2 janvier 2022

Temps de lecture : 10 min

Sarah Lelouch et Joël Girod (LA DCF) lancent le KlapCoin

Libérer le cinéma français de son carcan de financements traditionnels, telle est la mission de La DCF (La Diversité du Cinéma Français) société indépendante privée que vient de créer la productrice Sarah Lelouch avec les financiers Joël GirodSabine Tellier et Fabien Berger. Comment? En finançant le développement, des œuvres audiovisuelles françaises grâce à une nouvelle cryptomonnaie : le KlapCoin. La parole à Sarah Lelouch et Joël Giraud qui font le tour de la question cinéma, réalité économique et modernité  pour INfluencia.

INfluencia : La DCF (Diversité du Cinéma Français) vient à la rescousse du cinéma français à l’heure où ce dernier doute plus que jamais, ( COVID oblige, mais pas seulement) de pouvoir exister comme avant… Est-ce la pandémie qui vous a poussé à concevoir ce projet ?

Sarah Lelouch: de mon côté, je réfléchissais pour ma société de productions Watch’Us à de nouvelles manières de financer le développement de films. En discutant avec Joël Girod, nous étions convaincus bien avant la pandémie, qu’il fallait créer un mode de financement alternatif, moderne, partant de la phase du développement des oeuvres cinématographiques en France. La crise sanitaire est venue amplifier la problématique, et achevé de nous convaincre de la nécessité de déverrouiller un système qui n’est plus adapté aujourd’hui. En effet, la cryptomonnaie fait désormais partie du monde de l’art, du sport, pourquoi pas le cinéma?

Joël Girod : La DCF a été créée initialement pour répondre à un besoin de financement spécifique à l’industrie de l’audiovisuel, celui du développement. Pour faire simple,  le développement se situe en amont, à la mise en production. C’est le temps consacré à la préparation des œuvres audiovisuelles, du concept au scénario définitif avec l’estimation d’un prévisionnel du coût du film. Le succès de la préparation est donc essentiel si on veut produire des films de qualité qui ont un jour une chance de rencontrer leur public. C’est sur ce sujet que nous avons planché avec Sarah. Trouver de nouvelles façons de produire du cinéma grand public, lancer de jeunes auteurs, sortir de l’entre soi, de ce système ou disons-le, le CNC ne défend jamais un projet grand public…

IN. : Ce sont donc en grande partie, les systèmes d’aides au développement (CNC, soficas) poussiéreux, qui ont abouti à la création de KlapCoin ?

J.G. : le budget que représente le développement, phase essentielle pour des œuvres de qualité, première étape de la création des films ou des séries, est tombé de 5% des frais de production à 3%. Et cette baisse va se poursuivre. Les aides publiques attribuées au développement risquent fort de diminuer encore compte tenu des contraintes budgétaires que nos institutions vont devoir intégrer plus que jamais. Déjà avant la pandémie, en décembre 2018, le président du CNC réclamait un encouragement des initiatives privées pour soutenir le Cinéma français. On peut considérer légitiment que la situation s’est aggravée depuis lors.

en décembre 2018, le président du CNC réclamait un encouragement des initiatives privées pour soutenir le Cinéma français

Les SOFICA, quant à elles, sont une solution privée de financement qui existe depuis 36 ans. Leur collecte est réalisée auprès d’investisseurs à la recherche de réduction d’impôt. Ces sociétés interviennent comme un mode complémentaire de financement de la production. Reste que seulement douze SOFICA sont autorisées par l’Etat à lever 63 millions (maintenant 73 millions d’euros) ce qui matériellement ne peut pas engendrer des montants très élevés au développement quand on voit ce que coûte la production moyenne d’un film.

S.L. : C’est effectivement à cette faiblesse de réponse publique ou privée et au besoin fondamental de financement du développement des œuvres audiovisuelles françaises que La DCF intervient aujourd’hui avec KlapCoin.

IN. : Joël Girod, vous êtes « le financier » de cette aventure avec 20 ans de BNP Paribas derrière vous. Vous dites les banques frileuses à l’égard du cinéma. Votre rôle est central, au sein de la DCF et de Klapcoin…

J.G. : comme Sabine Tellier et Fabien Berger, les autres associés de La DCF en charge des questions économiques, j’ai acquis une partie de mon expérience financière en occupant des fonctions de direction, notamment durant deux décennies, au sein du groupe BNP PARIBAS Assurance. En décidant de faire évoluer ma carrière vers la production audiovisuelle, j’ai constaté les similitudes marquées entre mes anciennes fonctions et les problématiques rencontrées pour fabriquer un produit audiovisuel qu’il faut vendre après avoir fait financer la partie création qui vient elle-même après une période de R&D. De fait,  lancer un produit ou une prestation destinés à une cible retail, avec les coûts engendrés par ce type de chantier, nécessite une conviction du « financeur » quant aux débouchés commerciaux représentés par cette opération et les retours sur investissement prévisionnels raisonnables dans un délai « x ». Pour une banque, soutenir un long métrage dont la vocation est d’être vu principalement dans des salles de cinéma et qui va devoir trouver sa place parmi la vingtaine d’œuvres qui sortent tous les mercredis dans les salles de notre pays est une gageure majeure. Les banques sont naturellement prudentes, et accueillent avec un certain recul les sollicitations de producteurs qui réclament du crédit pour boucler le reste à financer d’un projet de film. Et l’entonnoir de diffusion publique provoqué par le confinement ainsi que la difficulté actuelle de refaire le plein dans les salles de cinéma justifient évidemment les préventions des établissements de crédit dans ce domaine. D’ailleurs, pour être tout à fait exact, le recours à son banquier n’est pas la principale façon de chercher du financement dans le système de production en France. Les minimums garantis des distributeurs, les préachats des chaînes et les subventions publiques, comptent plus que la recherche de crédit dans le budget global de financement. Il s’agit donc pour nous de trouver d’autres bailleurs de fonds privés plutôt que de tenter de solliciter des banques pour soutenir le développement audiovisuel, d’autant que cette zone de la création est, avec la distribution, celle qui est la plus risquée économiquement parlant.

IN. : votre objectif est, dites-vous de soutenir le cinéma populaire français, pourtant d’aucuns estiment qu’il y a beaucoup de films produits sans grand intérêt… ou bien justement qui s’adressent à un petit public ?

J.G. : notre objectif est de soutenir le développement du cinéma de genre, pris dans toute sa diversité de contenus (comédie, action, thriller …) et de formats (longs métrages, séries…).

IN. : quid du cinéma d’auteur?

S.L. : le film d’auteur, qui a un rôle artistique à remplir, continuera à s’exprimer et à trouver son financement, notamment auprès des institutions publiques. Notre ligne en  tant qu’entreprise privée qui doit réaliser des profits, notamment pour les investisseurs qui nous font confiance, est de soumettre au comité de sélection de La DCF, et ce de façon assumée, des projets dont les thèmes ont vocation selon nous, à plaire au grand public.

IN. Pensez-vous que la façon de faire du cinéma en France pêche par une absence de projets cinématographiques exigeants, et dans ce cas quels seront vos critères de sélection pour pousser les projets qui valent le coup ?

J.G. : les projets exigeants sont nombreux, dans le cinéma Français actuel, les  artistes et les techniciens  talentueux et les compétences époustouflantes. Ce qui pêche clairement c’est la phase préparatoire des films  généralement insuffisamment appréhendée au plan économique dans le contexte de production actuelle…

S.L. : Ce qui manque réellement aujourd’hui ce sont les fonds pour bénéficier d’oeuvres très bien préparées. C’est pourquoi nous sommes convaincus que proposer des produits développés « clé en main » à des maisons de production constitue  une proposition qui doit séduire notre industrie.

Comme le dit le président d’honneur du Comité de sélection de La DCF et notre parrain, Claude Lelouch, « l’important, c’est de voir loin ».

IN.  : Pour mettre en place Klapcoin, vous êtes allés chercher EXAION, une filiale française du groupe EDF, spécialisée dans la fourniture cloud de solutions blockchain, TEZOS, reconnue pour son respect de l’environnement, qui est retenue dans la cadre de cette opération… Pourquoi avoir plongé directement dans une cryptomonnaie dédiée au Cinéma.

J.G. : nous avons « plongé » dans une cryptomonnaie dédiée au cinéma non pas spontanément mais après longue réflexion. C’est parce que la cryptomonnaie devient un mode populaire, démocratique, incontournable de placement de son argent qu’il nous a semblé évident de devoir s’y intéresser. Cela étant posé, il fallait trouver avec qui monter ce projet. 

S.L. : Notre volonté était dès le démarrage de nous appuyer sur des entreprises françaises, qui, au plan technologique sont reconnues, ont pignon sur rue, disposent des collaborateurs capables de s’enthousiasmer pour un projet tel que le nôtre et qui ont la compétence intellectuelle ainsi que les capacités nécessaires pour faire exister notre solution qui implique la création d’une cryptomonnaie dédiée au développement de l’audiovisuel Français.

J.G. : La société française Exaion qui est basée à la Défense, filiale d’ EDF est spécialisée et reconnue pour son expertise dans la BlockChain. Après diverses consultations sur le marché, Exaion nous a clairement paru être le partenaire idéal pour mener à bien dans un délai court la création du KlapCoin.

En ce qui concerne Tezos, quand il a fallu opérer le choix de la Block Chain, nous avons souhaité recourir aux services d’une entreprise qui est reconnue pour sa position respectueuse de l’environnement en ce qui concerne l’empreinte carbone notamment. Ce point est fondamental pour nous. De même qu’est un point prioritaire celui d’avoir recours par préférence à une entreprise qui a une implantation en France avec laquelle on peut échanger physiquement. Les équipes de Tezos étant installées à Paris, cela a pesé dans notre choix.

IN. : d’un coup d’un seul vous révolutionnez les us et coutumes du cinéma… Qu’en pense votre parrain Claude Lelouch?

J.G. : comme le dit le président d’honneur du Comité de sélection de La DCF et notre parrain, Claude Lelouch, « l’important, c’est de voir loin ». Nous considérons que le recours aux innovations apportées par les nouvelles technologies qui prennent une place incontournable dans l’économie de la planète est une façon naturelle de s’adapter aux changements de notre société mondiale. Notre propos n’est donc pas de dépoussiérer quoique ce soit mais de bien permettre à notre entreprise de s’intégrer dans l’économie réelle qui repose désormais de plus en plus sur de nouveaux outils financiers et technologiques.

Grâce au KlapCoin, toute cette population, -riche ou non-, peut être intégrée dans la création audiovisuelle destinée au grand public que nous entendons soutenir.

S.L. : il ne faut pas craindre le progrès, et plutôt que de vivre un cinéma en sursis, nous voulons mobiliser et rassembler un maximum de personnes dans une communauté d’investisseurs passionnés par le cinéma et les séries. Grâce au KlapCoin, toute cette population, -riche ou non-, peut être intégrée dans la création audiovisuelle destinée au grand public que nous entendons soutenir. Il n’est donc pas nécessaire d’avoir des sommes élevées à investir pour trouver sa place et participer à notre projet en tant que porteur de KlapCoin. Notre modèle ne rejette personne.

J.G. : bien appréhendées, les nouvelles technologies n’excluent aucun investisseur. Au contraire, elles permettent à chacun de trouver sa place en fonction de ses capacités de placement. C’est pourquoi nous avons décidé d’avoir recours à une cryptomonnaie pour financer un catalogue d’œuvres sélectionnées par notre comité de professionnels du monde de l’audiovisuel.

IN. : les plateformes de streaming ont bouleversé la donne, pensez-vous travailler avec des Netflix, ou cette initiative est-elle destinée à promouvoir le cinéma en salle, et préserver aussi l’aspect artisanal du cinéma ?

S.L. :  : nous croyons, tout particulièrement dans le cadre de la réforme de la chronologie des médias, que la part des plateformes est plus que jamais fondamentale à l’essor de la création. Notre offre est d’ailleurs particulièrement attractive pour ces plateformes en quête de contenu de qualité.

Ces entreprises sont tenues de respecter notamment une obligation de participation financière dans la création française qui doit transiter par les salles de cinéma. Les plateformes qui le voudront auront donc un intérêt certain à venir acquérir directement auprès de nous des droits sur nos projets ou à tout le moins à s’y intéresser le plus en amont possible. Sachant que les projets que nous céderons seront intégralement développés par La DCF. Ils seront donc « prêts à produire » après levée du financement. Sachant que pour qu’une œuvre soit développée par La DCF, il faut au préalable qu’elle ait reçu la validation de notre comité de sélection composé de professionnels dont la carrière est faite de succès populaires en France.

Comme l’ICO (initial coin offering) n’est pas encore ouverte, nous sommes dans l’échange avec les professionnels du métier en attendant d’entrer dans des discussions plus formelles…

S.L. : durant la phase de développement des projets validés par le comité de sélection de La DCF, nous solliciterons la communauté des investisseurs. L’outil BlockChain permettant un suivi fin des réactions de cette communauté, l’attractivité de plusieurs projets auprès des investisseurs en KlapCoin deviendra un indicateur intéressant pour les structures interpellés par les problématiques de la distribution, de l’exploitation et de la diffusion. Via notre site plateforme www.klapcoin.com ou www.la-dcf.com sur lequel on peut souscrire des KlapCoin ou déposer des projets qui seront soumis à notre comité de sélection, les porteurs de notre cryptomonnaie deviendront  acteurs des futurs développements opérés par La DCF. 

IN. : c’est la première fois qu’une initiative d’une telle ampleur, aux vues des partenaires mis en place, vient bousculer le cinéma. Quels sont les premiers retours de la part de la profession ?

J.G. : il y a beaucoup d’observation et d’interrogations. C’est légitime. Comme l’ICO (initial coin offering) n’est pas encore ouverte, nous sommes dans l’échange avec les professionnels du métier en attendant d’entrer dans des discussions plus formelles quand nous ouvrirons les vannes aux investisseurs publics.

IN. : avez-vous le sentiment que le monde du cinéma et son public soient prêts pour une telle mutation ?

J.G. : il suffit de voir la multiplication des initiatives qui ont lieu notamment aux États-Unis d’Amérique où l’approche se fait davantage via les NFT pour être certain qu’une branche significative du monde du cinéma se prépare à intégrer sans délai les mutations actuelles liées à la modernisation du modèle mondial de financement des œuvres audiovisuelles.

pour la jeune génération, investir dans une cryptomonnaie dédiée au développement des films à voir dans les salles ou depuis un canapé en streaming ne pose aucun problème

S.L. : le public est déjà prêt ! Si les plus anciens s’interrogent peut-être encore sur le sens et le poids des cryptomonnaies ou de la BlockChain dans leur quotidien, en revanche, la génération des jeunes qui accèdent à l’emploi est dans sa très grande majorité totalement partisane d’un nouveau modèle économique, respectueux de l’environnement, susceptible de donner du sens aux placements des investisseurs. Pour eux la BlockChain et les cryptomonnaies sont leur avenir. Ils l’ont intégré. Les jeunes investisseurs détiennent des actifs numériques. Alors, pour cette génération, investir dans une cryptomonnaie dédiée au développement des films à voir dans les salles ou depuis un canapé en streaming ne lui pose aucun problème, bien au contraire. C’est pourquoi nous sommes convaincus que le Klapcoin va parler au public d’aujourd’hui et encore plus à celui de demain.

En résumé

INVESTIR DANS LE DEVELOPPEMENT AUDIOVISUEL AVEC UNE NOUVELLE CRYPTOMONNAIE FRANÇAISE

La Diversité du Cinéma Français (LA DCF) est une société indépendante privée destinée à soutenir les œuvres audiovisuelles françaises en finançant leur développement grâce à une nouvelle cryptomonnaie : le KlapCoinSarah Lelouch, sa fondatrice est partie du constat que le public, bien qu’acteur majeur du succès d’un film, ne participait pas à son processus de création. Or celle-ci, débute par une étape essentielle souvent sous-évaluée financièrement et matériellement : la phase du développement. C’est en effet l’instant où se finalisent l’écriture du scénario, les négociations de droits d’auteurs, le casting et le devis de fabrication. Sarah Lelouch, Joël Girod, Sabine Tellier et Fabien Berger souhaitent offrir les ressources financières nécessaires au développement de nouvelles œuvres en permettant au public de devenir acteur de l’économie réelle du cinéma français dans toute sa diversité. Ainsi, la DCF propose d’investir dans une nouvelle cryptomonnaie : le KlapCoin. Créée exclusivement pour le Cinéma, cette cryptomonnaie française nouvelle génération, et vertueuse au niveau environnemental, a pour objectif d’offrir des perspectives de profits attractifs et des droits additionnels exclusifs à ses investisseurs.

« Investir dans une cryptomonnaie dédiée au cinéma c’est devenir acteur du développement des œuvres audiovisuelles de demain en investissant dans un catalogue de films et non pas dans un projet unique, ce qui est généralement le cas de l’approche par les NFT », explique la productrice Sarah Lelouch.

 

 

Cristina Alonso

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