros vent; le ciel se retira comme une bande de papyrus qu’on enroule, et toutes les montagnes et les îles furent délogées de leur cité (…) Dérobez-nous au visage de Celui qui trône et à la colère de l’Agneau, parce qu’est arrivé le grand jour de son courroux, et qui peut tenir bon? »…

Mais il importe de s’attarder sur le vrai sens du mot «Apocalypse». Rappelons qu’Apocalypse signifie «mise à nu», «révélation», et non pas catastrophe. On peut certainement voir dans les interprétations hâtives, illuminées, haineuses ou irrationnelles la recherche d’un sens à ce qui se passe.

Mais quand rien n’a de sens à proprement parler, et que l’accident, le séisme ou la catastrophe nucléaire n’ont pas d’autre raison que l’accident (littéralement «ce qui arrive»), vers quel Saint se vouer?

Il faut à ces moments-là se rendre compte de notre propre vulnérabilité mais également de notre propension à créer des choses qui se retournent contre nous, comme l’a très bien analysé un Paul Virilio, ou encore une Hannah Arendt pour qui «le progrès et la catastrophe sont l’avers et le revers d’une même médaille», ce qui s’appliquerait assez à la situation dans les centrales nucléaires nippones.

L’Apocalypse et la «révélation» dont nous devons alors parler est sans doute bien plus celle d’une révélation, de la prise de conscience d’être un danger pour nous-mêmes, plutôt que d’une soi-disante punition divine. Laissons des crises telles que celles que nous connaissons nous éclairer sur la marche à suivre, et sur le chemin à parcourir.

Winston Churchill disait que «l’optimiste est quelqu’un qui voit une chance derrière chaque calamité», ce qui est une citation à l’état d’esprit très japonais.

Thomas Jamet – NEWCAST – Directeur Général / Head of Entertainment & brand(ed) content, Vivaki (Publicis Groupe)
thomas.jamet@vivaki.com  www.twitter.com/tomnever

La rédaction

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