31 mars 2014

Temps de lecture : 5 min

Les selfies interdits en France à horizon 2015 ?

Coup de tonnerre chez les collégiens, les adeptes du « duck face » et du star system : La France envisagerait, pour cause d'abus de certains droits à la personne, d'interdire les selfies sur le Web d'ici début 2015…

Allons-nous assister à la fin d’une tendance majeure des réseaux sociaux ? La chasse aux selfies menée par des élus de différentes tendances a commencé et difficile de dire où elle va s’arrêter… Une proposition de loi va être présentée par un groupe parlementaire mixte rassemblant majoritairement des élus de l’UMP,du Parti Socialiste et de l’UDI. Cette action fait suite à plusieurs rapports et mises en garde émis par l’OMS (Organisme Mondial pour la Santé) sur une augmentation conséquente, en France, des cas de dysmorphobie (+300 %). Une pathologie qui développe la peur d’être laid… Ils ont trouvé leur point d’orgue récemment avec la tentative de suicide du jeune anglais Danny Bowman, 19 ans devenu accro aux selfies (200 par jour).

Dégradation de l’image personnelle, incitation aux moqueries, renforcement de l’égocentrisme, autant d’éléments pointés du doigt par l’OMS provoquent, selon les individus, « une hausse des tendances suicidaires » ou au contraire un sentiment de surpuissance et d’écrasement d’autrui.

Les selfies, un danger pour la santé ?

Un constat partagé par les ostéopathes.  » Nous observons une hausse des pathologies touchant les vertèbres cervicales, en particulier les C4, C5 et C6, fortement sollicitées lors des duck face  » précise Luc Chatillard, président de l’association des ostéopathes de France, rappelant au passage que les orthodontistes ont déjà démontré l’impact de réaliser plus de 6 duckface par jour sur la structure dentaire. L’autre pathologiee, souligné par le professeur Chatillard, qui se développe elle aussi fortement, est liée à celle du désaxage trapezo-platien provoqué par l’allongement régulier d’un bras loin devant le corps, non compensé par l’autre bras. Au programme : douleurs sourdes à répétition, inflammations, nécessitant parfois des immobilisations forcées.

Les spécialistes santé ne sont pas les seuls à s’élever contre cette tendance et à approuver le projet de loi. Des avocats fiscalistes -on le rappelle, plusieurs dizaines de condamnations ont été prononcées en 2013 à l’encontre de clients géolocalisés sur des selfies, à l’image de l’affaire Johnny Hallyday – ont aussi « plaidé » pour une loi dissuasive sur le sujet. Et bien d’autre corps de métiers approuvent, comme les professeurs d’université qui ont été les premiers à tirer la sonnette d’alarme. Une inquiétude justifiée par une récente étude de Forrester qui stipule que 145 000 heures de cours ont été perdues sur l’année 2013 par manque de concentration et absentéisme répété…

La loi compte aussi lutter contre les tendances abusives comme le Homeless Selfie qui humilie les SDF pris en photos à leur insu… Ou bien encore cette mode du selfie sur des lieux sérieux ou pendant un désastre… Pour Benoit Argent, Président de la Fédération Française de Selfie (FFS) le coup est rude : « Jamais nous n’aurions imaginé en arriver là… Certes, il y a certaines pratiques abusives, mais de là à interdire le selfie qui est même devenu une passion pour certains, cela a de quoi effrayer… J’ai l’impression de vivre dans un pays sans liberté… J’ai mal à mon selfie… »

Comme l’analyse le Docteur Berte Dago, selfiologue à Paris dont la thèse « Selfie ou mourir » a reçu un écho favorable par la communauté scientifique :  » Les selfies, du latin selfium qui veut dire, image faussement positive donnée de soi, sont en train d’atteindre la phase de désillusion prédite par le courbe de Gartner ( voir l’image ci dessous). Dépassant l’usage par de simples initiés et démocratisés trop vite pour avoir le temps de bien les appréhender, les selfies nous reviennent en pleine figure, le temps que la société trouve des solutions pour les intégrer, les digérer « .

La courbe de Gartner

Cette volonté d’interdiction est-elle réaliste ? Peut-elle réellement aboutir ?

Plusieurs pistes sont à l’étude, mais celle qui retient à date l’attention des politiques consiste en une technologie à base de reconnaissance d’image qui serait implantée par défaut sur tous les téléphones équipés d’une caméra. L’utilisateur sera invité à prendre une photo de lui lors de la première utilisation, et cette image de référence sera par la suite comparée à celles prises ultérieurement. Les photos que l’algorithme de reconnaissance considèrera alors comme des selfies (présence du propriétaire, inclinaison de l’appareil, convergence des regards, forme de la bouche, présence de corps dénudés…) seront alors automatiquement censurées et intransférables sur les plates-formes sociales.

Ce marché, estimé à plusieurs millions d’euros, aiguise déjà les appétits des développeurs de logiciels spécialisés, à l’image du chinois XianNov ou du russe Vladtech

À la suite de cette annonce, les levées de boucliers n’ont pas tardé.  » Un coup de canif absolu à la liberté d’expression « , s’insurge Reporters sans Frontières.  » Inacceptable « , jugent plusieurs associations étudiantes réunies dans un collectif baptisé « Touche pas à mon Selfie ».  » Une insulte à la liberté individuelle et au droit de propriété  » tonnent les principaux fabricants de smartphone, qui organisent déjà la riposte…  » Nous sommes conscients de l’émotion provoquée par cette annonce « , reconnait la présidence du groupe parlementaire,  » mais nous ne doutons pas que les esprits s’apaisent pour discuter autour d’une table des meilleures solutions à apporter « .

Raphael Legrand

Réaction de Jérémie Malselfenheï de l’agence Dagobert à la tête du nouveau département dédié au selfie : le Dagoselfie

Le selfie doit-il être interdit ?

Jérémie Malselfenheï : Non, bien sûr que non. Il s’agit d’un affront total au principe même de liberté d’expression dont la France s’enorgueillit si souvent. L’idée, avancée par certains, de passer un permis pour avoir l’autorisation de réaliser des selfies est elle aussi tout simplement ridicule. C’est un refus franc et massif que nous devons adresser dès aujourd’hui aux parlementaires. Partout dans le monde, des soutiens voient d’ailleurs le jour : des combattants syriens sur Twitter (qui se photographient sous le hashtag #FreeSelfies) aux Femens (sous le hashtag à succès #Selfboobs). Ne nous laissons pas faire : indignons-nous !

Ne sommes nous pas face à un conflit générationnel avec des détracteurs incapables de comprendre les nouveaux usages des réseaux sociaux ?

Jérémie Malselfenheï :  Une récente étude Forester indiquait que seuls 12% des plus de 50 ans savaient débloquer correctement un iPhone. Ce chiffre chutait à moins de 5% chez les plus de 60 ans. Petit rappel : l’âge moyen des députés en France s’élève à 59 ans, celui des sénateurs à 65 ans… SMS, chat, Snapchat, Vine : autant d’usages que nos décisionnaires connaissent peu et comprennent encore moins. Il est donc urgent de faire bouger les lignes. Aussi, à l’image de 100000 entrepreneurs.com qui vise à sensibiliser les plus jeunes à l’entreprenariat par des rencontres dans les écoles avec de vrais entrepreneurs, je lance un appel aux acteurs du digital pour créer 100000digitaliseurs.com pour expliquer, au cœur même des lieux de pouvoir, les enjeux et usages du digital.

Quel problème marketing et de com, la disparition des selfies pourrait-elle engendrer ?

Jérémie Malselfenheï : Nier le Selfie, c’est nier le droit à la valorisation de soi, à l’égocentrisme, au culte de la personnalité. C’est nier l’essence même du Paraitre, fondement de toute société moderne. L’interdiction des selfies porterait mécaniquement un coup fatal à toute une partie de l’économie. À quoi bon acheter des vêtements hors de prix s’il devient impossible de les montrer ? Pourquoi sortir dans un bar s’il est impossible de partage ce moment auprès de son réseau de fans d’amis ? Quelle utilité d’aller suer en salle de sport si l’on ne peut s’en enorgueillir ensuite ? Interdire le Selfie, c’est ni plus ni moins mettre en place la politique de décroissance prônée par certains. Tout simplement irresponsable en cette période de crise économique.

La rédaction

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