10 mai 2023

Temps de lecture : 2 min

Sandra Hoibian (Crédoc) : « Il est important de faire entrer davantage d’horizontalité dans notre société »

Sandra Hoibian est la directrice générale et la directrice du Pôle Société du Centre de Recherche pour l’Étude et l’Observation des Conditions de Vie (Crédoc). Même si elle se refuse à parler de crise, cette experte estime que la période actuelle remet en question le rôle des institutions et notre rapport au travail. Décryptage…

INfluencia : manifestations populaires de plus en plus violentes, bras de fer incessants à l’Assemblée nationale, montée de l’extrême-droite, perte de confiance des Français envers leurs dirigeants… La France est-elle entrée dans une crise grave et profonde ?

Sandra Hoibian : la société française a toujours beaucoup réfléchi sous l’angle de l’exceptionnel et de la crise. L’accélération du temps médiatique permet de se mobiliser plus rapidement et de passer à l’action. Quand on parle de crise, on laisse sous-entendre l’idée qu’il est nécessaire d’agir vite.

IN : vous ne répondez pas à la question de savoir si la France est en crise ou non…

S. H. : c’est une question de point de vue. Concernant la question énergétique par exemple, certains parlent de crise alors que d’autres évoquent plutôt un changement qui va se produire sur le long-terme. La même analyse peut être faite au sujet des institutions.

IN : qu’entendez-vous par là?

S. H. : l’opinion a le sentiment de ne pas être écoutée. Cela se traduit de plusieurs manières. Certains se retirent de la citoyenneté en n’allant plus voter, d’autres s’énervent et entrent dans la radicalité ou la colère et les derniers tombent dans le défaitisme. Cette impression d’être invisible ne signifie pas que les personnes ne veulent pas avoir leur mot à dire mais il est nécessaire de rénover nos institutions pour encourager notamment une meilleure participation citoyenne.

IN : n’est-ce-pas ce que le gouvernement actuel souhaite faire ?

S. H. : créer des compromis et parvenir à des décisions raisonnables après des délibérations n’a pas sa place aujourd’hui dans nos institutions et plus particulièrement au parlement. La transformation institutionnelle dont on nous parle actuellement n’est pas encore clairement définie. Les règles du jeu démocratique devraient permettre de nouer le dialogue et de trouver des compromis. Les corps intermédiaires sont supposés jouer ce rôle mais de moins de moins de gens votent pour eux. Il est donc important de faire entrer davantage d’horizontalité dans notre société

IN : comment est-il possible de le faire ?

S. H. : la participation citoyenne existe davantage au niveau local mais elle est souvent assez consumériste. Les gens donnent leurs avis mais ils ne mettent pas en pratique ce qu’ils disent. Il est nécessaire de créer des espaces de médiation des conflits et de leur donner une place dans nos institutions. Si les compromis qu’ils parviennent à trouver restent sans conséquences, ces espaces engendront uniquement des déceptions supplémentaires.

IN : la place du travail est aussi de plus en plus contestée dans notre société…

S. H. : le sujet du travail prend en effet de plus en plus d’importance dans la société française. Les protestations contre la réforme du régime de retraite sont, avant tout, une manifestation du rejet d’un horizon qui semble disparaître pour de nombreux travailleurs. L’insécurité du niveau de vie liée à la hausse de l’inflation n’arrange rien. Nous continuons pourtant de vivre dans un pays riche, confortable et avec un niveau élevé de services publics. Les conflits actuels sont une conséquence de l’incertitude que de nombreuses personnes ressentent à propos de leur avenir. L’intensification de nos rythmes de travail n’est pas récente puisqu’elle remonte aux années 80 mais il faut sans cesse être plus rapide et plus disponible. Ces pressions vont continuer de croître à l’avenir.

IN : l’essor du travail à distance va-t-il bouleverser cette tendance ?

S. H. : ce phénomène bouleverse les modèles qui existaient jusqu’alors. L’entreprise était un collectif qui créait un lien entre les salariés. Cette dimension disparaît lorsque les collaborateurs travaillent de leur domicile. Cela nous pousse à nous poser des questions concernant le rôle des entreprises et celui des employés.

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